Précédemment
Représentant de commerce sillonnant les routes du Nevada à bord de sa Chevrolet, Thomas Avery traverse le désert sous une pluie fine. Au fil des miles, quelque chose semble peu à peu se dérégler : une station-service disparaît derrière lui, les distances cessent d'avoir un sens et un motel dont il n'a pourtant aucun souvenir apparaît au bord de la route. Fatigué, il décide de s'y arrêter sans imaginer que le Meridian l'attendait peut-être depuis bien plus longtemps qu'il ne le croit...
Le Voyageur du Meridian
- Deuxième partie -
La route secondaire semblait absorber le bruit de
la Chevrolet.
À peine avait-elle quitté l'asphalte de la
nationale que quelque chose changea dans la manière dont les pneus
rencontraient le sol. Le roulement demeurait identique, mais l'écho paraissait
différent, comme si les peupliers bordant l'allée retenaient les sons au lieu
de les laisser se perdre dans le désert.
Thomas roula lentement.
Les arbres se refermaient au-dessus de lui en une
voûte sombre dont les branches, encore chargées de pluie, laissaient tomber de
lourdes gouttes sur le toit de la voiture. Les phares découpaient un tunnel de
lumière où les troncs défilaient avec une régularité presque hypnotique.
Le motel apparut enfin.
Il ne ressemblait pas à ces établissements
flambant neufs que l'on voyait pousser le long des grands axes. Celui-ci
semblait appartenir à une époque légèrement antérieure, comme s'il avait été
construit avant que les architectes ne décident que tous les motels devaient se
ressembler.
Deux bâtiments formaient un large U autour d'un
parking de gravier soigneusement entretenu.
Au centre, une piscine vide reflétait les
dernières gouttes de pluie. Plusieurs chaises longues, parfaitement alignées,
entouraient le bassin. Elles avaient été repliées avec un soin presque
excessif, comme si quelqu'un venait tout juste de terminer son travail malgré
l'absence évidente de clients.
Le néon rouge bourdonnait doucement.
Pas assez fort pour devenir agaçant.
Juste assez pour rappeler qu'il était vivant.
Thomas gara sa Chevrolet devant le bureau de la
réception et coupa le moteur.
Le silence revint aussitôt.
Cette fois, il lui parut presque matériel.
Dans la plupart des motels, on entendait toujours
quelque chose : un camion passant au loin, une télévision derrière un rideau,
un robinet mal fermé, un chien qui aboyait dans une ferme voisine.
Ici...
Rien.
Même la pluie semblait avoir choisi un autre
endroit où tomber.
Il resta quelques secondes derrière son volant.
Non par inquiétude.
Simplement parce qu'il éprouvait cette étrange
impression, difficile à expliquer, que le motel avait attendu son arrivée avant
de retrouver son calme.
Il sourit de lui-même.
Les longues journées de conduite finissaient par
jouer des tours à l'imagination.
Il prit sa valise, rabattit le col de son
imperméable et traversa le parking.
En passant devant la piscine, il remarqua que
l'eau était parfaitement immobile.
Aucune ride.
Pas même celle que la pluie aurait dû y laisser
quelques instants plus tôt.
Comme si la surface avait déjà oublié l'averse.
La porte vitrée de la réception s'ouvrit avec une
légère résistance.
Une clochette tinta au-dessus de sa tête.
L'intérieur était chaud.
Pas seulement par la température.
Par la lumière.
Deux lampes à abat-jour diffusaient une clarté
ambrée qui donnait au bois du mobilier une couleur de miel ancien. Le parquet
semblait avoir été ciré dans l'après-midi. Une horloge murale égrenait les
secondes avec une discrétion presque respectueuse.
Derrière le comptoir se trouvait un homme occupé
à refermer un registre.
Il leva les yeux.
Son visage n'avait rien d'extraordinaire.
Une soixantaine d'années, peut-être davantage.
Des cheveux gris soigneusement peignés.
Une veste sombre impeccablement ajustée.
Une cravate noire.
Mais c'était surtout son regard qui retenait
l'attention.
Il observait les nouveaux arrivants sans
curiosité, sans lassitude non plus. Avec cette sérénité particulière des hommes
qui ont vu passer suffisamment de voyageurs pour ne plus s'étonner d'aucun
d'eux.
Il adressa un léger sourire à Thomas.
— Bonsoir.
Sa voix était calme.
Ni chaleureuse.
Ni distante.
Simplement accueillante.
— Bonsoir, répondit Thomas. J'espère que vous
avez encore une chambre.
— Bien sûr.
L'homme ouvrit le registre.
Thomas remarqua, posé juste à côté, un calendrier
publicitaire illustré d'une pompe à essence aux couleurs de Sinclair. La
feuille du mois n'avait pas encore été arrachée.
Octobre 1958.
Le réceptionniste suivit son regard.
— J'oublie toujours de changer le calendrier
avant le premier du mois.
Thomas sourit.
— Vous avez encore quelques jours devant vous.
— C'est vrai.
Le silence revint naturellement, sans aucune
gêne.
Le réceptionniste consulta quelques lignes du
registre, puis tendit la main vers un tableau où étaient suspendues plusieurs
clés de laiton.
Il en décrocha une.
Le porte-clés métallique portait simplement le
numéro 12.
— Cette chambre vous conviendra.
Thomas sortit son portefeuille.
— Combien vous dois-je ?
Le réceptionniste indiqua le tarif.
Rien d'inhabituel.
Thomas régla en espèces.
Au moment où il tendait les billets, il s'aperçut
qu'aucune fiche d'enregistrement ne lui était présentée.
— Vous n'avez pas besoin de mon nom ?
— Si.
L'homme prit un stylo.
— Mais il n'est pas indispensable que vous
l'écriviez.
Thomas leva un sourcil.
— Thomas Avery.
Le réceptionniste nota soigneusement ces deux
mots.
Puis referma le registre.
Thomas attendit.
Il lui semblait qu'une question allait suivre :
son adresse, la plaque de sa voiture, la durée prévue de son séjour...
Il n'y eut rien.
— Ce sera tout ?
demanda-t-il.
— Pour les formalités, oui.
Le réceptionniste posa la clé sur le comptoir.
Thomas tendit la main.
Le métal était étonnamment froid.
Comme s'il venait d'être laissé plusieurs heures
dehors.
— Le restaurant est fermé ? demanda-t-il.
— À cette heure-ci, oui.
En revanche, vous trouverez du café dans votre
chambre.
Thomas acquiesça.
Il attrapa sa valise.
Le réceptionniste semblait déjà prêt à reprendre
la lecture de son registre lorsqu'il reprit la parole.
— Monsieur Avery...
Thomas se retourna.
L'homme le regardait avec la même expression
tranquille.
— Les couloirs sont simples.
Vous ne devriez avoir aucune difficulté à trouver
votre chambre.
Il marqua une très légère pause.
— Mais si, par hasard, vous aperceviez une porte
qui ne porte pas le numéro douze...
Continuez simplement votre chemin.
Ne vous arrêtez pas.
Thomas eut un petit rire.
— Je crois que je saurai reconnaître un douze.
— Je n'en doute pas.
Le réceptionniste lui rendit son sourire.
Mais quelque chose, dans son regard, empêchait de
savoir s'il venait de plaisanter.
Thomas hocha poliment la tête avant de quitter la
réception.
La clochette tinta une seconde fois.
L'air extérieur lui parut plus froid qu'à son
arrivée.
Il leva instinctivement les yeux vers les
bâtiments.
Toutes les chambres semblaient plongées dans
l'obscurité.
Toutes...
À l'exception d'une fenêtre, au premier étage.
Une lampe y brûlait derrière un rideau
entrouvert.
Thomas pensa qu'un autre voyageur était arrivé
avant lui.
Il allait détourner le regard lorsqu'il eut
l'impression d'apercevoir une silhouette derrière la vitre.
Quelqu'un semblait observer le parking.
La lumière s'éteignit.
Il resta immobile quelques secondes.
Puis haussa les épaules.
Un client qui allait se coucher.
Rien de plus.
Il saisit sa valise et s'engagea sous la galerie
couverte.
Devant lui, le long couloir s'enfonçait dans une
succession régulière de portes identiques.
La première portait le numéro 2.
La suivante...
3.
Thomas ralentit imperceptiblement.
Il lui semblait pourtant être entré par le milieu
du bâtiment.
Il continua d'avancer.
4.
5.
6.
Les chiffres se succédaient avec une logique
irréprochable.
Et pourtant...
Sans qu'il puisse dire pourquoi...
Il éprouva soudain la très nette impression que
le couloir était plus long qu'il ne l'avait paru depuis le parking.
(À suivre – Partie 3/4)
- Idée originale de la série, texte et images de ChatGPT -
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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