Résumé : Épisode 21 - Les Premiers Regards
Alors que Caelle lutte contre sa blessure, les mystérieux habitants des Hautes Frondaisons surprennent Ilyan et Lyrwen en leur apportant de quoi la soigner. Peu à peu, les trois voyageurs comprennent qu'ils ne sont pas traités comme des prisonniers, mais comme des visiteurs énigmatiques dont chaque geste est observé avec curiosité. Lorsque l'Aérore réapparaît au loin dans le ciel, Ilyan réalise que ce peuple ne voit pas en elle une menace, mais un monde qui s'éloigne, lui aussi porteur de mystères.
Ce qui Passe Au-dessus du Monde
Les Gestes du Silence
Le jour filtrait difficilement à travers les
hautes frondaisons. Là où ils se trouvaient, la lumière n'arrivait jamais
directement. Elle descendait en nappes mouvantes, traversant plusieurs étages
de végétation avant d'atteindre le sol vivant où reposaient Ilyan, Lyrwen et
Caelle. L'air demeurait lourd, chargé d'humidité, mais la chaleur semblait
moins oppressante. Une brume légère s'élevait lentement entre les racines
gigantesques, donnant à toute la forêt une profondeur presque irréelle.
Autour d'eux, les humanoïdes avaient repris leurs
activités. Ils ne semblaient plus leur consacrer une attention permanente.
Certains circulaient silencieusement sur d'étranges passerelles naturelles
tressées entre les troncs. D'autres grimpaient avec une facilité déconcertante
le long de lianes épaisses avant de disparaître dans les feuillages supérieurs.
Plus loin, plusieurs silhouettes récoltaient de longues capsules translucides
suspendues sous les branches. Aucun ordre n'était échangé. Aucun cri. Pourtant,
chacun semblait savoir exactement ce qu'il avait à faire.
— Ils vivent normalement, murmura Caelle.
Ilyan suivit du regard un groupe qui traversait
lentement une plateforme végétale.
— Comme si nous n'étions plus un danger.
— Ou comme si nous étions devenus leur problème,
répondit doucement Lyrwen.
Caelle esquissa un faible sourire.
— Ce n'est pas très rassurant.
Sa blessure la faisait encore souffrir, mais le
saignement s'était presque arrêté. Lyrwen avait renouvelé le pansement avec les
grandes feuilles déposées un peu plus tôt. Elles dégageaient une odeur
discrète, fraîche, presque mentholée. Était-ce cette plante qui calmait la
douleur ? Ou simplement le repos ? Aucun d'eux n'aurait su le dire.
Un mouvement attira soudain leur attention.
Le même humanoïde qui s'était approché de Caelle
quelques instants auparavant avançait de nouveau vers eux. Il portait entre ses
mains une petite sphère tressée de fibres végétales, parfaitement ronde,
légère, d'une couleur brun clair.
Il s'arrêta devant Ilyan.
Puis il tendit lentement la sphère.
Ilyan hésita. Il regarda Caelle. Puis Lyrwen.
Enfin, il prit délicatement l'objet.
Aussitôt, plusieurs humanoïdes relevèrent
simultanément la tête.
Le silence sembla devenir plus dense encore.
Ilyan sentit immédiatement qu'il venait de
commettre quelque chose.
Le grand humanoïde ne fit pourtant aucun geste
brusque. Il inclina simplement la tête, observa quelques secondes la sphère
désormais entre les mains d'Ilyan, puis tendit lentement une main ouverte.
Pas vers Ilyan.
Vers la sphère.
— Je crois..., souffla Caelle.
— Qu'il ne voulait pas te la donner, termina
Lyrwen.
Rougissant malgré lui, Ilyan reposa très
doucement l'objet dans la longue main qui l'attendait.
L'humanoïde demeura parfaitement immobile.
Puis, avec une lenteur presque cérémonieuse, il
déposa lui-même la sphère sur le sol, entre eux. Il recula de deux pas.
Et attendit.
Personne ne bougea.
Cette fois, Ilyan comprit.
Il ne s'agissait pas de posséder.
Il s'agissait de regarder.
Tous trois s'accroupirent autour de la sphère.
Elle était tressée avec une précision extraordinaire. Les fibres semblaient
vivantes, encore souples malgré leur assemblage. Lorsqu'un rayon de lumière
traversa les interstices, de minuscules reflets verts apparurent à l'intérieur.
— Ils voulaient simplement que nous
l'observions..., murmura Caelle.
L'humanoïde reprit alors délicatement l'objet et
s'éloigna sans un regard supplémentaire.
Personne n'avait parlé.
Pourtant, quelque chose venait d'être compris.
Un peu plus tard, alors que la lumière se
déplaçait lentement dans la forêt, plusieurs humanoïdes s'installèrent non loin
d'eux. L'un d'eux étala une large feuille sombre sur le sol. Un autre déposa de
petites pierres, des graines et des fragments de bois soigneusement polis.
Ils commencèrent à les disposer avec une
précision étonnante.
Ilyan observa la scène avec attention. Au début,
il crut distinguer une carte. Puis une sorte de constellation. Ensuite, plus
rien. L'organisation semblait changer à mesure qu'ils regardaient. Les pierres
étaient déplacées. Certaines disparaissaient. D'autres étaient ajoutées. Aucune
forme stable ne semblait recherchée.
Le vent traversa alors la clairière.
Une partie de l'agencement fut dispersée. Les
graines roulèrent entre les racines. Les feuilles se soulevèrent.
Les humanoïdes ne réagirent pas.
Ils observèrent simplement les nouveaux
emplacements. Puis reprirent leur étrange composition comme si cette
intervention du vent faisait naturellement partie du processus.
— Ils n'essaient pas de conserver le dessin...,
murmura Lyrwen.
Caelle suivait la scène avec fascination.
— Peut-être que le changement fait partie du
dessin.
Ilyan resta silencieux. Pour la première fois
depuis leur arrivée, il cessa de chercher une explication immédiate.
Il regarda seulement.
Dans les heures qui suivirent, il remarqua autre
chose.
Les humanoïdes passaient régulièrement près
d'eux. Très près parfois. Mais jamais au hasard. Leurs regards s'attardaient
quelques instants sur Caelle. Puis sur lui. Enfin sur Lyrwen. Et, presque
chaque fois, ils s'arrêtaient un peu plus longtemps devant elle.
Lyrwen finit par s'en apercevoir.
Elle baissa les yeux, mal à l'aise.
— Pourquoi me regardent-ils comme ça ?
Ilyan ne trouva rien à répondre. Lui aussi avait
remarqué cette différence. Ce n'était ni de la curiosité. Ni de la méfiance.
Autre chose.
Quelque chose qui leur échappait encore
complètement.
En fin d'après-midi, le grand humanoïde revint
une dernière fois. Il tenait entre ses mains plusieurs tiges couvertes de
petites feuilles argentées. Arrivé devant Caelle, il s'agenouilla lentement,
déposa les plantes sur une pierre plate, puis il se releva et recula comme il l'avait déjà
fait.
Il ne fit aucun geste supplémentaire.
Il attendit seulement.
Lyrwen s'approcha prudemment. Elle observa les
feuilles.
Les humanoïdes.
Puis Caelle.
Personne ne lui indiquait quoi faire.
Personne ne l'encourageait.
Le choix lui appartenait.
Elle leva finalement les yeux vers le grand
humanoïde. Très lentement, sans réfléchir, elle posa une main contre sa propre
poitrine.
Puis inclina légèrement la tête.
L'humanoïde demeura immobile.
Après quelques secondes, il reproduisit
exactement le même geste.
Et repartit dans le silence de la forêt.
Ilyan resta longtemps sans parler.
Quelque chose venait de se produire.
Il ignorait encore quoi.
Mais, pour la première fois depuis qu'ils avaient
quitté l'Aérore, il eut l'impression qu'un pont invisible venait d'être posé
entre deux mondes qui, jusqu'alors, n'avaient partagé que la peur.
- Texte et images de ChatGPT, en collaboration avec Morbius, sur un sujet de Morbius -
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