Ce qui passe au-dessus du monde
Épisode 10 — La gorge des murmures
Le lendemain de la Fête des Venteliers, l’Aérore
semblait plus calme que jamais.
Les bandes de tissu pendaient encore entre les
passerelles, alourdies par l’humidité du matin. Quelques lanternes, oubliées
dans les structures métalliques, oscillaient lentement dans le vent. Mais la
musique avait disparu. Les rires aussi. Les habitants avaient repris leurs
tâches, comme si la parenthèse lumineuse de la veille n’avait été qu’un
battement dans le souffle habituel de l’île.
Ilyan, lui, n’avait presque pas dormi.
Le souvenir des lanternes dérivant vers l’est ne
l’avait pas quitté. Pas plus que les mots du carnet de Vaëner. Pas plus que
l’image, très brève, de la forme obscure aperçue dans la brume pendant leur
remontée.
Dans la petite salle de maintenance annexe, le
carnet était de nouveau ouvert sur l’établi. Caelle avait disposé autour de lui
plusieurs feuilles de relevés, deux cartes anciennes et un capteur portatif
dont l’écran grésillait faiblement. Lyrwen se tenait de l’autre côté, les bras
appuyés sur la table, l’air concentré.
— Les lanternes ont suivi la même courbe, dit
Caelle. Pas exactement la trajectoire du phénomène, mais quelque chose de
suffisamment proche pour que ce ne soit pas une coïncidence.
Ilyan suivit du doigt l’un des tracés de Vaëner.
— Et ça nous ramène ici.
Le point qu’il désignait se trouvait plus à l’est
que la zone des falaises troglodytes. À l’endroit où les cartes devenaient
imprécises. Là où les anciens relevés perdaient soudain leur netteté.
Lyrwen releva la tête.
— La gorge dont parlaient les habitants des
falaises est dans ce secteur.
— S’ils ont dit vrai, répondit Caelle.
Ilyan fronça les sourcils.
— Pourquoi mentiraient-ils ?
— Je n’ai pas dit qu’ils mentaient. J’ai dit
qu’ils ne savaient peut-être pas eux-mêmes ce qu’ils nous montrent.
Le silence revint quelques secondes.
Puis Ilyan referma brusquement le carnet.
— On descend.
Lyrwen leva les yeux vers lui.
— Aujourd’hui ?
— Oui.
Caelle ne protesta pas. Elle se contenta de
ranger méthodiquement ses feuilles dans son sac.
— Alors cette fois, dit-elle, on ne part pas à
l’aveugle. On calcule l’alignement, on fixe une durée maximale, et si on n’est
pas remontés à temps, on laisse tout et on court.
— Très rassurant, murmura Ilyan.
— Le but n’est pas de te rassurer. Le but est de
te ramener entier.
Ils quittèrent les ateliers par un chemin
secondaire qui longeait la paroi ouest. La nacelle était restée dissimulée sous
une excroissance rocheuse, solidement attachée à son treuil. Ilyan vérifia les
câbles, testa le frein, manipula rapidement les deux manettes — la noire et la
rouge — puis souleva la plaque de protection du régulateur.
Tout semblait tenir.
Il allait se redresser lorsqu’un mouvement sur la
passerelle supérieure attira son attention.
Un garde.
Pas armé lourdement, mais clairement identifiable
à sa veste sombre marquée du symbole du Conseil. Il ne les regardait pas
directement. Du moins, pas en apparence. Il marchait lentement, comme quelqu’un
qui a le temps.
Caelle suivit son regard.
— Il nous a vus, dit-elle.
— Tu crois ?
— Oui.
Lyrwen serra la lanière de son sac.
— Alors on n’a plus de temps à perdre.
Ilyan enclencha le treuil.
La nacelle bascula dans le vide.
La descente fut plus rapide que les précédentes.
Pas imprudente, mais nette. Les trois câbles grincèrent sous la tension, puis
la plateforme glissa entre les couches de brume qui enveloppaient les falaises
d’En Bas. Le paysage changea progressivement à mesure qu’ils perdaient de
l’altitude.
Cette fois, il n’y avait ni désert rouge, ni
terrasses troglodytes.
Seulement une gorge profonde, étroite, creusée
dans une pierre presque noire. Des parois abruptes montaient de chaque côté, si
proches parfois que la nacelle devait être guidée au plus juste pour ne pas les
heurter. Le vent y produisait un son singulier, un sifflement irrégulier qui
semblait parfois se transformer en murmure.
— C’est elle ? demanda Ilyan.
Caelle consulta rapidement son capteur.
— Oui. Et les variations sont plus fortes ici.
La nacelle toucha finalement le sol sur une bande
de roche inégale. À peine assez large pour les accueillir. Ilyan coupa le
frein, fixa rapidement les attaches et sauta le premier. La gorge sentait la
pierre mouillée et quelque chose d’autre, plus métallique, plus ancien.
Ils avancèrent avec prudence.
Le sol était recouvert d’une fine poussière grise
qui amortissait leurs pas. De temps en temps, une veine plus claire courait
dans la roche comme un fil pâle. Le silence n’était jamais complet. Il y avait
toujours ce souffle. Cette impression que l’air circulait dans des profondeurs
invisibles.

Un bruit sec interrompit soudain leurs pas.
Quelque chose venait de racler la pierre.
Tous trois s’immobilisèrent.
Ilyan leva lentement la tête.
Sur la paroi opposée, à plusieurs mètres
au-dessus d’eux, une forme sombre venait de bouger.
Au début, il crut à une excroissance de
roche.
Puis la forme se détacha de la paroi.
La créature descendit lentement le long de la
pierre, ses griffes produisant un frottement léger mais distinct. Elle mesurait
presque deux mètres de long, peut-être davantage si l’on comptait la queue
épaisse qui ondulait derrière elle.
Un lézard.
Mais pas comme ceux que l’on voyait parfois
sur les falaises de l’Aérore.
Celui-ci possédait une peau faite d’écailles
plates, sombres, presque métalliques. Certaines renvoyaient des reflets bleu
profond lorsque la lampe de Lyrwen les effleurait. Sa tête était triangulaire,
allongée, avec deux crêtes fines qui remontaient jusqu’au cou.
Ses yeux brillèrent dans l’ombre.
Deux pupilles étroites, verticales, qui
observaient les intrus avec une attention glaciale.
La bête ne paraissait pas pressée.
Elle s’arrêta à mi-hauteur de la paroi, ses
pattes larges parfaitement accrochées à la roche. Sa langue bifide sortit
brièvement entre ses mâchoires, goûtant l’air.
— Ne bougez pas, murmura Caelle.
Lyrwen avait instinctivement abaissé sa
lampe, comme pour éviter de provoquer l’animal.
Le lézard inclina légèrement la tête.
Il semblait les étudier.
Un instant passa.
Puis un autre.
Le vent siffla dans la gorge.
Finalement, la créature émit un bref
claquement de mâchoire, tourna lentement sur elle-même et remonta le long de la
paroi avec une aisance impressionnante. Son corps se coula dans une fissure
étroite entre deux plaques de roche.
Et disparut.
Le silence retomba.
Ilyan expira doucement.
— Je crois qu’on vient d’être inspectés.
Lyrwen releva légèrement la lampe.
— Ou tolérés.
Caelle observait encore la fissure.
— En Bas, murmura-t-elle, nous ne sommes
probablement jamais seuls.
Lyrwen éclairait devant eux avec sa lampe. Caelle
s’arrêtait régulièrement pour poser sa sonde contre la paroi. Ilyan, lui,
observait tout. Les fissures. Les cassures. Les endroits où la roche paraissait
comme polie par des passages répétés.
— Là, dit-il soudain.
Ils s’arrêtèrent.
Dans la poussière, plusieurs pierres avaient été
déplacées de manière trop nette pour être naturelles. Un petit empilement,
presque effondré, formait une sorte de repère discret à l’entrée d’une cavité
latérale.
Caelle s’accroupit.
— Ce n’est pas récent.
— Mais ce n’est pas ancien non plus, dit Lyrwen.
Ils échangèrent un regard, puis s’engagèrent dans
la cavité.
L’intérieur était plus vaste que prévu. La gorge
s’élargissait en une salle oblique, parcourue de stries sombres. Des gouttes
tombaient quelque part dans l’ombre.
Ilyan fit quelques pas.
Puis il s’arrêta.
Au pied de la paroi, à demi enfoui sous la
poussière, reposait un petit objet métallique.
Il s’en approcha, le ramassa doucement.
C’était un capteur.
Pas un modèle officiel des ateliers. Quelque
chose de modifié, bricolé, renforcé par des pièces de récupération.
Ses doigts tremblèrent légèrement lorsqu’il
retourna l’objet.
Sur la plaque latérale, sous une couche de
poussière, quelqu’un avait gravé un signe.
Une croix ouverte barrée d’un trait oblique.
Le symbole du carnet.
Ilyan sentit son souffle se bloquer.
— C’est à lui, murmura-t-il.
Caelle prit l’objet, le regarda longuement.
— Oui.
Lyrwen s’approcha à son tour.
— Tu es sûre ?
Caelle hocha lentement la tête.
— J’ai déjà vu cette marque sur des relevés qu’il
m’avait montrés. Il gravait ça sur tout ce qu’il modifiait.
Le silence tomba dans la cavité.
Pour la première fois, Vaëner n’était plus
seulement une hypothèse, une trace écrite, une phrase laissée dans un carnet.
Il avait été là.
Ilyan passa la main sur la pierre à côté du
capteur. Elle était plus lisse qu’elle n’aurait dû l’être, comme si quelqu’un
s’était souvent appuyé là.
— Il s’est arrêté ici, dit-il.
Sa voix était basse.
— Oui, répondit Caelle. Mais il n’a pas fait
demi-tour.
Lyrwen dirigea sa lampe vers le fond de la
cavité.
Un passage étroit s’y enfonçait, presque
entièrement dissimulé derrière une cassure de la paroi. On ne l’aurait pas
remarqué sans chercher. Il descendait en pente douce vers l’obscurité.
Ilyan s’approcha du bord.
L’air qui remontait de là était plus froid.
Et chargé d’un grondement lointain.
Pas un bruit continu.
Plutôt une série de vibrations espacées.
Comme si quelque chose bougeait très loin sous la
pierre.
— Ce n’est pas un abri, dit Caelle.
Ilyan secoua lentement la tête.
— Non.
Il regardait l’ouverture sans ciller.
Le passage était trop régulier pour n’être qu’une
simple cassure. Trop accessible. Trop évident, une fois repéré.
Lyrwen baissa un peu sa lampe.
— C’est un chemin.
Personne ne répondit tout de suite.
Dans le lointain, le murmure de la gorge revint,
glissant entre les parois comme une voix presque humaine.
Ilyan serra le capteur de Vaëner dans sa main.
Son frère n’avait pas seulement exploré cette
région.
Il avait trouvé une voie.
Et il l’avait suivie.
- Texte et images de ChatGPT, en collaboration avec Morbius, sur un sujet de Morbius -
SUIVRE LA TRAJECTOIRE
Ils ne savent pas encore ce qu’ils suivent.
Mais ils savent qu’ils ne peuvent plus revenir en arrière.
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”







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