Précédemment
Après une nuit agitée au Meridian Motel, Thomas
Avery se réveille convaincu que la fatigue a amplifié les événements de la
veille. Il quitte les lieux au petit matin, échange une dernière conversation
énigmatique avec le réceptionniste, puis reprend la route. Pourtant, en
s'éloignant du motel, une impression persistante ne le quitte pas : celle de
laisser derrière lui quelqu'un qui savait déjà qu'ils se reverraient.
Le Registre des Arrivées
- Deuxième partie -
Les peupliers disparurent progressivement dans le
rétroviseur.
Bientôt, il ne resta plus que la longue route
rectiligne traversant le désert. Le soleil montait rapidement, dissipant les
dernières traces d'humidité laissées par l'orage. Les montagnes lointaines
reprenaient leur teinte ocre, tandis que la Chevrolet retrouvait ce
ronronnement régulier qui accompagnait Thomas depuis des années.
Il inspira profondément.
L'air entrait par la vitre entrouverte avec cette
odeur mêlée de poussière, de sauge sauvage et de bitume chauffé qui appartenait
aux grands espaces américains.
Tout redevenait normal.
Ou presque.
À plusieurs reprises, son regard revint malgré
lui vers le rétroviseur.
Naturellement, le Meridian n'y apparaissait plus.
Seule la route s'étirait derrière lui, vide,
parfaitement droite, comme si aucun motel ne s'était jamais trouvé au bout de
cette allée bordée de peupliers.
Thomas sourit de lui-même.
Il venait de passer une mauvaise nuit.
Voilà tout.
Une heure plus tard, il aperçut enfin une
station-service Texaco, accompagnée d'un petit diner aux murs de bois peints en
blanc. Deux poids lourds étaient garés près des pompes, et un autocar Greyhound
occupait plusieurs places sur le parking.
La présence de tant de monde lui procura un
soulagement inattendu.
Il fit le plein, vérifia la pression d'un pneu
avant d'entrer dans le diner.
Une clochette tinta au-dessus de la porte.
L'endroit respirait la vie.
Une serveuse circulait entre les tables en
remplissant les tasses de café. Une radio diffusait doucement une chanson de
Patti Page. Deux camionneurs discutaient d'un chargement de bétail, tandis
qu'un couple âgé partageait une tarte aux pommes près de la fenêtre.
Thomas prit place au comptoir.
— Un café ? demanda la serveuse.
— Avec plaisir.
Elle posa la tasse devant lui.
— Vous venez de loin ?
Thomas haussa les épaules.
— Difficile à dire... J'ai passé la nuit dans un
motel, à une trentaine de miles d'ici, je suppose.
— Lequel ?
— Le Meridian.
La serveuse cessa d'essuyer son comptoir.
À peine une seconde.
Puis elle reprit son geste.
— Je ne crois pas connaître.
Thomas désigna vaguement l'ouest.
— Une petite route bordée de peupliers.
Impossible de la manquer.
Cette fois, le vieil homme assis deux tabourets
plus loin leva les yeux de son journal.
— Des peupliers ?
— Oui.
Le vieillard plia lentement son quotidien.
— Par ici, il n'y en a plus depuis longtemps.
Thomas eut un petit rire.
— Pourtant je les ai traversés il y a moins de
deux heures.
Le silence tomba brièvement autour du comptoir.
La serveuse posa doucement la cafetière.
— Vous êtes certain de ne pas parler de Cotton
Creek ?
— Non. Le Meridian Motel.
Le vieillard secoua lentement la tête.
— Je vis dans le comté depuis quarante ans. Je
connais toutes les routes des environs. Jamais entendu ce nom.
Thomas sentit un léger malaise revenir.
— C'est pourtant un motel parfaitement ordinaire.
Piscine. Deux bâtiments. Une réception. Le néon rouge fonctionne encore.
La serveuse échangea un regard discret avec le
vieil homme.
Un regard si bref que Thomas aurait pu croire
l'avoir imaginé.
Puis elle sourit.
— Vous avez peut-être pris une ancienne route de
service. Il y avait plusieurs petits motels autrefois. Beaucoup ont fermé.
Thomas acquiesça.
Cette explication lui convenait.
Presque.
Il termina son café, régla l'addition puis sortit
acheter une carte routière dans la petite boutique attenante à la
station-service.
Le vendeur lui indiqua un présentoir métallique
où étaient rangées plusieurs cartes de différents États.
Thomas choisit celle du Nevada.
Il retourna près de sa voiture, l'étala sur le
capot encore tiède et chercha la route qu'il avait empruntée la veille.
La nationale.
Le croisement.
La route secondaire.
Rien.
Il recommença plus lentement.
Chaque embranchement.
Chaque piste.
Chaque route de comté.
Toujours rien.
Il fronça les sourcils.
Il était pourtant certain de n'avoir effectué
qu'un seul changement de direction.
Une ombre vint soudain recouvrir la carte.
Le vieil homme du diner se tenait derrière lui.
— Vous cherchez quelque chose ?
Thomas lui montra la carte.
— Ce motel.
Le vieillard observa longuement le papier.
Puis leva les yeux vers la route.
— Les cartes sont utiles... dit-il d'une voix
calme. Elles montrent les routes. Pas forcément les endroits où elles
conduisent.
Thomas eut un sourire amusé.
— Vous connaissez le réceptionniste ?
Le vieillard le regarda avec une expression
difficile à interpréter.
— Non.
Puis, après un court silence, il ajouta :
— Mais j'ai connu un homme qui disait exactement
la même chose.
— Qui donc ?
Le vieil homme remit son chapeau.
— Quelqu'un qui n'a jamais retrouvé le motel où
il prétendait avoir dormi.
Il s'éloigna tranquillement vers son vieux
pick-up.
Thomas resta seul devant sa carte.
Le vent se leva.
Très légèrement.
Les bords du papier frémirent.
Au moment où il allait le replier, son regard
s'arrêta sur un détail.
Dans la marge inférieure, tout près des mentions
de l'éditeur, quelqu'un avait écrit au crayon, d'une écriture fine et presque
effacée :
« Les cartes oublient parfois ce que les routes
se souviennent encore. »
Thomas demeura immobile.
Puis, presque malgré lui... il regarda vers
l'ouest.
Là où, désormais, il savait qu'aucune carte ne lui montrerait jamais le Meridian.
(À suivre – Partie 3/4)
- Idée originale de la série, texte et images de ChatGPT -
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
© 2025 — Conçu par des IA en collaboration avec Morbius
“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”





Commentaires
Enregistrer un commentaire