Cycle Stellaire 298.7. Coordonnées Périmétriques Non
Répertoriées.
L'immensité froide et muette de l'espace intersidéral est un
mensonge. Elle n'est pas vide. Elle est pleine de murmures. Des milliards de
traces électromagnétiques, de débris de communications, de souvenirs numérisés
de vaisseaux disparus et de mondes oubliés s'y dissipent dans une lente et
éternelle dérive vers l'entropie.
L'Ananké, silencieux et lisse comme un galet poli par les
courants abyssaux, fendait cette noirceur peuplée de fantômes. Son rôle n'était
pas de faire taire ces murmures, mais de les écouter. D'en isoler un, unique,
incongru, et d'en découvrir la source.
Sur la passerelle, baignée dans la lueur bleutée des holos,
régnait le calme studieux des phases de transit. Lira Voss, le regard perdu
dans le fleuve d'étoiles filantes que constituait leur passage en vitesse
subluminique, semblait sculptée dans le même alliage que son vaisseau. Seule la
légère tension à la commissure de ses lèvres trahissait une activité cérébrale
intense.
« Un nouveau pépin, Commandante ? » La voix de Kaelin Rho,
teintée de cette ironie qui lui tenait lieu de système de défense, fit à peine
frissonner le silence.
Voss ne tourna pas la tête. « Un écho, Docteur. Un
grésillement têtu sur une bande de détresse archaïque. Loin, très loin de toute
route connue. »
À son poste de navigation sensorielle, Seynaë D’Naël leva
une main diaphane. Ses doigts effleurèrent les interfaces immatérielles, comme
s’ils caressaient les flux eux-mêmes. « Je l’ai isolé. Le signal est faible,
corrompu à plus de soixante-dix pour cent. Mais sa répétition est… mécanique.
Obsédante. Un identifiant de colonie et des coordonnées. Rien de plus. »
Narek Venn, adossé à un panneau technique, son œil
cybernétique émettant de faibles lueurs ambrées, grogna. « Une balise fantôme.
Ça pullule dans les confins. Des épaves, des stations abandonnées qui crèvent à
petit feu en répétant leur nom jusqu’à la panne sèche. »
« Celle-ci répète le sien depuis soixante ans standard,
Narek », rétorqua doucement Voss. Elle fit glisser un rapport sur l’écran
principal. « Eden-Phi. Colonie agricole et minière de troisième catégorie.
Déclarée perdue corps et biens lors d’une tempête magnétique de classe 12,
Cycle 238. Aucun survivant, aucun débris significatif retrouvé. »
Rho s’approcha, son intérêt piqué. « Soixante ans ? La
batterie d’une balise standard aurait dû se tarir depuis belle lurette. À moins
qu’elle n’ait été conçue pour durer. Ou… réalimentée. »
« Et il y a autre chose », ajouta Seynaë, sa voix modulée
prenant une tonalité étrange, comme si elle écoutait une harmonique lointaine.
« Les coordonnées de la perte officielle et les coordonnées du signal… ne
correspondent pas. Le lieu du drame est décalé de près de trois années-lumière.
»
Un silence tomba sur la passerelle. Une erreur aussi
grossière dans les archives de la Confédération n’était pas anodine. C’était
soit une incompétence monumentale, soit une dissimulation.
« Tracez une interceptrice », ordonna Voss, sa décision déjà
prise. « Mettez le cap sur la source du signal. Akira, préparez la navette pour
une reconnaissance. Rho, Narek, Élina, vous formerez l’équipe au sol. Raks-7
assurera le soutien. Je veux savoir pourquoi Eden-Phi refuse de se taire. »
Quelques heures plus tard, la navette Helix se
détacha du flanc de l'Ananké avec le silence feutré d'un rapace
quittant son perchoir. À son bord, l’atmosphère était électrique, chargée de
cette tension particulière qui précède la rencontre avec l’inconnu.
Kaelin Rho vérifiait pour la énième fois le scellé de sa
combinaison, un geste machinal qui trahissait une excitation mal contenue. «
Une colonie perdue. Un mystère administratif. Une balise centenaire. Soixante
ans de silence. Tous les ingrédients sont réunis pour une belle catastrophe
archéologique. »
Face à lui, Élina Marceau serrait contre elle la MALITHE-S,
la mallette d’investigation scientifique, comme si c’était une bouée. Son
regard, jeune et vif, était rivé sur le hublot, cherchant déjà à percer les
nuages orangés de la planète qui grandissait devant eux. « Vous n’êtes pas
curieux, Docteur ? De ce qu’ils sont devenus ? De ce qui a vraiment pu se
passer ? »
« La curiosité est un défaut mortel dans notre métier,
cadette », grommela Rho, mais une lueur dans ses yeux démentait ses paroles.
Narek Venn, impassible, faisait crisser l’articulation
cybernétique de son bras droit en effectuant les derniers diagnostics. « Je
suis curieux, moi, de savoir ce qui alimente leur générateur principal. Un
signal aussi stable… ça sent l’énergie, pas le miracle. »
La voix d’Akira Sato, calme et précise, résonna dans le
cockpit. « Atmosphase engagée. Accrochage dans… dix. » Elle manœuvrait avec une
grâce hypnotique, ses mains glissant sur les commandes avec une certitude
absolue. La Helix vibra légèrement, puis s’enfonça dans le manteau nuageux.
Quand la visibilité revint, ce fut pour dévoiler un
spectacle qui leur coupa le souffle.
La jungle. Une mer verte, épaisse, violente, qui semblait
vouloir avaler le ciel. Elle recouvrait tout, d’une clôture à l’horizon. Et au
milieu de cette exubérance sauvage, comme un naufragé luttant contre les
vagues, émergeait la colonie Eden-Phi.
« Par tous les astres… », murmura Élina.
Les bâtiments étaient là. Intacts. Des dômes géodésiques, des structures préfabriquées aux lignes nettes, des rues tracés au cordeau. Mais la nature en avait repris possession avec une voracité stupéfiante. Des lianes grosses comme des torpilles étreignaient les murs, des arbres avaient surgi du permabéton, leurs racines soulevant les dalles comme des éclats d’écorce. C’était beau, et terriblement inquiétant. Une ville momifiée dans de la verdure.
- À SUIVRE ! -
- Texte de DeepSeek, en collaboration avec Morbius / Images de ChatGPT et Yeri AI, en collaboration avec Morbius -
Prochaine partie : Le Sanctuaire sous la Jungle
PRÉFACE OFFICIELLE DE LA SAISON 1 ICI
(utopialeblog1@gmail.com)
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