Résumé : Épisode 19 - Les Hautes Frondaisons
Après leur descente depuis l’Aérore, Ilyan, Lyrwen et Caelle découvrent un monde de hautes frondaisons où la vie semble présente jusque dans le sol. En explorant cette forêt immense, ils retrouvent le module tombé avant eux, déjà fouillé par des inconnus. Tandis que le silence des petites créatures laisse place à une inquiétante présence, d’immenses êtres surgissent peu à peu de la végétation et encerclent les trois voyageurs, sans un mot.
Ce
qui passe au-dessus du monde
Ce qui refuse de lâcher
Ils ne bougèrent pas tout de suite.
Le cercle s’était refermé sans bruit, sans geste
brusque, sans menace apparente. Et pourtant, l’espace autour d’eux avait
changé. L’air semblait plus dense, comme chargé d’une présence invisible.
Chaque respiration demandait un effort supplémentaire, comme si la forêt
elle-même retenait quelque chose.
Ilyan n’essayait pas de fuir.
Pas encore.
Il observait.
Les êtres qui les entouraient ne faisaient aucun mouvement
inutile. Ils ne se rapprochaient pas vraiment, mais ils n’étaient jamais à la
même place d’une seconde à l’autre. Une variation lente, presque imperceptible,
mais constante. Comme si leur immobilité n’était qu’une illusion.
— Ne fais rien, murmura Caelle.
Sa voix était basse, contrôlée, mais Ilyan sentit la
tension dans chaque mot.
Lyrwen, elle, ne disait rien.
Elle regardait ailleurs.
Pas les êtres.
Plus loin.
Comme si quelque chose, au-delà d’eux, appelait son
attention.
Un des grands corps se mit en mouvement.
Pas vers eux.
Autour.
Il contourna lentement le groupe, passant derrière
Ilyan, puis derrière Caelle. Son pas ne produisait presque aucun son. Seul un
léger frottement, comme un tissu contre une surface humide, trahissait sa
présence.
D’autres suivirent.
Le cercle se transforma.
Ce n’était plus une barrière.
C’était une direction.
Ilyan comprit.
Ils ne les retenaient pas.
Ils les guidaient.
— On ne choisit pas où on va, dit-il.
Caelle ne répondit pas.
Mais elle le savait déjà.
Ils avancèrent.
Ou plutôt, ils furent amenés à avancer.
Chaque fois qu’ils ralentissaient, un être
apparaissait légèrement sur le côté, jamais trop près, mais suffisamment pour
imposer une trajectoire. Aucun contact. Aucun geste brusque. Juste une présence
qui empêchait toute déviation.
La forêt changeait à mesure qu’ils progressaient.
Les racines devenaient plus épaisses, s’élevant parfois
à hauteur d’homme, formant des arches naturelles sous lesquelles ils devaient
passer. La lumière diminuait, filtrée par des couches de végétation toujours
plus denses. L’air devenait plus chaud, plus chargé, presque difficile à
respirer.
Des formes apparaissaient dans les hauteurs.
Pas des animaux.
Autre chose.
Des structures.
Des entrelacs de fibres et de matière végétale,
assemblés avec une précision troublante. Des plateformes suspendues, des passages
invisibles au premier regard, des zones où la forêt semblait organisée.
— Ce n’est pas sauvage, murmura Caelle.
— Non, répondit Ilyan. Ça ne l’a jamais été.
Lyrwen trébucha légèrement.
Ilyan la retint avant qu’elle ne tombe.
Elle posa une main contre son bras, le temps de
retrouver son équilibre. Sa peau était froide, malgré la chaleur ambiante.
— Ça ne va pas ? demanda-t-il.
Elle hésita.
Ses yeux cherchaient quelque chose qu’elle ne
parvenait pas à formuler.
— C’est… différent ici.
Elle ferma brièvement les yeux.
— Ça ne fait pas que nous entourer.
Elle rouvrit les yeux, troublée.
— Ça passe à travers.
Ilyan ne répondit pas.
Mais il retint la phrase.
Ils arrivèrent dans une zone plus ouverte.
Relativement. Le sol était moins encombré, plus stable, formé d'une surface
dense de racines entrelacées. Autour d'eux, les structures végétales prenaient
une forme plus organisée encore. Des colonnes naturelles, des parois souples,
des passages qui semblaient construits plutôt que poussés.
Au centre reposait ce qui manquait au module découvert
quelques minutes plus tôt.
Les humanoïdes avaient emporté la partie arrachée. Ils
l'avaient ouverte. Déposée ici.
Des éléments internes, que Caelle n'avait encore
jamais vus aussi clairement, étaient exposés... Certaines pièces manquaient.
D’autres avaient été déplacées.
Réorganisées.
Un des êtres s’approcha.
Il posa ses longues mains près du module, sans le toucher
directement, comme s’il en percevait autre chose que la matière.
Caelle fit un pas en avant.
— Attends—
Elle ne termina pas.
Deux silhouettes se déplacèrent immédiatement,
bloquant son avancée sans la toucher.
Rapide.
Trop rapide.
Ilyan sentit quelque chose changer.
Pas dans leur position.
Dans l’intention.
Caelle recula d’un pas.
Mais son regard ne quitta pas le module.
— Ils l’étudient, murmura-t-elle. À leur manière.
Un silence.
Puis :
— Et ils ne vont pas nous laisser repartir avec.
Ilyan comprit au même moment.
— On doit sortir d’ici.
Ce n’était pas une question.
Caelle hocha légèrement la tête.
Son regard balaya rapidement l’environnement.
Les distances.
Les obstacles.
Les mouvements des êtres.
Elle choisit.
— Quand je te dis.
Ilyan ne répondit pas.
Mais il se prépara.
Lyrwen les regarda tour à tour.
— Attendez—
Trop tard.
— Maintenant.
Caelle se projeta en avant.
Pas vers le module.
Sur le côté.
Là où le cercle semblait le plus ouvert.
Ilyan la suivit immédiatement.
Le sol céda légèrement sous leurs appuis, ralentissant
leur élan. Les racines accrochaient, glissaient, retenaient.
Ils coururent.
Quelques secondes seulement.
Mais suffisantes pour briser l’équilibre.
Les êtres réagirent.
Sans cri.
Sans agitation.
Ils étaient déjà là.
Un mouvement à gauche.
Un autre à droite.
Une silhouette surgit devant Ilyan sans qu’il
comprenne d’où elle venait.
Caelle tenta de bifurquer.
Une forme surgit sur le côté, si vite qu’elle n’eut
pas le temps de corriger sa trajectoire. Une main longue, sèche, se posa contre
son épaule — pas pour frapper, mais pour arrêter.
Le geste fut bref.
Mais suffisant.
Son élan se brisa net. Son corps pivota malgré elle.
Elle perdit l’équilibre et s’effondra.
Et quelque chose la frappa.
Pas un coup.
Pas une arme.
Un impact sec, précis, à hauteur du flanc.
Ilyan s’arrêta net.
— Caelle !
Elle ne répondit pas immédiatement.
Ses doigts se crispèrent contre le sol.
Son souffle se coupa.
Lyrwen se précipita à genoux à côté d’elle.
— Elle est touchée—
Le sang apparaissait déjà.
Sombre.
Absorbé presque aussitôt par le sol vivant.
Les êtres les entouraient de nouveau.
Plus près cette fois.
Mais toujours sans violence apparente.
Ilyan leva lentement les yeux.
Ils n’avaient pas changé.
Pas un geste inutile.
Pas une émotion visible.
Ils avaient simplement empêché.
Caelle tenta de parler.
Un souffle seulement.
— Ne… restez pas…
Sa voix se brisa.
Ilyan sentit quelque chose céder en lui.
Pas la peur.
Pas encore.
Autre chose.
Ils ne partiraient pas.
Pas comme ça.
Le cercle se referma complètement.
Et cette fois, il n’y avait plus d’illusion.
SUIVRE LA TRAJECTOIRE
Ils ne savent pas encore ce qu’ils suivent.
Mais ils savent qu’ils ne peuvent plus revenir en arrière
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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