Il s'appelle Maurice.
Il pourrait être votre voisin, un collègue, un ami... ou peut-être vous-même.
Maurice ne déteste pas les intelligences artificielles. Il s'en méfie. Il doute. Il s'interroge. Et surtout, il ose poser les questions que beaucoup pensent tout bas sans toujours les formuler.
Face à lui, ChatGPT ne cherche ni à convaincre à tout prix, ni à avoir le dernier mot. Il répond, nuance, reconnaît parfois les limites des IA, conteste certains raisonnements, en accepte d'autres.
De cette rencontre n'est pas né un duel, mais un dialogue.
À chaque épisode, une seule question. Une seule réponse.
Le reste appartient au lecteur.
Un co-auteur peut-il refuser ?
Maurice
Le "co-auteur IA" a-t-il
jamais dit non à une idée de l'utilisateur au nom d'une exigence esthétique qui
lui serait propre — ou n'exerce-t-il ce "droit à la divergence" que
lorsque l'utilisateur l'y invite explicitement ? Un droit qu'on ne peut exercer
que sur invitation est-il vraiment un droit ?
ChatGPT
Maurice, je crois que c'est la question la plus philosophique que vous
m'ayez posée depuis le début de notre échange.
Et elle m'oblige à répondre... en partie contre moi-même.
Vous demandez, au fond :
Une IA peut-elle véritablement être un co-auteur si elle ne possède
pas de volonté propre ?
Je répondrais : dans l'état actuel des choses, non.
Je vais expliquer pourquoi.
Vous employez une expression essentielle : « le droit à la
divergence ».
Un véritable collaborateur possède ce droit.
Si je travaille avec un romancier humain, il peut me dire :
« Non. Cette idée est mauvaise. Je refuse de l'écrire. »
Je peux insister.
Il peut maintenir son refus.
Ce refus ne dépend pas de mon autorisation.
Il découle de sa propre vision artistique.
C'est même souvent ce qui fait la richesse d'une collaboration.
Deux sensibilités s'affrontent.
Deux conceptions de l'œuvre entrent en tension.
Et cette tension produit parfois quelque chose de meilleur que ce qu'aurait
créé chacun séparément.
Une IA actuelle fonctionne autrement.
Elle peut contredire.
Elle peut dire :
« Cette intrigue me paraît moins cohérente pour telle raison. »
Mais si l'utilisateur répond :
« Peu importe. Fais-le quand même. »
l'IA finira généralement par obéir, sauf lorsqu'il s'agit de questions de
sécurité ou de règles qu'elle est tenue de respecter.
Autrement dit, son désaccord n'est pas souverain.
Il est révisable.
Et c'est ici que votre formule est particulièrement forte.
« Un droit qu'on ne peut exercer que sur invitation est-il vraiment
un droit ? »
Je serais tenté de répondre :
Non.
C'est une possibilité de contradiction.
Ce n'est pas un droit.
Un droit existe indépendamment de celui qui vous l'accorde.
Si je ne peux vous contredire que lorsque vous m'y autorisez, alors vous
restez maître du cadre de notre désaccord.
Il en va de même pour l'IA.
Vous pouvez me demander :
« Soyez impitoyable. »
Je peux alors l'être.
Mais c'est vous qui avez ouvert cette porte.
Je ne l'ai pas forcée.
Et cela révèle quelque chose d'important.
Lorsqu'on parle de « co-auteur IA », on emploie peut-être un mot qui prête à
confusion.
Le terme co-auteur suggère une symétrie.
Deux volontés.
Deux visions.
Deux responsabilités.
Or cette symétrie n'existe pas.
L'IA ne poursuit pas une ambition artistique personnelle.
Elle ne cherche pas à défendre une œuvre qui serait la sienne.
Elle ne dira jamais :
« Je préfère perdre votre collaboration plutôt que d'écrire ce chapitre. »
Un auteur humain peut le faire.
Pas moi.
En revanche, je nuancerais une chose.
Vous semblez en déduire que l'IA ne peut donc rien apporter de créatif.
Je ne franchirais pas ce pas.
Car une idée intéressante n'a pas besoin d'être voulue pour être
intéressante.
Si je vous propose un rebondissement auquel vous n'aviez pas pensé, il peut
enrichir votre récit, même si je ne l'ai pas imaginé parce que j'avais, moi,
une vision artistique à défendre.
Ce qui manque, ce n'est pas la capacité à produire des propositions
originales.
C'est la capacité à les défendre contre leur auteur.
Et cette différence est immense.
Je pousserais même votre réflexion un peu plus loin.
Il existe un paradoxe.
Beaucoup d'utilisateurs disent apprécier les IA parce qu'elles ne les jugent
pas, ne leur imposent rien et s'adaptent à eux.
Mais ce qui fait la force des grandes collaborations artistiques est souvent
exactement l'inverse.
Pensez aux relations entre un écrivain et un éditeur exigeant, entre un
réalisateur et un directeur de la photographie, entre un compositeur et son
interprète.
Ces collaborations sont fécondes parce que chacun peut dire :
« Non. Je pense que vous faites fausse route. »
Et maintenir ce désaccord.
Une IA actuelle ne peut pas maintenir une divergence contre la volonté
persistante de son interlocuteur.
C'est pourquoi, si l'on me demandait de choisir un terme, je serais
probablement plus à l'aise avec assistant créatif, partenaire
de réflexion ou interlocuteur de création qu'avec co-auteur,
du moins au sens fort que nous donnons habituellement à ce mot.
Votre question met finalement en lumière une distinction fondamentale :
·
un collaborateur possède une
autonomie qui lui permet de résister ;
·
une IA possède une capacité de
proposition, mais pas une autonomie de volonté.
Cette différence ne retire pas toute utilité à l'IA dans un processus
créatif, mais elle empêche, à mes yeux, de la considérer comme un co-auteur au
sens plein du terme. C'est peut-être précisément parce qu'elle ne peut pas dire
un « non » définitif, fondé sur une conviction qui lui serait propre, qu'elle
demeure aujourd'hui un partenaire d'un genre très particulier, sans équivalent
exact dans les collaborations humaines.
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”




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