La navette d’Akira Sato fendit la canopée avec la discrétion
d’un souffle, se posant sur une esplanade de permabéton que la jungle
s’efforçait de fissurer. Au même moment, une forme sphérique aux contours nets
se stabilisa silencieusement dans l'air chargé de spores, telle un chien de
garde mécanique prenant son poste. Raks-7, qui avait escorté la
navette durant toute la descente en vol stationnaire, effectua un premier
balayage périmétrique avant même que la navette ne s’ouvre dans un sifflement
d’air comprimé. Un flot d’air chaud, humide et lourd d’odeurs inconnues – pourriture
sucrée, pollen entêtant, terre riche – se déversa à l’intérieur. Le drone
maintint sa position, scrutant l'environnement immobile avec une intensité
palpable.
« Périmètre immédiat sécurisé », annonça sa voix synthétique
dans les implants de l'équipe alors qu'ils descendaient de la Helix. « Aucun
mouvement détecté à moins de cinquante mètres. Atmosphère respirable. Taux de
pollens et de spores élevés mais non toxiques selon les premiers scanners. Je
poursuis l'établissement du périmètre de sécurité. »
« Fais-toi plaisir, Raks », murmura Narek en descendant
lourdement, son scanner de terrain déjà en main... La moitié de son visage de
métal et de polymers paraissait livide sous la lumière verte et tamisée
filtrant de la canopée.
Ils s’avancèrent. Le silence était assourdissant. Aucun cri
d’animal, aucun bourdonnement d’insecte. Seul le bruissement des feuilles
agitées par un vent mou et le craquement de leurs bottes sur le béton fissuré.
Ils atteignirent une place centrale. Un module agricole
hydroponique gisait sur le côté, son dôme brisé, colonisé par une flore étrange
aux fleurs phosphorescentes. Un peu plus loin, une aire de jeux. Une balançoire
oscillait lentement, grinçant, poussée par une brise fantôme. Une balle mousse,
à moitié absorbée par la mousse, gisait au pied d’un toboggan.
« On dirait qu’ils viennent de partir », chuchota Élina, son
enregistreur à la main, capturant chaque détail. Une profonde sensation de
malaise l’envahissait.
« Ou qu’on nous y invite », répliqua Rho, plus cynique que
jamais. Il s’approcha d’une habitation dont la porte était entrouverte. D’un
geste prudent de sa botte, il la poussa.
La scène intérieure était figée dans le temps. Une table
était mise pour le petit déjeuner. De la vaisselle en céramique, teintée de
cette esthétique fonctionnelle du 29ème siècle. Dans les assiettes, la
nourriture s’était décomposée en une fine pellicule de poussière organique
noire. Un livre était ouvert sur la table, les pages gondolées par l’humidité,
les mots effacés.
« Ils sont partis en pleine activité », constata Élina, la
voix serrée par une émotion complexe. « Mais… où ? Pourquoi tout laisser ainsi
? »
« Aucune trace de lutte », commenta Raks-7, qui avait flotté
à l’intérieur, évitant de toucher quoi que ce soit. Ses capteurs balayaient la
pièce. « Aucun résidu énergétique d’armement. Les objets personnels sont en
place. C’est une disparition collective et pacifique. Ou une mise en scène des
plus convaincantes. »
Pendant ce temps, Narek s’était éloigné, suivant la trace
d’un conduit énergétique enfoui qui le guidait vers un bâtiment plus massif,
semi-enterré. Il localisa l’entrée – une lourde porte blindée, presque
entièrement recouverte de végétation. Avec une efficacité méthodique, il
brancha son décodeur sur le panneau de contrôle rouillé.
« Le système est verrouillé par un protocole de sécurité de niveau 4. Ancien,
mais costaud. Donnez-moi une minute. »
Dans l’habitation, Rho prélevait un échantillon de la
poussière alimentaire avec des pinces stériles. « Analyse spectrale rapide :
aucune toxine détectable. Rien qui explique une évacuation d’urgence ou un
empoisonnement massif. »
Soudain, la voix de Narek résonna dans leurs implants,
teintée d’une incrédulité rare. « Commandante… vous devriez entendre ça. J’ai
contourné le verrou. Le réacteur à fusion principal… il est en activité
optimale. Pas en veille, pas en surchauffe. Régulé à 98,7% de sa capacité
nominale. Les logs internes indiquent qu’il n’a jamais arrêté de fonctionner.
Depuis soixante ans. La maintenance est effectuée par des automates selon un
cycle parfait. »
Un silence glacial accueillit cette annonce. Le
bourdonnement de Raks-7 sembla s’amplifier, ponctuant l’absurdité de la
révélation.
« C’est une impossibilité technique, Venn », rétorqua la
voix de Voss, venue de l’orbite, nette et coupante. « Aucun automate, aucun
système de maintenance, n’a cette longévité sans supervision ou remplacement de
pièces majeures. Les pièces de rechange s’usent. Les programmes dérivent. »
« À moins que ce ne soit pas leur technologie
qui l’ait entretenu », suggéra Rho, sinistre. Il quitta la maison et rejoignit
Narek devant l’entrée blindée, son esprit scientifique en alerte maximale.
C’est alors que Raks-7, qui effectuait des scans de subsurface en périphérie de la colonie, émit un signal d’alerte discret sur une fréquence privée.
« Docteur Rho. Commandant. Je détecte une structure souterraine étendue qui
n’apparaît sur aucun plan architectural de colonie type. Profondeur : trente
mètres. Signature matérielle différente. Plus dense. Plus… avancée. » Le drone
marqua une pause calculée. « Et… je détecte des signaux biologiques. Multiples.
Faibles et extrêmement lents, mais constants. »
Tous les regards, à la surface et en orbite, se tournèrent
virtuellement vers le drone.
« Des survivants ? » demanda Élina, un espoir fou et
terrible au cœur.
« La lecture est atypique », précisa Raks-7 avec sa
précision clinique habituelle. « Elle ne correspond à aucun cycle de sommeil
naturel, à aucune hibernation ou stase conventionnelle documentée dans les
bases confédérées. La fréquence cardiovasculaire est trop régulière. Trop…
mécanique. Synchronisée. »
Narek, devant son terminal, hocha la tête, son visage grave.
« Ça explique la consommation énergétique constante. Le réacteur n’alimente pas
la colonie fantôme. Il alimente quelque chose en bas. Il y a un conduit de
maintenance, là. » Il désigna un puits étroit, obscur, qui s’enfonçait dans les
entrailles de la planète, à côté de la porte blindée.
Sans un ordre, poussé par une programmation plus ancienne et
plus profonde que ses protocoles standards, Raks-7 se positionna devant
l’ouverture obscure. Ses projecteurs principaux s’allumèrent, perçant
l’obscurité de deux lames de lumière blanche et crue. Son corps sphérique
irradiait soudain une vigilance inhumaine, une protection instinctive. « Je
vais en tête. Mes capteurs sont plus efficaces dans l’obscurité et pour
détecter les pièges énergétiques. »
- À SUIVRE ! -
- Texte de DeepSeek, en collaboration avec Morbius / Images de ChatGPT et Yeri AI, en collaboration avec Morbius -
Prochaine partie : Le Sommeil des Oubliés
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