LES PORTES NOIRES - Premier Passage - Épisode 2 : Le Registre des Arrivées / Partie 3

Précédemment

Après avoir quitté le Meridian Motel, Thomas Avery reprend la route, persuadé de pouvoir laisser derrière lui les événements de la nuit. Mais dans un diner voisin, personne ne semble connaître l'existence du motel. Même la carte routière du Nevada ignore la route qui y mène, tandis qu'une mystérieuse inscription affirme que les cartes oublient parfois ce dont les routes se souviennent encore.

Le Registre des Arrivées

- Troisième partie -

Thomas replia soigneusement la carte.

Avant de la ranger dans la boîte à gants, il hésita. Puis il effaça doucement la phrase écrite au crayon avec son pouce.

Le graphite ne s'effaça pas.

Il frotta un peu plus fort. Les mots demeurèrent parfaitement visibles. Le papier, en revanche, s'éclaircit légèrement autour des lettres. Comme si l'inscription appartenait davantage à la carte qu'à la mine de plomb.

Thomas renonça.

Il glissa la carte dans la voiture, referma la portière et reprit la route.

Pendant plusieurs dizaines de miles, il s'efforça de ne plus penser au Meridian. Il alluma la radio.

Une station diffusait les informations nationales. Une autre retransmettait un match de baseball. Une troisième ne proposait qu'un souffle continu entrecoupé de parasites. Tout cela avait quelque chose de rassurant.

Le monde continuait. Les gens travaillaient. Les trains circulaient. Les journaux paraissaient. Le Nevada existait toujours.

À midi, il traversa une petite ville dont le panneau annonçait simplement :

Hawkins Junction

Quelques commerces bordaient l'artère principale.

Une pharmacie, un garage, un cinéma dont la façade annonçait un western avec Glenn Ford.

Thomas ralentit.

Il remarqua une cabine téléphonique près de la poste. Une idée venait de lui traverser l'esprit.

Il gara la Chevrolet puis consulta l'annuaire suspendu à l'intérieur de la cabine.

Ses doigts parcoururent les pages consacrées aux hôtels et motels.

Rien.

Il chercha ensuite les établissements des comtés voisins.

Toujours rien. Aucun Meridian Motel.

Il referma lentement l'annuaire. Cette absence ne prouvait rien. Un petit établissement pouvait très bien ne pas figurer dans toutes les éditions.

Il sortit de la cabine.

Au moment où il allait repartir, une vitrine attira son attention. Il s'agissait d'une librairie. En réalité, davantage d'une papeterie où l'on vendait aussi quelques ouvrages, des magazines et des cartes postales.

Une clochette tinta lorsqu'il entra. L'odeur du papier neuf se mêlait à celle du bois ciré.

Derrière le comptoir, une vieille femme relevait des factures.

— Bonjour.

— Bonjour, répondit Thomas.

Il parcourut distraitement les rayonnages.

Guides touristiques, atlas routiers, livres d'histoire locale.

Son regard s'arrêta sur un volume épais intitulé :

Les Routes oubliées du Nevada.

Il le prit.

La vieille femme leva les yeux.

— C'est un bon livre.

Thomas ouvrit l'ouvrage au hasard.

Des dizaines de routes abandonnées y étaient répertoriées.

Anciennes pistes minières, ponts disparus, villages désertés.

Il consulta l'index. Aucun Meridian.

Il feuilleta encore quelques pages. Une photographie en noir et blanc représentait un vieux motel abandonné. Pas celui qu'il cherchait.

Mais quelque chose, dans cette image, lui rappela le silence du parking après la pluie.

Il referma le livre.

— Vous connaissez un Meridian Motel ? demanda-t-il sans conviction.

La vieille femme réfléchit.

— Non.

Puis elle ajouta :

— Mais j'ai connu un hôtel qui changeait de nom tous les dix ans.

Thomas sourit.

— Pour attirer davantage de clients ?

— Peut-être.

Elle le regarda quelques secondes.

— Ou pour que certains cessent de le retrouver.

Thomas resta silencieux. Elle éclata d'un petit rire.

— Ne faites pas cette tête, jeune homme. À mon âge, on raconte volontiers des histoires.

Il rendit son sourire.

— Vous m'avez presque convaincu.

— Les histoires sont faites pour cela.

Thomas reposa le livre. Au moment où il allait quitter la boutique, la vieille femme l'interpella.

— Monsieur...

Il se retourna.

— Si jamais vous retrouvez ce motel... n'oubliez pas de regarder le registre.

Thomas fronça les sourcils.

— Quel registre ?

La vieille femme sembla surprise. Comme si la question n'avait aucun sens.

— Celui des arrivées.

Puis elle secoua doucement la tête.

— Enfin... peu importe. Vous ne trouverez probablement jamais cet endroit.

Thomas sortit sans répondre.

Le soleil baignait toujours la rue principale. Les voitures passaient lentement devant la librairie, tandis que des enfants sortaient de l'école en courant. Rien, dans cette petite ville paisible, ne semblait pouvoir accueillir les pensées qui occupaient désormais Thomas.

Il regagna la Chevrolet, ouvrit la portière et s'installa derrière le volant. Pendant quelques secondes, il demeura immobile, les mains posées sur le cuir usé, avant de tourner la clé de contact.

Une dizaine de minutes plus tard, Hawkins Junction n'était déjà plus qu'un point dans son rétroviseur.

Il pensa de nouveau au registre. Au vieux registre du réceptionniste. Celui que le vieil homme refermait toujours avant de lever les yeux vers un nouveau voyageur.

Thomas serra un peu plus fort le volant.

Une idée, absurde et tenace, venait de s'imposer à lui.

Et si son nom figurait déjà dans ce registre... avant même son arrivée au Meridian ?

(À suivre – Partie 4/4)

- Idée originale de la série, texte et images de ChatGPT -

(utopialeblog1@gmail.com)

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