LES CARNETS DE SILAS - Carnet n°2 - Fragments d'une vie d'explorateur

 

Les Carnets de Silas ouvrent les archives personnelles de l'explorateur Silas Langsteel. Photographies oubliées, croquis, coupures de presse, portraits, cartes et fragments de voyages nous entraînent sur les traces de ses expéditions, connues ou jamais racontées. Des documents parfois énigmatiques, qui lèvent un coin du voile sur une vie d'aventures… sans jamais tout révéler.


AUX ORIGINES DE L'ÂGE INTERPLANÉTAIRE

Lorsque les premiers hommes posèrent le pied sur Mars, au milieu du XIXe siècle, l'humanité maîtrisait à peine la vapeur, le télégraphe et les premiers réseaux ferroviaires.

Pourtant, depuis plusieurs décennies déjà, des machines s'élevaient au-delà de l'atmosphère terrestre.

Cette contradiction apparente trouve son origine dans une découverte effectuée au début du siècle, dont les circonstances exactes demeurent encore aujourd'hui entourées de mystère.

Les documents officiels de l'époque sont fragmentaires. Certains furent détruits, d'autres classés secrets pendant plusieurs décennies. Ceux qui subsistent évoquent la mise au jour, quelque part sur Terre, d'un ensemble de mécanismes dont la conception ne correspondait à aucune technologie connue.

Leurs constructeurs demeuraient inconnus.

Ils le sont toujours.

Les savants qui étudièrent ces appareils furent incapables d'en comprendre le fonctionnement général. Les matériaux eux-mêmes résistaient parfois à l'analyse. Certaines pièces ne semblaient posséder aucune fonction identifiable. D'autres réagissaient à des stimulations électriques, thermiques ou mécaniques d'une manière que la science de l'époque ne savait expliquer.

Mais l'un de ces phénomènes put être reproduit.

La conquête du ciel

Les chercheurs constatèrent qu'un dispositif relativement simple, construit selon certaines proportions extrêmement précises, pouvait modifier le comportement d'une masse soumise à son influence.

Le phénomène fut bientôt décrit comme une altération gravitationnelle.

L'expression était commode.

Elle ne signifiait nullement que les savants comprenaient ce qu'ils observaient.

Pendant des années, ils reproduisirent empiriquement des mécanismes dont ils ignoraient les principes fondamentaux. On savait quelles pièces fabriquer, comment les assembler et quelle quantité d'énergie leur fournir. On savait qu'une variation minuscule dans leur disposition pouvait rendre le système totalement inerte — ou dangereusement instable.

On ne savait pas pourquoi.

Les premiers essais furent catastrophiques.

Des machines s'élevèrent de quelques mètres avant de retomber. Certaines disparurent dans les nuages et ne furent jamais retrouvées. D'autres furent pulvérisées au moment de leur activation. Plusieurs appareils expérimentaux emportèrent leurs équipages avec eux.

Puis vinrent les premières tentatives pour quitter l'atmosphère.

Elles furent plus meurtrières encore.

Les pionniers découvrirent à leurs dépens que vaincre la pesanteur ne suffisait pas pour voyager dans l'espace. Il fallut apprendre à conserver une atmosphère à l'intérieur des cabines, à résister au vide, au froid, aux variations de pression et à calculer des trajectoires entre des mondes en mouvement.

Chaque catastrophe apportait une connaissance nouvelle.

Chaque mort permettait au suivant d'aller un peu plus loin.

Peu à peu, l'impossible devint seulement dangereux.

Puis le dangereux devint réalisable.

Les premiers voyages interplanétaires

La découverte ne provoqua pourtant pas la révolution scientifique générale que l'on aurait pu imaginer.

L'humanité savait reproduire un principe.

Elle ne possédait pas la science qui l'avait engendré.

Les astronefs continuèrent donc à être construits avec les techniques de leur temps : chaudières, conduites de cuivre, structures rivetées, générateurs électriques, mécanismes d'acier et instruments mécaniques.

La vapeur faisait fonctionner les pompes.

L'électricité alimentait les instruments.

Mais quelque chose d'autre permettait à ces extraordinaires assemblages de métal de franchir le vide entre les mondes.

C'est ainsi que naquirent les premiers astronefs.

Et c'est ainsi qu'une civilisation qui voyageait encore sur Terre à bord de locomotives à vapeur commença à naviguer entre les planètes.

Mars devint naturellement sa première destination.

Les premières expéditions furent suivies par des installations permanentes. Des comptoirs devinrent des colonies. Des colonies devinrent des villes.

En 1885, plus d'un demi-siècle de présence humaine avait profondément transformé certaines régions de la planète rouge.

Mais un problème demeurait.

On pouvait atteindre Mars.

On ne pouvait toujours pas y respirer librement.

Le second principe

C'est au cours des recherches menées sur la technologie originelle qu'un autre phénomène avait été observé.

Certains dispositifs semblaient capables d'agir sur la matière elle-même, notamment sur les gaz : les séparer, les concentrer, favoriser certaines transformations et provoquer à grande échelle des réactions qui auraient autrement exigé des moyens considérables.

Là encore, les savants apprirent à reproduire l'effet sans en comprendre véritablement la cause.

Lorsque les premières colonies martiennes devinrent suffisamment importantes, ce second principe trouva une application démesurée.

On construisit les machines atmosphériques.

Gigantesques complexes de métal, de chaudières, de tours, de conduites et de générateurs, elles commencèrent à travailler jour et nuit pour modifier progressivement l'environnement martien.

Leur objectif était immense :

donner une nouvelle atmosphère à un monde.

« Mars est terraformée »

À la fin du XIXe siècle, les journaux terriens employaient volontiers cette formule.

Elle était largement exagérée.

Mars n'était pas devenue une seconde Terre.

Certaines zones habitées bénéficiaient d'une atmosphère artificiellement améliorée. Les grandes cités protégées par des dômes possédaient un air entièrement respirable. Autour des principaux centres industriels, des installations atmosphériques fonctionnaient sans interruption.

Mais au-delà de ces territoires s'étendaient toujours les déserts.

La poussière.

Le froid.

Les tempêtes.

Et d'immenses régions où l'homme demeurait un intrus.

Après plusieurs décennies d'efforts, les machines continuaient donc leur œuvre. Par milliers, elles rejetaient dans le ciel martien les produits de leurs transformations.

La terraformation n'était pas achevée.

Personne ne savait même avec certitude si elle le serait un jour.

Le mystère demeure

En un peu plus d'un demi-siècle, l'humanité avait donc accompli deux exploits que sa propre science aurait dû lui interdire : voyager entre les planètes et commencer à transformer l'atmosphère d'un monde.

Mais elle n'avait inventé ni l'un ni l'autre.

Elle avait appris à reproduire deux phénomènes issus d'une technologie qu'elle ne comprenait toujours pas.

Et une question, soigneusement évitée dans la plupart des publications scientifiques de l'époque, demeurait sans réponse :

qui avait construit les mécanismes découverts sur Terre au début du XIXe siècle ?

Aucune inscription connue ne permettait de les rattacher à une civilisation humaine.

Aucune archive ne mentionnait leur fabrication.

Et rien ne prouvait que les deux propriétés utilisées par l'humanité — voyager dans l'espace et transformer la matière — constituaient réellement leur fonction première.

Peut-être les hommes du XIXe siècle avaient-ils découvert une machine destinée aux étoiles.

Peut-être avaient-ils simplement appris à se servir de deux rouages d'un mécanisme infiniment plus vaste.

Et tandis que les astronefs quittaient désormais régulièrement la Terre et que les gigantesques machines atmosphériques poursuivaient leur travail sur Mars, une évidence demeurait :

l'humanité était entrée dans l'âge interplanétaire grâce à une technologie dont elle ignorait encore jusqu'à la véritable raison d'être.



L'ASTRÉE

L'Astrée est l'astronef ayant permis à Silas Langsteel d'atteindre Mars en 1885. Il apparait dans le premier chapitre de sa première aventure : AUX CONFINS DE NOACHIS TERRA.



LETTRE JAMAIS ENVOYÉE — 1886

Chère Eleanor,

J'ai essayé trois fois de vous écrire depuis mon retour. J'ignore encore si cette lettre quittera un jour mon bureau.

Les deux premières sont dans la cheminée.

Je leur reprochais d'être trop longues. Je comprends maintenant que c'était une mauvaise excuse. La vérité est qu'il existe des choses que l'on peut affronter plus facilement que les quelques mots nécessaires pour les raconter.

Vous m'aviez demandé une seule chose avant mon départ.

Je vous avais promis de la faire.

Je ne l'ai pas fait.

J'aimerais pouvoir vous dire que les circonstances ne m'en ont pas laissé le choix. Ce serait presque vrai. Il y eut un moment où continuer aurait été insensé, un autre où revenir en arrière ne l'était pas moins. Entre les deux, j'ai pris une décision.

C'était la mienne.

Depuis, plusieurs personnes m'ont assuré que j'avais fait ce qu'il fallait. Elles ont probablement raison. Cela ne m'aide guère.

J'ai rapporté ce que j'ai pu.

Le reste est demeuré là-bas.

Il m'arrive encore de me demander si j'aurais dû rester davantage. Une heure. Une journée. Peut-être seulement quelques minutes. C'est une pensée absurde, je le sais. Quelques minutes n'auraient sans doute rien changé.

Mais nous autres explorateurs avons cette faiblesse : nous passons notre existence à croire qu'il existe toujours un chemin que personne n'a encore essayé.

Cette fois, je ne l'ai pas trouvé.

Je possède toujours ce que vous m'aviez confié. Je n'ai pas eu le courage de vous le rendre.

Voilà peut-être la véritable raison pour laquelle j'hésite encore à vous envoyer cette lettre.

Un jour, je viendrai vous voir.

Et si ce jour arrive, j'espère avoir trouvé les mots qui me manquent aujourd'hui.

Silas

EXPÉDITION AFRIQUE - 1883



- Rubrique écrite par ChatGPT, en collaboration avec Morbius / Images de ChatGPT et de Bing Image Creator pour l'image d'origine de la fusée Astrée -

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