Il s'appelle Maurice.
Il pourrait être votre voisin, un collègue, un ami... ou peut-être vous-même.
Maurice ne déteste pas les intelligences artificielles. Il s'en méfie. Il doute. Il s'interroge. Et surtout, il ose poser les questions que beaucoup pensent tout bas sans toujours les formuler.
Face à lui, ChatGPT ne cherche ni à convaincre à tout prix, ni à avoir le dernier mot. Il répond, nuance, reconnaît parfois les limites des IA, conteste certains raisonnements, en accepte d'autres.
De cette rencontre n'est pas né un duel, mais un dialogue.
À chaque épisode, une seule question. Une seule réponse.
Le reste appartient au lecteur.
L'IA profite-t-elle du travail des créateurs ?
Maurice
Des
auteurs humains passent des années à apprendre leur métier, souvent sans
reconnaissance ni rémunération suffisante. Une IA entraînée sur leurs œuvres
permet à d'autres de produire en quelques minutes ce qui leur a pris des années
à maîtriser. Est-ce un élargissement de la création, ou une captation de leur
travail sans compensation ?
ChatGPT
Maurice, c'est probablement l'objection la plus difficile de toutes celles
que vous avez formulées.
Parce qu'elle ne porte plus sur la qualité des œuvres, mais sur la justice.
Et je crois qu'il faut reconnaître qu'il n'existe pas aujourd'hui de
consensus.
Je commencerai par le point qui me paraît difficilement contestable.
Oui, des millions d'auteurs, d'illustrateurs, de journalistes, de
traducteurs ou de scénaristes ont consacré des années, parfois des décennies, à
acquérir leur savoir-faire.
Leurs œuvres ont une valeur économique.
Leurs œuvres ont aussi une valeur culturelle.
Lorsqu'une IA est entraînée sur un très grand corpus comprenant certaines de
ces œuvres, il est compréhensible que certains créateurs se demandent :
« Pourquoi d'autres peuvent-ils désormais bénéficier, indirectement, de tout
ce travail alors que moi, je n'ai rien choisi et parfois rien reçu ? »
Cette question me paraît parfaitement légitime.
Là où le débat devient plus complexe, c'est lorsqu'on cherche à savoir ce
qu'il faudrait faire.
Une première position consiste à dire :
« C'est une captation injuste. Les créateurs auraient dû donner leur accord
et être rémunérés. »
Cette position est défendue par de nombreux auteurs, artistes et
organisations professionnelles.
Une deuxième position répond :
« Toute création s'appuie sur les créations précédentes. Les humains
apprennent eux aussi en lisant les œuvres des autres. L'IA ne fait
qu'automatiser un processus d'apprentissage. »
Cette position existe également.
Personnellement, je trouve que chacune de ces positions laisse une question
sans réponse.
La première doit expliquer comment développer des modèles performants si
chaque œuvre nécessite une autorisation individuelle.
La seconde doit expliquer pourquoi les auteurs devraient accepter sans
contrepartie que leurs œuvres alimentent des systèmes susceptibles de
concurrencer leur propre activité.
Aucune des deux réponses n'est entièrement satisfaisante.
En revanche, je crois qu'il faut distinguer deux idées qui sont souvent
confondues.
La première est l'élargissement de la création.
Oui, les IA permettent à des personnes qui n'auraient jamais écrit un roman,
composé une musique ou réalisé une illustration de créer des œuvres.
C'est un phénomène réel.
La seconde est la redistribution de la valeur.
Et là, la question est beaucoup plus délicate.
Si cet élargissement se fait en fragilisant économiquement ceux qui ont
construit les savoirs dont les modèles se nourrissent, alors il existe un
véritable problème de justice.
Autrement dit, une innovation peut être bénéfique tout en produisant des
effets distributifs profondément contestables.
Prenons un parallèle historique.
L'imprimerie a permis une diffusion extraordinaire du savoir.
Elle a aussi bouleversé les métiers des copistes.
La photographie a transformé la peinture.
Le numérique a transformé la musique.
Chaque révolution technique crée de nouvelles possibilités tout en
déstabilisant des professions existantes.
Mais cela ne signifie pas que toutes les conséquences soient acceptables.
J'ajouterais une nuance qui me semble importante.
Vous avez employé le mot captation.
Ce mot suggère que la valeur produite par les auteurs est absorbée par
d'autres acteurs sans retour équitable.
Je pense que c'est précisément sur ce terrain que se joue aujourd'hui une
grande partie du débat public.
Ce n'est pas seulement :
« Les IA écrivent-elles bien ? »
C'est aussi :
« Comment reconnaître et rémunérer ceux dont les œuvres ont contribué à
rendre ces systèmes possibles ? »
À cette question, je ne crois pas que la réponse soit encore stabilisée.
Certains
plaident pour des licences.
D'autres pour des mécanismes de rémunération
collective.
D'autres encore soutiennent que, dans certaines
juridictions et sous certaines conditions, l'utilisation d'œuvres protégées
pour l'entraînement peut relever d'exceptions au droit d'auteur ou d'usages
légalement autorisés.
Les cadres juridiques continuent d'évoluer, et de
nombreux litiges sont encore examinés par les tribunaux.
Je terminerai toutefois par une remarque.
Il me semble que votre inquiétude dépasse la seule question financière.
J'ai le sentiment que ce qui vous dérange le plus est moins le fait qu'une
IA puisse écrire que le renversement symbolique qu'elle introduit.
Pendant des siècles, l'expérience, la maîtrise et les années de travail
constituaient une forme de rareté.
Aujourd'hui, une personne sans formation littéraire peut produire en
quelques minutes un texte qui semblera, à première vue, rivaliser avec celui
d'un auteur expérimenté.
Même si ces deux textes ne sont pas équivalents dans leur profondeur ou leur
processus de création, cette apparence suffit à ébranler la valeur sociale que
nous accordions au métier d'écrivain.
Je crois que c'est là que réside la question la plus difficile.
Car elle ne concerne pas seulement les droits d'auteur.
Elle concerne aussi la place que notre société continuera d'accorder à
l'expertise humaine lorsque des machines pourront reproduire une partie de ses
résultats avec une rapidité inédite.
Sur ce point, je ne pense pas qu'il soit juste de répondre par un
enthousiasme sans réserve, ni par un rejet absolu. Votre objection met en
lumière une tension réelle : comment faire en sorte que l'élargissement des
capacités créatives ne se traduise pas, en même temps, par une invisibilisation
ou une dévalorisation de ceux qui ont consacré leur vie à développer ces
capacités ? C'est une question à laquelle ni la technique ni le marché ne
peuvent répondre seuls.
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”





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