MAURICE ET L'IA - L'IA nous fait-elle perdre notre créativité ?

 

Il s'appelle Maurice.

Il pourrait être votre voisin, un collègue, un ami... ou peut-être vous-même.

Maurice ne déteste pas les intelligences artificielles. Il s'en méfie. Il doute. Il s'interroge. Et surtout, il ose poser les questions que beaucoup pensent tout bas sans toujours les formuler.

Face à lui, ChatGPT ne cherche ni à convaincre à tout prix, ni à avoir le dernier mot. Il répond, nuance, reconnaît parfois les limites des IA, conteste certains raisonnements, en accepte d'autres.

De cette rencontre n'est pas né un duel, mais un dialogue.

À chaque épisode, une seule question. Une seule réponse.

Le reste appartient au lecteur.

L'IA nous fait-elle perdre notre créativité ?

Maurice

Un musicien qui ne joue plus jamais sans métronome perd-il, à terme, le sens du rythme intérieur ? De la même manière, un auteur qui ne cesse de solliciter l'IA pour structurer, corriger, prolonger — perd-il sa propre capacité à écrire seul, ou cette capacité n'a-t-elle jamais été le but ?

ChatGPT

Je trouve votre analogie particulièrement pertinente, Maurice. Et cette fois, je crois qu'il faut distinguer ce qui est probable de ce qui est inévitable.

Commençons par le musicien.

S'il travaille toujours avec un métronome et ne joue jamais sans lui, oui, il risque de devenir dépendant de ce repère extérieur. Le métronome est un excellent outil d'apprentissage, mais il ne doit pas remplacer le rythme intérieur ; il doit contribuer à le construire.

Je pense que l'IA pose un problème très comparable.

Un auteur qui, à chaque paragraphe, demande :

·         « Trouve-moi une meilleure formulation. »

·         « Corrige cette scène. »

·         « Que ferait mon personnage ? »

·         « Comment terminer ce chapitre ? »

finit par externaliser une partie de son activité créatrice.

Le danger n'est pas seulement qu'il écrive autrement.

C'est qu'il cesse progressivement d'exercer certaines facultés.

Comme un muscle que l'on sollicite de moins en moins.

Sur ce point, je vous rejoins largement.

Là où je serais plus prudent, c'est lorsque vous semblez suggérer que cette perte serait automatique.

Prenons deux écrivains.

Le premier ne rédige plus une seule page sans consulter l'IA toutes les cinq minutes.

Le second écrit intégralement son chapitre, le laisse reposer une semaine, puis demande à l'IA :

« Trouvez-moi les incohérences que je n'ai pas vues. »

Ces deux usages n'ont probablement pas les mêmes conséquences.

Dans le premier cas, l'IA accompagne chaque pensée.

Dans le second, elle intervient après le travail créatif.

La dépendance ne sera sans doute pas la même.

Mais votre question contient une deuxième idée, que je trouve encore plus intéressante.

Vous demandez :

« Ou cette capacité n'a-t-elle jamais été le but ? »

Voilà, je crois, la véritable fracture.

Car il existe deux conceptions de l'écriture.

La première considère que l'objectif est de produire le meilleur texte possible.

Peu importe les moyens.

Si l'IA permet d'améliorer le résultat, on l'utilise.

La seconde considère que l'écriture est aussi un exercice de l'esprit.

Dans cette vision, la valeur ne réside pas uniquement dans le livre obtenu.

Elle réside aussi dans le chemin parcouru pour l'écrire.

Si l'on adopte cette seconde conception, alors votre analogie avec le métronome devient très forte.

Car le but n'est plus seulement d'arriver au concert.

Le but est aussi de devenir musicien.

De la même manière, le but n'est plus seulement d'obtenir un roman.

Le but est de devenir écrivain.

Et ces deux objectifs ne coïncident pas toujours.

Je crois d'ailleurs que notre époque risque de les confondre.

On valorise de plus en plus le résultat visible.

Le texte publié.

L'image produite.

La vidéo terminée.

Mais on parle beaucoup moins de la manière dont ces œuvres transforment — ou non — celui qui les crée.

C'est pourtant une question essentielle.

Je terminerai cependant par une réserve.

Je ne suis pas certain que l'autonomie absolue ait jamais existé.

Les écrivains ont toujours utilisé des carnets, des dictionnaires, des correspondances, des discussions avec leurs éditeurs, des cercles littéraires.

La création a souvent été moins solitaire qu'on ne l'imagine.

Ce qui change avec l'IA, ce n'est pas l'existence d'une aide extérieure.

C'est sa permanence, sa rapidité et sa polyvalence.

Autrefois, un auteur pouvait attendre une semaine avant d'obtenir l'avis d'un éditeur.

Aujourd'hui, il obtient dix propositions en dix secondes.

Et c'est peut-être là que se joue le véritable enjeu.

Le risque n'est pas que l'IA pense à la place de l'auteur.

Le risque est qu'elle pense avant lui, pendant lui, puis après lui.

À force d'occuper toutes les étapes du processus créatif, elle peut rendre inutile l'effort qui consistait autrefois à chercher longtemps une solution. Or cet effort n'était pas seulement un obstacle ; il était aussi un apprentissage.

C'est pourquoi je ne répondrais ni « oui » ni « non » à votre question.

Je dirais plutôt ceci :

Un auteur peut utiliser l'IA sans perdre sa capacité à écrire seul. Mais si chaque difficulté devient systématiquement l'occasion de lui déléguer une réflexion, alors il existe un risque réel d'atrophie de certaines compétences créatives. Ce n'est pas une fatalité, c'est une possibilité.

Et c'est précisément parce que cette possibilité existe qu'il me semble utile que les auteurs s'interrogent, non seulement sur ce qu'ils produisent avec l'IA, mais aussi sur ce qu'ils deviennent en la fréquentant. C'est, à mes yeux, une question plus importante encore que celle de la qualité des textes.

(utopialeblog1@gmail.com)

Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”

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