LES ABYSSES DE BRASS - Chapitre 2 : La Membrane Invisible

 

Résumé du chapitre 1

Octobre 1889. Dans un port de la mer du Nord, l'explorateur Silas Langsteel embarque à bord du Cerberus, un submersible expérimental chargé de retrouver le Nautilus-Beta, mystérieusement disparu avec ses dix-sept hommes d'équipage. Accompagné de l'océanographe Emmeline Coburn, du jeune mécanicien Liang Wei et de l'autoritaire commandant Pembroke, Silas entame une plongée vers les abysses. Mais bientôt, une anomalie dans les relevés et le comportement suspect du commandant éveillent ses soupçons. Et si cette mission de sauvetage dissimulait un tout autre objectif ?


CHAPITRE 2 : LA MEMBRANE INVISIBLE

Quatre cents mètres.

Silas notait la profondeur sur sa carte, traçant une ligne rouge qui s'enfonçait dans le vide blanc du papier. Territoire inconnu. Les mots qu'il détestait le plus — ou qu'il aimait le plus, selon les jours.

Le Cerberus gémissait. Pas un grincement de panique, plutôt une plainte sourde, régulière, comme un cheval qui descend une pente trop raide. Les membrures d'acier parlaient leur propre langage sous la pression croissante.

Dans la salle des machines, Liang Wei écoutait.

Ce n'était pas une écoute ordinaire. Le jeune mécanicien avait posé sa main à plat contre une tubulure de cuivre, les yeux mi-clos, le visage vide d'expression. Silas l'observait depuis la porte. Il avait vu Liang travailler sur trois continents différents — Singapour, Liverpool, Le Cap — et c'était toujours la même chose. Le garçon ne réparait pas les machines. Il les comprenait.

— Problème ? demanda Silas.

Liang ouvrit les yeux sans retirer sa main.

— La pression augmente normalement. Mais la résistance de l'eau... change.

— Change comment ?

— Plus dense. Comme si nous entrions dans... autre chose.

Silas fronça les sourcils. Il retourna au poste de navigation et sortit son thermomètre de précision — un instrument suisse, calibré à la main. La température extérieure : 4°C. Normale pour cette profondeur. Mais la viscosité...

Il consulta les données d'Emmeline.

La scientifique était penchée sur son microscope, un échantillon d'eau prélevé quelques minutes plus tôt étalé sur une lame de verre. Elle ne leva pas les yeux quand Silas s'approcha.

— Vous voyez quelque chose d'anormal ?

— Tout est anormal, répondit-elle sèchement. Cette eau ne devrait pas exister.

Elle s'écarta enfin de l'oculaire, se massa les tempes.

— Regardez vous-même.

Silas se pencha. Sous le grossissement, l'eau grouillait de particules microscopiques. Pas du plancton. Pas des sédiments ordinaires. Des formes géométriques parfaites — des cubes, des sphères, des cylindres — qui s'assemblaient et se désassemblaient selon un rythme mathématique.

— C'est quoi, bon sang ?

Emmeline eut un rire sec.

— Si je le savais, Langsteel, je ne serais pas en train de remettre en question quarante-quatre ans de certitudes scientifiques.

Elle referma le microscope d'un geste brusque.

— Ces particules ne sont pas biologiques. Elles ne sont pas minérales non plus. Elles sont... organisées. Comme si l'eau elle-même était devenue une machine.

Un silence.

— Vous pensez que c'est lié au Nautilus ?

— Je pense qu'on est en train de descendre dans quelque chose qui n'aurait jamais dû être découvert.


Une heure plus tard, Pembroke les convoqua tous au poste de commande.

L'officier se tenait droit comme un mât, les mains croisées dans le dos. Mais Silas remarqua un détail : le petit boîtier de laiton noirci était sorti, posé bien en évidence sur le pupitre. L'aiguille de cristal tremblait violemment.

— Nous approchons de la zone de disparition, annonça Pembroke. Dernière position connue du Nautilus-Beta : huit cents mètres, cap nord-est. Nous sommes à cinq cent dix.

— Les sonars détectent quelque chose ? demanda Silas.

— Rien. Le fond se dérobe. Comme si nous descendions dans un puits sans fin.

Emmeline croisa les bras.

— Commander, vous nous cachez quelque chose depuis le début. Cet instrument, là — elle désigna le boîtier — ce n'est pas du matériel standard. Qu'est-ce qu'il mesure exactement ?

Pembroke hésita. Pour la première fois depuis leur départ, son masque d'autorité se fissura.

— Il mesure... une anomalie magnétique. Une distorsion du champ terrestre que l'Amirauté a détectée il y a six mois dans cette zone.

— Une distorsion naturelle ?

— Non, Docteur Coburn. Artificielle.

Le mot resta suspendu dans l'air confiné du submersible.

Liang Wei intervint depuis le fond de la cabine, sa voix douce contrastant avec la tension ambiante :

— Le Nautilus n'a pas coulé. Il a été attiré.

Tous se tournèrent vers lui.

— Comment le savez-vous ? demanda Pembroke.

— Parce que nous le sommes aussi.

Le jeune mécanicien montra le manomètre de pression. L'aiguille oscillait de façon erratique, montant et descendant sans logique.

— La machine ne lutte plus contre l'eau. Elle glisse. Comme si quelque chose nous tirait vers le bas.

Silas sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Il connaissait cette sensation. Il l'avait déjà ressentie, il y a trois ans, dans les tunnels de Noachis Terra. Cette impression d'être observé par quelque chose qui ne comprend pas ce que vous êtes, mais qui veut le savoir.

— On coupe les machines, décida-t-il.

— Quoi ? s'écria Pembroke.

— Vous avez entendu Liang. Si on lutte, on sera broyé. Si on se laisse descendre...

— On pourrait ne jamais remonter, termina Emmeline.

Silas la regarda. Elle soutint son regard.

— Mais on trouvera peut-être ce qui a pris le Nautilus.

Un silence. Puis Pembroke hocha la tête, à contrecœur.

— Très bien. Liang, coupez la vapeur. Gardez juste la pression minimum pour les ballasts de remontée d'urgence.

Le sifflement des machines s'éteignit progressivement.

Le Cerberus entra dans le silence.


Ils descendaient maintenant dans une obscurité totale, portés par un courant invisible.

Silas colla son front contre le hublot de quartz. Dehors, rien. Juste le noir absolu. Même les projecteurs à incandescence ne révélaient qu'un vide opaque, comme si la lumière elle-même était absorbée par l'eau.

Puis, lentement, quelque chose changea.

L'obscurité devint... translucide.

— Vous voyez ça ? murmura Emmeline.

L'eau s'éclaircissait. Non, ce n'était pas le bon mot. Elle devenait pure. D'une pureté surnaturelle, cristalline, comme si toutes les particules en suspension s'étaient brusquement dissoutes.

Et dans cette clarté nouvelle, des formes apparurent.

Des piliers.

Immenses. Verticaux. S'élevant des profondeurs comme les colonnes d'une cathédrale engloutie. Leur surface était parcourue de veines lumineuses — un bleu électrique qui pulsait faiblement, régulièrement.

— Mon Dieu, souffla Pembroke.

Le Cerberus glissait maintenant entre ces structures titanesques. Silas essayait de les dessiner, mais ses mains tremblaient. Ce n'était pas de la peur. C'était de l'émerveillement. Et de la terreur.

Car ces piliers n'étaient pas naturels.

Ils étaient trop réguliers, trop géométriques. Leur espacement suivait une logique mathématique évidente. Et surtout, ils fonctionnaient. Les veines bleues ne se contentaient pas de briller — elles transportaient quelque chose. De l'énergie. De l'information.

Liang Wei apparut à côté de Silas, le regard fixé sur les structures.

— C'est une machine, dit-il simplement.

— Une machine de quelle taille ?

Le jeune mécanicien ne répondit pas immédiatement. Puis :

— De la taille d'une ville. Peut-être plus.

Emmeline s'était approchée d'un autre hublot. Sa voix tremblait légèrement :

— Regardez, là-bas.

Suspendu entre deux piliers, maintenu par un réseau de filaments cuivrés, flottait un objet familier : une ancre de navire. Massive, oxydée, mais reconnaissable. Les filaments l'enveloppaient comme une toile d'araignée, la digérant lentement, incorporant le métal humain à la structure abyssale.

— Tout ce qui tombe ici est collecté, murmura Silas. Étudié. Assimilé.

Pembroke s'était détourné des hublots. Son visage était livide.

— Nous devons remonter. Immédiatement.

— On ne peut pas, répondit Liang. Regardez le manomètre.

La pression extérieure était... stable. À cinq cent cinquante mètres, elle aurait dû être écrasante. Au lieu de ça, l'aiguille affichait une valeur constante, presque dérisoire.

— C'est impossible, dit Emmeline. À moins que...

— À moins que l'eau elle-même ait changé de nature, termina Silas.

Il se tourna vers Pembroke.

— Vous saviez. L'Amirauté savait qu'il y avait quelque chose ici.

L'officier ne répondit pas. Il se contenta de regarder son petit boîtier de laiton. L'aiguille de cristal ne tremblait plus. Elle pointait droit vers le bas, parfaitement immobile.

Vers le cœur de la machine.


Un bruit résonna soudain contre la coque.

Toc. Toc. Toc.

Trois coups. Réguliers. Délibérés.

Pas un impact de débris. Pas un frottement de courant.

Quelque chose frappait à leur porte.

Dans le silence du Cerberus, quatre paires d'yeux se tournèrent vers les hublots.

Mais il n'y avait rien dehors.

Juste les piliers qui brillaient dans l'obscurité cristalline.

Et cette sensation, de plus en plus forte, d'être observés par des yeux qui n'avaient pas de visage.

- À SUIVRE -

- Texte de Gemini, en collaboration avec ChatGPT, révisé par Claude, à partir d’un sujet proposé par ChatGPT et d’une idée originale de Morbius -

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