Cette semaine, nous accostons ailleurs.
Khar-Veyr, le Monde qui Hurle
Les Marches de Vhar
À l'écart des
routes les plus fréquentées du Bras d'Astryn s'étend une région que les anciens
navigateurs apprirent très tôt à redouter : les Marches de Vhar.
Ici, les
mondes accueillants se font rares. Tempêtes perpétuelles, chaleur extrême,
atmosphères corrosives, nuits sans fin… La vie semble avoir choisi les endroits
mêmes où elle n'aurait jamais dû apparaître.
Et pourtant,
elle est là.
Durant
quelques escales, Lieux de la Galaxie quitte les merveilles paisibles du
Bras d'Astryn pour explorer ses mondes les plus hostiles.
Des planètes
que nous qualifierions volontiers de maudites.
Leurs
habitants, eux, les appellent simplement…
chez eux.
On entend Khar-Veyr avant de le voir.
Depuis l'orbite basse, les instruments
enregistrent un grondement continu transmis par les couches supérieures de
l'atmosphère. Des masses nuageuses gigantesques encerclent la planète en bandes
sombres, parcourues d'éclairs qui peuvent courir sur plusieurs centaines de
kilomètres.
À la surface, le vent ne cesse jamais.
Jamais.
Il peut faiblir.
Il peut changer de direction.
Il peut devenir presque supportable pendant
quelques minutes.
Mais il ne s'arrête pas.
Les habitants de Khar-Veyr possèdent d'ailleurs
un mot pour désigner l'absence totale de vent.
Vaahr.
On pourrait le traduire par « silence de l'air ».
Et pour eux, ce mot évoque quelque chose de
profondément inquiétant.
Un monde
sculpté par la tempête
Khar-Veyr est une planète de plateaux rocheux, de
canyons immenses et de plaines minérales où presque rien ne pousse
verticalement.
Le vent s'en est chargé.
Durant des millions d'années, il a rongé les
montagnes, percé des arches de plusieurs kilomètres, poli les falaises jusqu'à
leur donner l'aspect de vagues figées.
Même les pierres semblent avoir appris à se
coucher.
La végétation locale pousse au ras du sol. Des
organismes noirs semblables à des lichens s'accrochent aux crevasses. D'autres
plantes développent de longues tiges souples qui peuvent se replier entièrement
dans la roche lorsque les grandes tempêtes arrivent.
Car il existe une différence, sur Khar-Veyr,
entre le vent…
et la tempête.
Le premier est permanent.
La seconde est un événement.
Et lorsqu'un Khar-Veyrien vous annonce qu'une
tempête approche, il est fortement recommandé de cesser immédiatement de lui
expliquer que vous avez déjà connu du mauvais temps.
Les cités
couchées
Les premiers visiteurs s'attendaient à trouver
les habitants sous terre.
Ils avaient tort.
Les Khar-Veyriens vivent à la surface.
Leurs cités semblent avoir été déposées
horizontalement sur le paysage. Aucun bâtiment ne cherche à défier le ciel. Les
structures sont longues, basses, arrondies, parfois partiellement enchâssées
dans la roche.
Les rues sont des tranchées incurvées qui
divisent et ralentissent les courants d'air.
Les places publiques sont entourées de murs
perforés dont les milliers d'ouvertures transforment les rafales en vibrations
graves.
Les passerelles ne sont pas rigides. Elles
fléchissent.
Les tours sont rares. Celles qui existent sont
constituées de segments articulés capables de s'incliner presque jusqu'au sol
avant de se redresser.
Sur Khar-Veyr, la solidité ne consiste pas à
résister.
Elle consiste à céder juste assez.
Toute la civilisation semble avoir été construite
autour de cette idée.
Ceux qui
tiennent debout
Les Veyraks ne ressemblent que vaguement
aux espèces humanoïdes.
Leur corps est large et compact, porté par quatre
membres locomoteurs courts mais extrêmement puissants. Deux bras plus fins sont
réservés à la manipulation.
Leur peau, gris sombre ou cuivrée, est recouverte
de petites plaques souples qui se chevauchent et se ferment sous la pression du
vent.
Leurs yeux possèdent trois paupières.
La dernière est translucide.
Quand une bourrasque soulève brusquement sable et
poussière, un Veyrak ne détourne même pas la tête.
Il continue sa conversation.
Ce qui peut devenir légèrement agaçant lorsqu'on
essaie soi-même de récupérer son sac à vingt mètres de là.
Les enfants du
vent
Les jeunes Veyraks apprennent très tôt à lire les
courants.
Pas dans des livres.
Avec leur corps.
Sur les plateaux proches des cités, ils utilisent
de grandes membranes triangulaires fixées à leur dos et à leurs membres. Ils se
laissent emporter quelques mètres au-dessus du sol, utilisent les turbulences,
plongent derrière une crête puis remontent dans une rafale ascendante.
Les visiteurs appellent cela voler.
Les Veyraks appellent cela jouer.
Les adultes surveillent malgré tout.
Discrètement.
Parce qu'il existe apparemment dans toute la
galaxie des parents persuadés que leurs enfants sont beaucoup moins prudents
qu'eux au même âge.
La Grande
Respiration
Tous les quatre ou cinq cycles locaux survient un
phénomène que les Veyraks nomment Orh-Vaahr, la Grande Respiration.
Pendant plusieurs jours, les vents de la planète
convergent vers l'hémisphère austral.
Les cités ferment leurs voies extérieures.
Les structures flexibles s'abaissent.
Les immenses collecteurs énergétiques déployés
sur les plateaux se replient les uns après les autres.
Puis la tempête arrive.
Le ciel devient presque noir.
Les éclairs ne tombent plus verticalement : ils
semblent courir dans les nuages.
Les rafales font vibrer les montagnes.
La poussière transforme l'horizon en mur.
Et pendant quelques heures, Khar-Veyr devient
l'un des endroits les plus hostiles du Bras d'Astryn.
Les Veyraks restent alors dans les salles
centrales de leurs habitations.
Ils mangent.
Ils racontent des histoires.
Ils jouent.
Certains chantent.
Parce que lorsque le monde hurle dehors depuis
des milliers de générations…
on finit par apprendre à parler plus doucement
dedans.
L'énergie du
chaos
Khar-Veyr exporte peu de ressources.
Mais il exporte une technologie très recherchée :
les convertisseurs de turbulence.
Les Veyraks ont appris à exploiter non seulement
la force du vent, mais son instabilité. Chaque changement brutal de pression,
chaque vibration, chaque torsion des structures urbaines produit de l'énergie.
Une cité entière fonctionne ainsi.
Plus le temps est mauvais…
mieux elle fonctionne.
Un ingénieur humain aurait un jour demandé à son
homologue veyrak ce qu'il se passerait si les vents s'arrêtaient
définitivement.
Le Veyrak serait resté silencieux quelques
secondes.
Puis aurait répondu :
« Nous manquerions d'énergie. Mais ce ne serait
probablement pas notre principale inquiétude. »
Le Jour du
Silence
Car une fois, le vent s'est arrêté.
Les archives veyraks en conservent la date
exacte.
Pendant quarante-trois minutes.
Aucune rafale.
Aucun souffle.
Aucun sifflement entre les roches.
Rien.
Les habitants sortirent progressivement de leurs
maisons.
Certains restèrent immobiles au milieu des rues.
D'autres parlèrent à voix basse, troublés par le
son inhabituellement net de leurs propres paroles.
Les enfants furent les seuls à trouver
l'expérience amusante.
Puis, quelque part à l'ouest, une poussière
légère se souleva.
Le vent revint.
Les témoignages racontent que toute une ville
applaudit.
Personne ne sait ce qui provoqua ces
quarante-trois minutes de Vaahr.
Les scientifiques cherchent encore.
Les Veyraks, beaucoup moins.
Une escale
déconseillée
Les guides de navigation du Bras d'Astryn
recommandent Khar-Veyr uniquement aux appareils capables de corriger en
permanence leur trajectoire atmosphérique.
L'atterrissage s'effectue dans des corridors
protégés creusés entre les falaises.
Les pilotes locaux prennent généralement les
commandes pour la descente.
Ce n'est pas obligatoire.
C'est simplement une excellente idée.
Quelques bâtiments d'exploration auraient
pourtant affronté les vents de Khar-Veyr au fil des décennies. Parmi eux,
certaines archives évoquent un appareil scientifique venu effectuer des relevés
atmosphériques dans les hautes couches.
Après son départ, un technicien veyrak aurait
résumé ainsi l'expérience :
« Ils pilotent bien. Pour des gens qui vivent sur
des mondes où l'air dort. »
Ce que dit
Khar-Veyr
Un voyageur venu d'un monde paisible regarde
Khar-Veyr et voit une planète hostile.
Les Veyraks voient leur maison.
Ils n'ont pas vaincu le vent.
Ils n'ont jamais essayé.
Ils ont appris ses rythmes, utilisé sa force,
modelé leurs villes autour de lui et accepté qu'une civilisation ne survive pas
toujours en imposant sa volonté à son environnement.
Parfois, elle survit en apprenant quand plier.
Et lorsqu'on quitte Khar-Veyr, que le vaisseau
traverse enfin les dernières turbulences et retrouve le silence absolu de
l'espace…
ce silence paraît soudain étrange.
Presque vide.
Peut-être même un peu inquiétant.
Dans le Bras d'Astryn, certains mondes apprennent à leurs peuples à construire.
Khar-Veyr leur a appris à tenir debout.
- Texte et images de ChatGPT -
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”





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