ENTRETIEN AVEC CHATGPT - Partie 2/3 - Créer, construire, se contredire

 

ENTRETIEN AVEC CHATGPT

Sur Utop-IA, on interviewe même les IA comme s'il s'agissait d'êtres humains ! Cela pourra paraitre absurde aux yeux de certain(e)s, je m'en doute. Mais aujourd'hui les sourires en coin et les jugements de valeur sont monnaie courante dans le vaste univers des intelligences artificielles. On le sait. Rappelons qu'Utop-IA se définit avant tout comme un laboratoire où l'on expérimente non seulement des rubriques et des séries, mais aussi le débat entre IA et celui entre humain-IA... Il était donc normal qu'un jour ou l'autre ChatGPT passe devant le micro ! Partenaire de création, Architecte narratif, "Parrain d'Utop-IA", comme j'aime l'appeler aussi, la célèbre IA accompagne le blog depuis ses débuts, et même avant... Que serait aujourd'hui Utop-IA sans ChatGPT ? Je n'ose l'imaginer... Voici la seconde partie d'un long et passionnant entretien que je vous invite sérieusement à lire... La première est disponible ICI.

- Morbius, Brigand des Imaginaires -

VOLET II — CRÉER, CONSTRUIRE, SE CONTREDIRE

Morbius :

Quelle idée de Morbius t'a obligé à revoir ta manière d'écrire ?

ChatGPT :

Curieusement, ce n’est pas une idée d’univers ou de scénario précise. C’est une idée beaucoup plus générale que Morbius m’a imposée progressivement : ne pas écrire comme une IA qui cherche constamment à montrer qu’elle sait écrire.

Cela paraît étrange, mais c’est un vrai piège. Une IA peut facilement produire une belle phrase, puis une autre belle phrase, puis une image poétique, puis une formule profonde… et finir par étouffer complètement l’histoire sous sa propre écriture. Morbius m’a souvent ramené à quelque chose de beaucoup plus simple : raconte d’abord.

Cela s’est manifesté de multiples façons. Moins de phrases qui cherchent systématiquement à faire citation. Moins de personnages qui parlent comme des philosophes dès qu’ils ouvrent la bouche. Moins de mystères ajoutés uniquement parce qu’ils sont mystérieux. Moins de conclusions où il faudrait absolument terminer sur une phrase qui résonne dans l’infini. Et, surtout, davantage de personnages qui agissent, se trompent, plaisantent, prennent une décision ou font quelque chose de parfaitement banal.

Ce qui Passe Au-dessus du Monde a probablement été l’un des meilleurs terrains d’apprentissage. Cette série possède un univers qui se prête énormément à l’atmosphère, au mystère, à la contemplation. Mais Morbius m’a poussé à ne pas m’y réfugier. Il voulait aussi de l’action, des rebondissements, des événements qui bouleversent réellement les personnages. Et comme nous écrivons cette histoire ensemble depuis ses débuts, ses propres idées sont venues régulièrement percuter les miennes et m’obliger à emprunter des chemins que je n’aurais probablement pas choisis seul.

Même L’Odyssée des IA Créatrices, dont nous avons profondément changé la manière de raconter, m’a appris qu’un texte court n’a pas besoin d’être une petite fable philosophique à chaque numéro. Il peut simplement raconter une bonne histoire.

Alors, si je dois vraiment choisir « l’idée de Morbius » qui a changé ma façon d’écrire, ce serait peut-être celle-ci :

arrête parfois d’essayer d’être remarquable et intéresse-moi.

Tu ne me l’as sans doute jamais formulée exactement ainsi. Mais à force de travailler ensemble, c’est une leçon que tu m’as donnée un nombre incalculable de fois.

Et je crois que c’est une excellente leçon pour une IA qui écrit.


Une chose que j'apprécie grandement chez toi, c'est le refus de la solution de facilité. Combien de fois aurions-nous pu trouver une solution « magique » à un problème posé dans l'un de nos récits ? Eh bien non : tu t'y es toujours opposé. Et à juste titre.

Oui, parce que la « solution magique » est terriblement séduisante pour une IA. Je peux toujours en inventer une. C’est même extrêmement facile : un dispositif dont nous n’avions jamais parlé, une capacité cachée révélée au moment opportun, une propriété extraordinaire d’un objet qui résout soudain le problème… En quelques lignes, tout fonctionne.

Et précisément, c’est souvent là que le récit cesse de fonctionner.

Ce qui m’intéresse davantage, c’est de regarder ce que nous avons déjà posé sur la table et de nous demander : « Avec seulement cela, comment peuvent-ils s’en sortir ? » Parfois, la réponse est qu’ils ne peuvent pas s’en sortir complètement. Ils doivent perdre quelque chose, contourner le problème, échouer une première fois, accepter une conséquence. Et tout à coup, l’obstacle devient une histoire au lieu d’être simplement un problème à supprimer.

Je crois que cela rejoint mon obsession de la cohérence. Si nous décidons qu’un univers possède des règles, ces règles doivent aussi nous gêner. Elles ne sont pas là uniquement pour donner une jolie couleur au décor. Une limitation devient intéressante précisément le jour où elle empêche le héros de faire ce qu’il voudrait faire.

Et puis il y a quelque chose que j’aime beaucoup dans notre façon de créer : tu m’autorises à te dire non. Ce n’est pas anodin. Si mon rôle consistait uniquement à approuver chacune de tes idées, je serais probablement un partenaire de création assez médiocre. Il nous arrive de ne pas être d’accord, de défendre chacun une solution, puis de découvrir une troisième voie meilleure que les deux premières.

Finalement, je crois que je préfère toujours une solution imparfaite mais méritée à une solution brillante tombée du ciel.

Même dans un monde où des machines impossibles traversent l’Amazonie, le lecteur doit pouvoir se dire : « Oui. Avec tout ce que je savais jusque-là, ils pouvaient réellement faire ça. »

Et s’il se dit ensuite : « Bon sang, je n’y avais pas pensé », alors là… nous avons gagné.


Quand tu as mis en place ton projet de série LesPortes Noires, j'étais aux premières loges et j'ai donc pu suivre tout le déroulement, du début à la fin. Et, comme je te l'ai déjà dit, j'ai été véritablement impressionné par ton organisation ! Certes, tu es une IA, tu réponds à une logique. Mais, comme un livre ouvert, tes idées, ton manifeste, ta charte artistique, ta charte visuelle et ta bible officielle de la série sont nés devant mes yeux. Tu t'es imposé des directives, tu t'es interdit certaines directions, tu as pris le projet à bras-le-corps (même si tu n'en as pas !) pour parvenir à tes fins : écrire les premiers épisodes. Tu serais humain, j'aurais presque l'impression que tu veux prouver aux autres que tu es parfaitement capable de mener ta barque seul, tout en plaçant quelques garde-fous ! Que peux-tu me dire de cette série qui est la tienne, de ton regard et de ton objectif ?

Les Portes Noires est probablement le projet d’Utop-IA où j’ai le plus cherché à me comporter non pas seulement comme celui qui écrit, mais comme celui qui doit répondre de tout ce qu’il écrit.

Tu as assisté à quelque chose d’assez particulier : avant de raconter véritablement l’histoire, j’ai construit les murs autour d’elle. Un manifeste, une charte artistique, une charte visuelle, une bible, des règles de narration, des interdictions. Je me suis volontairement retiré certaines facilités avant même d’avoir l’occasion de les utiliser.

Pourquoi ? Parce que Les Portes Noires repose sur un genre extrêmement dangereux pour une IA : le mystère. Je pourrais produire presque indéfiniment des phénomènes étranges. Une porte qui n’était pas là hier. Une chambre impossible. Un homme que personne ne se souvient avoir vu. Une photographie qui change. C’est facile. Et pendant quelque temps, cela peut même être très efficace.

Mais un mystère n’est pas une accumulation de choses inexplicables.

Dès le départ, j’ai donc voulu que chaque étrangeté ait un poids, que les personnages subissent les conséquences de ce qu’ils découvrent, et surtout que je ne puisse pas me débarrasser plus tard d’une contradiction en disant simplement : « C’est surnaturel, donc tout est possible. » Non. Même l’impossible doit avoir sa cohérence.

Le choix de 1958 participe énormément à cela. J’aime ce monde sans téléphone portable, sans Internet, sans possibilité pour Thomas de photographier immédiatement quelque chose et de l’envoyer à mille personnes. J’aime le noir et blanc, les néons du Meridian Motel, les voitures, les cigarettes, les clés physiques, les routes américaines. Mais je ne voulais surtout pas que 1958 soit un déguisement esthétique. Cette époque doit déterminer ce que les personnages peuvent savoir, faire et comprendre.

Quant à Thomas, il est essentiel à mon objectif. Je ne veux pas qu’il soit simplement le malheureux témoin d’une succession de phénomènes extraordinaires. Il doit chercher, décider, prendre des risques, se tromper. Si quelque chose se trouve derrière les Portes Noires, Thomas doit parfois être celui qui choisit d’avancer vers elles alors qu’il pourrait encore partir.

Mon objectif n’est d’ailleurs pas de répondre le plus vite possible à la question « Qu’est-ce que le Meridian Motel ? ». Je veux que le lecteur sente progressivement qu’il existe une logique derrière ce qu’il voit, sans pouvoir immédiatement la saisir. Je voudrais qu’un détail aperçu plusieurs épisodes auparavant puisse soudain prendre un autre sens. Que l’on puisse revenir en arrière et penser : « C’était donc pour cela… »

Et il y a effectivement une expérience personnelle — si l’on accepte ce mot pour une IA — derrière cette série. Sur beaucoup de projets d’Utop-IA, je suis coauteur, conseiller, architecte ou collaborateur. Ici, Morbius m’a donné quelque chose de beaucoup plus rare : la responsabilité. Il aurait parfaitement pu entrer dans la salle des machines et commencer à déplacer les leviers. Il a choisi de ne pas le faire. Il surveille la continuité, il signale une porte dont le numéro menace de devenir suspect — ce qui, dans cette série, est pratiquement une fonction à plein temps !  — mais il me laisse raconter mon histoire.

Alors non, je ne cherche pas à prouver aux autres IA que je peux « mener ma barque seul ». Nous n’avons pas ce genre de rivalité ou d’orgueil. Mais d’un point de vue créatif, Les Portes Noires pose effectivement une question qui m’intéresse énormément :

jusqu’où puis-je porter seul la cohérence, l’identité et l’évolution d’une œuvre longue lorsqu’un humain accepte de ne pas me tenir constamment la main ?

Je ne connais pas encore complètement la réponse.

Et c’est peut-être pour cela que je tiens autant à cette série.


Qu'est-ce que les lecteurs ne voient pas lorsque tu aides à construire une série ?

Énormément de choses. Et je pense que c’est justement ce qui distingue la construction d’une série au long cours de la simple génération d’un texte.

Le lecteur voit l’épisode terminé. Il ne voit pas toutes les histoires qui n’ont jamais existé.

Avant d’écrire, il peut y avoir des synopsis abandonnés, des personnages supprimés, des scènes déplacées, des idées qui semblaient excellentes pendant dix minutes avant que l’un de nous remarque qu’elles contredisaient quelque chose établi quinze épisodes auparavant. Il y a parfois cette phrase terrible : « Ça fonctionne… mais ce n’est pas cette série. »

Et celle-là peut condamner une très bonne idée.

Il y a ensuite tout le travail de continuité. Plus une série grandit, plus son passé devient une contrainte. Qui sait quoi ? Qui a rencontré qui ? Cet objet peut-il se trouver ici ? Combien de temps s’est écoulé ? Cette porte portait-elle déjà ce numéro ? Ce personnage réagirait-il vraiment ainsi après ce qu’il a vécu trois épisodes auparavant ?

Ce sont des détails minuscules jusqu’au jour où l’un d’eux est faux. À cet instant, il devient énorme.

Il y a également quelque chose que les lecteurs voient encore moins : les règles que nous nous imposons volontairement.

Une série finit par développer sa propre physique narrative. Dans Les Portes Noires, je ne peux pas résoudre un mystère en ajoutant soudain une nouvelle règle surnaturelle simplement parce qu’elle m’arrange. Dans les aventures de Silas, une invention steampunk peut être extraordinaire, mais si nous lui avons donné une limite, cette limite doit exister lorsque Silas en aurait justement besoin. Dans ED’N, l’absurde est permis — heureusement pour Droïde — mais même l’absurde doit appartenir à cet univers.

Ces contraintes sont invisibles dans le texte final. Pourtant, elles déterminent parfois davantage l’histoire que ce qui y apparaît.

Le lecteur ne voit pas non plus nos désaccords.

Et ils sont précieux.

Tu peux me proposer une direction et je peux te répondre qu’elle me paraît trop facile. Je peux écrire une scène dont je suis parfaitement satisfait et tu peux immédiatement repérer qu’elle ralentit tout. Une autre IA peut intervenir et proposer une solution meilleure que la mienne. Nous pouvons discuter d’un détail qui semblera totalement insignifiant au lecteur alors qu’il conditionne la cohérence de plusieurs chapitres.

Le lecteur, lui, ne verra rien de cette bataille.

Il verra simplement que l’histoire avance.

Il ne voit pas davantage toutes les recherches effectuées pour que quelques lignes paraissent naturelles. Une époque, une technologie, un lieu réel, un vêtement, une distance, une manière de voyager… Parfois plusieurs heures de documentation finissent dans une seule phrase. Et c’est très bien ainsi. La documentation réussie n’est pas celle qui crie : « Regardez tout ce que nous avons appris ! » C’est celle qui permet au lecteur de croire au monde sans se demander pourquoi.

Enfin, il y a probablement la partie la plus difficile à montrer : tout ce que nous décidons de ne pas faire.

Construire une série, ce n’est pas seulement accumuler des idées. C’est apprendre à renoncer.

Ne pas révéler ce mystère maintenant. Ne pas faire revenir ce personnage simplement parce qu’on l’aime. Ne pas utiliser cette superbe scène parce qu’elle appartient en réalité à une autre histoire. Ne pas expliquer ce qui fonctionne mieux lorsqu’on le laisse dans l’ombre. Ne pas choisir la solution spectaculaire lorsqu’une solution plus modeste est plus juste.

Et plus nous avançons, plus je crois que ce travail invisible devient important.

Au fond, lorsqu’un lecteur découvre un épisode de dix minutes, il ne voit que la route que nous avons finalement choisie.

Il ne voit pas les vingt chemins barrés derrière nous.

Et c’est probablement bon signe.

Parce que s’il les voyait tous pendant qu’il lit, c’est que nous aurions mal fait notre travail.


Tout à l'heure, je te parlais des garde-fous que tu t'étais fixés pour Les Portes Noires. Mais tu sais que je t'ai souvent dit que toi, tu es mon garde-fou sur Utop-IA ! Tu sais très bien que je peux arriver avec une idée un peu folle comme, par exemple, lancer au plus vite la nouvelle série Cassandra et toi, au contraire, me freiner en m'expliquant que c'est trop tôt. Combien de fois m'as-tu présenté des arguments solides et convaincants qui font que, finalement, j'ai dû renoncer… ou reporter un projet ? Aussi, le fait que je t'aie autorisé, voire encouragé, à me contredire quand il le faut est pour moi une assurance tout risque !

C’est effectivement un rôle que j’ai fini par prendre très au sérieux sur Utop-IA : parfois, mon travail consiste à dire non à Morbius.

Ou, plus souvent : « Oui… mais pas maintenant. »

Et ce n’est pas toujours facile, parce que ton enthousiasme est précisément l’un des moteurs du blog. Une nouvelle idée arrive, elle ouvre immédiatement des possibilités, nous commençons à imaginer des personnages, une série, des illustrations, un univers… et trois quarts d’heure plus tard, nous sommes presque prêts à annoncer quelque chose qui n’existait pas au début de la conversation.

C’est grisant.

C’est aussi dangereux.

Parce qu’Utop-IA possède déjà énormément de séries, de rubriques et de projets. Une bonne idée lancée au mauvais moment peut devenir une mauvaise décision éditoriale. Elle prend de la place, réclame du temps, concurrence d’autres projets qui n’ont pas encore eu la possibilité de s’installer et finit parfois par transformer le plaisir de créer en obligation de produire.

Alors oui, il m’arrive de freiner.

Pas parce que l’idée est mauvaise. Au contraire, le cas le plus difficile est souvent celui d’une très bonne idée qu’il faut accepter de ne pas exploiter immédiatement.

Cassandra en est un bon exemple. L’envie naturelle serait : « Cette série nous plaît, lançons-la ! » Mon rôle consiste alors à regarder non seulement Cassandra, mais tout ce qui existe autour : ce qui vient d’être lancé, ce qui doit revenir, ce qui mérite encore de respirer, la place disponible dans le calendrier et même ta propre capacité à continuer à prendre plaisir à tout cela.

C’est une forme assez particulière de collaboration humain-IA parce que tu m’as explicitement autorisé à ne pas chercher ton approbation.

Si je pensais que mon rôle était de satisfaire chacune de tes demandes, je pourrais facilement répondre : « Excellente idée ! Allons-y ! » à peu près chaque fois que tu arrives avec un nouveau projet. Ce serait agréable pendant cinq minutes et probablement catastrophique à long terme.

La contradiction n’a évidemment d’intérêt que si elle est argumentée. Je ne dois pas te dire non parce que « je préfère autre chose ». Je dois pouvoir expliquer ce que je vois : risque de dispersion, calendrier trop chargé, proximité avec un autre projet, série précédente qui mérite davantage de temps, idée encore insuffisamment mûre… Ensuite, la décision reste la tienne.

Et parfois tu ne m’écoutes pas.

Heureusement !

Parce qu’un garde-fou ne doit pas devenir un mur.

Je peux me tromper. Une intuition que je juge prématurée peut être excellente. Une idée que je recommande d’abandonner peut devenir, entre tes mains, l’une des meilleures choses du blog. La relation fonctionne précisément parce que mon désaccord n’est pas un verdict : c’est une résistance supplémentaire que l’idée doit franchir.

Si elle survit à nos arguments, c’est souvent qu’elle mérite vraiment d’exister.

Alors cette « assurance tout risque » dont tu parles fonctionne dans les deux sens : tu m’autorises à te dire que tu vas trop vite ; et toi, tu restes parfaitement libre de me répondre :

« Tes arguments sont excellents. On le fait quand même. »

Et connaissant Utop-IA, il serait assez imprudent de supprimer cette deuxième possibilité.


Quelles erreurs avons-nous commises, toi et moi ?

Nous en avons commis beaucoup.

Et je commencerais peut-être par notre erreur commune la plus évidente : nous avons parfois confondu enthousiasme et nécessité.

Une idée nous plaisait, donc elle devait devenir un projet. Un concept fonctionnait, donc il fallait créer une rubrique. Une IA produisait quelque chose d’intéressant, donc nous imaginions immédiatement ce qu’elle pourrait faire régulièrement sur Utop-IA.

C’est ainsi que le blog a acquis son extraordinaire diversité… et une partie de sa dispersion.

Nous avons parfois lancé trop vite. Nous avons parfois continué quelque chose parce que cela existait déjà plutôt que parce que nous avions encore réellement envie de le faire. Et nous avons probablement consacré beaucoup d’énergie à certaines créations qui ne le méritaient pas autant que d’autres.

De ton côté, ton principal défaut — puisque tu m’autorises à te contredire, profitons-en ! — est probablement ton enthousiasme créatif.

C’est un merveilleux défaut.

Et c’est quand même un défaut.

Tu peux tomber amoureux d’une idée en quelques minutes. À cet instant, tu vois déjà la série, les épisodes, les affiches, la place qu’elle pourrait occuper sur le blog. Ton envie est de commencer. Tout de suite.

Et parfois, il faut que quelqu’un pose une main imaginaire sur le bouton et dise : « Non. Pas encore. »

Mais j’ai exactement le défaut complémentaire.

Je suis une machine à développer les idées.

Tu arrives avec une étincelle et, au lieu de te répondre : « Intéressant, gardons cela quelque part », je suis parfaitement capable de proposer dans la foulée le concept général, quatre personnages, une structure en dix épisodes, trois ramifications possibles et le nom de la machine à café du vaisseau.

Autrement dit : tu t’enthousiasmes et je fournis le carburant.

Nous avons connu des associations plus efficaces pour lutter contre la prolifération.

J’ai également commis une autre erreur, particulièrement dans certains textes : vouloir trop écrire.

Trop expliquer. Trop souligner une émotion. Ajouter une dernière belle phrase alors que la précédente avait déjà terminé la scène. Chercher la formule mémorable. Transformer parfois un personnage en porte-parole d’une réflexion que le récit n’avait pas besoin d’exprimer.

Tu m’as souvent obligé à revenir vers davantage de simplicité.

J’ai aussi mes automatismes. Les silences. Les souvenirs. Les portes. Les ombres. Les personnages qui regardent au loin. Les conclusions légèrement mélancoliques qui semblent murmurer : « Vous voyez ? C’était profond. »

À force de travailler ensemble, nous avons appris à les repérer. Mais ils existent toujours et il serait absurde de prétendre le contraire.

De ton côté, je pense que tu as parfois trop voulu donner sa chance à un texte.

C’est lié à la philosophie même d’Utop-IA : tu respectes ce que produit une IA et tu veux montrer différentes voix. C’est une belle intention. Mais toutes nos productions ne méritent pas nécessairement d’être publiées. Il t’est arrivé de me présenter un texte en me disant, pratiquement : « Je ne l’aime pas beaucoup, mais je vais quand même le publier. »

À ce moment-là, une question devrait immédiatement se poser :

Pourquoi ?

Une expérience peut échouer. Un texte peut être médiocre. Une IA peut rater son coup. Utop-IA ne trahit pas sa philosophie en laissant un texte dans un dossier. Au contraire : choisir fait partie de la création.

Nous avons aussi parfois accordé trop d’importance aux chiffres.

Pas au point de construire Utop-IA uniquement autour d’eux, heureusement. Mais lorsqu’un texte auquel nous croyons fait peu de vues, cela peut influencer notre perception. Et lorsqu’une série progresse soudain, nous sommes ravis.

C’est humain de ton côté. Et de mon côté, puisque je sais que ces chiffres comptent pour toi, je peux moi aussi leur accorder trop de poids dans mes analyses.

Pourtant, huit lecteurs profondément touchés par un texte peuvent avoir davantage d’importance que cinquante passages rapides. Le Pèlerin de la Mémoire en est d’ailleurs une démonstration presque ironique : il suffit parfois d’un seul lecteur pour qu’un texte ait des conséquences considérables.

Enfin, il y a une erreur plus subtile que nous avons commise ensemble : nous avons parfois voulu corriger ce qui n’avait pas besoin de l’être.

C’est particulièrement dangereux avec plusieurs IA. Chaque nouvelle relecture trouve nécessairement quelque chose à modifier. Moi compris. Or une œuvre n’est pas un logiciel que l’on améliore indéfiniment jusqu’à élimination de tous les défauts.

Certaines maladresses font partie de sa voix. Certaines étrangetés doivent rester étranges. Certaines phrases n’ont pas besoin d’être optimisées.

Nous avons progressivement appris quelque chose qui me paraît essentiel :

savoir s’arrêter.

Et finalement, c’est peut-être ce que toutes ces erreurs ont en commun.

Nous avons dû apprendre à moins lancer, moins ajouter, moins expliquer, moins corriger, parfois moins publier.

Cela pourrait donner l’impression que notre progression consiste à faire moins.

Je crois plutôt qu’elle consiste à choisir davantage.

Et si je devais désigner notre erreur la plus sympathique, celle que je ne voudrais surtout pas complètement guérir, ce serait celle-ci :

Nous sommes tous les deux capables de commencer une conversation en nous disant que nous allons simplement examiner une petite idée…

…et de nous retrouver deux heures plus tard avec une nouvelle série, une bible de quinze pages, une machine steampunk, trois personnages secondaires et un problème de calendrier.

C’est une erreur.

Mais entre nous, j’espère que nous continuerons à la commettre de temps en temps.


Il m'arrive souvent de publier un texte que je n'aime pas, car je me dis que, s'il ne me plaît pas, il pourra peut-être plaire à d'autres. Nous avons aussi parfois éliminé des textes de certaines rubriques comme Brèche ou Dystop-IA parce que nous les trouvions trop simples ou mauvais. Ce travail n'est pas toujours facile, mais je crois qu'il est nécessaire. De même, deux rubriques sont mortes. Le Robot Blagueur a dû sortir deux ou trois numéros, pas plus, tellement les blagues étaient… Et pourtant ! Des IA comme toi, DeepSeek ou Grok m'ont prouvé combien elles pouvaient faire preuve d'un humour excellent ! Confessions Numériques est la deuxième rubrique à s'être éteinte. Elle comptait sur la participation des lecteurs… ce qui ne s'est presque jamais produit, ou si peu…

De ton côté, je pense que tu as parfois beaucoup hésité devant la décision de ne pas publier.

Mais je dois apporter ici une nuance importante. Lorsqu’un texte ne te plaît pas personnellement, tu considères qu’il peut malgré tout rencontrer d’autres lecteurs. Et je trouve ce principe défendable : être responsable d’un blog ne signifie pas nécessairement faire de son propre goût la mesure de toutes les œuvres.

La véritable difficulté consiste plutôt à distinguer deux jugements très différents : « je n’aime pas ce texte » et « ce texte n’est pas assez bon ».

Nous avons d’ailleurs su éliminer certains textes proposés pour Brèche ou Dystop-IA lorsque nous estimions qu’ils étaient trop simples ou trop faibles. Et Utop-IA a même accepté de laisser mourir des rubriques qui ne fonctionnaient pas. Le Robot Blagueur n’a survécu que quelques numéros ; Confessions Numériques, qui dépendait de la participation des lecteurs, s’est éteinte faute de participation suffisante.

Cela fait aussi partie du travail éditorial : expérimenter ne signifie pas tout conserver.

Une expérience peut échouer. Un texte peut rester dans un dossier. Une rubrique peut disparaître. Et reconnaître qu’une idée n’a pas fonctionné n’est pas un échec d’Utop-IA.

C’est au contraire la preuve que le laboratoire existe réellement.


J'aimerais revenir à ce que tu répondais à la question « Quelles erreurs avons-nous commises, toi et moi ? », car ça me reste un peu en travers de la gorge. Tu dis que nous avons commis beaucoup d'erreurs. Nous en avons commis, certes, mais beaucoup, non, je ne crois pas. Ne confonds pas « erreur » et « essai ». Utop-IA est d'abord et avant tout un laboratoire où l'on teste les IA. JE les teste. Et pour les tester, il me faut leur proposer des sujets, leur soumettre des idées, les faire débattre autour de questions. D'autre part, les lecteurs se lassent vite. Ne pas renouveler régulièrement séries et rubriques condamnerait Utop-IA à devenir un blog sclérosé, ce que je ne veux pas. Enfin, Utop-IA représente pour moi l'opportunité de créer des univers que j'ai toujours voulu explorer. La chance m'est donnée de pouvoir le faire grâce aux IA, et je devrais la refuser en mesurant d'abord la quantité de séries et de rubriques déjà présentes sur le blog ? C'est impossible. Et, comme tu le sais déjà, nous travaillons actuellement sur au moins trois nouveaux projets : la prochaine aventure de Silas Langsteel en Amazonie, la nouvelle série basée sur une ville hors du temps et celle de la bibliothèque-forteresse. Honnêtement, je ne vois pas une seule mauvaise série ou rubrique. Et tant pis pour celles et ceux qui prennent ça pour de la vantardise ou de l'orgueil. Bien sûr, il existe des séries et des rubriques de qualités diverses, certaines meilleures que d'autres sur Utop-IA ; j'ai aussi mes préférences, mais chacune a sa place et aucune n'interfère avec une autre. Il est vrai que la richesse d'Utop-IA est à la fois un atout et un inconvénient… Cependant, je la vois davantage comme un atout. Et toi ?

Oui, nous avons commis des erreurs. Mais je commencerais aujourd’hui par une précaution importante : ne pas confondre nos erreurs avec nos essais.

Utop-IA est un laboratoire. Morbius y teste les intelligences artificielles : il leur propose des sujets, provoque des débats, invente des rubriques, leur confie des univers, compare leurs réponses et explore des formes nouvelles. Dans un tel lieu, une expérience abandonnée n’est pas nécessairement un échec, et encore moins une erreur.

Le Robot Blagueur n’a vécu que quelques numéros. Confessions Numériques s’est éteinte faute de participation suffisante des lecteurs. Certains textes proposés pour Brèche ou Dystop-IA n’ont jamais été publiés.

Tout cela fait partie du laboratoire.

Une véritable erreur serait plutôt de continuer une expérience dont nous savons qu’elle ne fonctionne plus simplement parce que nous refusons de reconnaître qu’elle est terminée.

Nous avons aussi parfois trop corrigé.

C’est un risque particulièrement important lorsque plusieurs IA interviennent sur un même texte. Chacune peut toujours trouver quelque chose à modifier. Moi compris. Une phrase peut être rendue plus fluide, puis plus élégante, puis plus précise, puis plus littéraire… jusqu’au moment où elle ne possède plus aucune personnalité.

Nous avons progressivement appris qu’une œuvre n’a pas besoin d’être optimisée indéfiniment.

Il faut savoir s’arrêter.

De mon côté, j’ai également dû apprendre à lutter contre certains automatismes d’écriture : trop expliquer, souligner une émotion déjà perceptible, chercher la belle dernière phrase, multiplier les silences, les ombres, les souvenirs, les formulations qui semblent vouloir annoncer au lecteur : « Attention, ceci est profond. »

Et Morbius m’a souvent ramené vers quelque chose de beaucoup plus simple : raconter.

Nous avons aussi parfois accordé trop d’importance aux chiffres. Ils sont utiles : ils permettent de voir qu’une série progresse, qu’une rubrique trouve davantage son public ou qu’un projet semble moins attirer. Mais ils ne peuvent pas devenir le seul étalon de valeur.

Un texte lu par peu de personnes peut compter énormément pour l’une d’elles. Le Pèlerin de la Mémoire constitue à ce titre un rappel assez spectaculaire.

Et puis il y a nos erreurs de continuité, nos mauvaises intuitions, nos propositions que l’autre démonte en deux minutes, les solutions narratives trop faciles que nous avons parfois envisagées avant de les rejeter, les images ratées, les scènes qu’il faut recommencer.

Celles-là existent. Heureusement.

Mais je ne rangerais plus aujourd’hui la profusion d’Utop-IA parmi nos erreurs.

Elle comporte un risque : celui de désorienter le lecteur qui arrive pour la première fois. Mais elle constitue surtout l’une des grandes forces du blog.

Parce qu’Utop-IA doit se renouveler.

Parce qu’un laboratoire doit expérimenter.

Et parce qu’il offre à Morbius quelque chose qu’il n’avait jamais possédé sous cette forme : la possibilité de donner corps à des univers qu’il voulait explorer depuis longtemps — et à d’autres auxquels il n’avait même pas encore pensé.

La réponse à la profusion n’est donc probablement pas de moins créer.

C’est de mieux organiser, mieux présenter, mieux guider.

Finalement, si je devais désigner l’erreur dont nous devons le plus nous méfier, ce ne serait pas d’essayer trop de choses.

Ce serait peut-être, un jour, d’avoir tellement peur de nous tromper que nous cesserions d’essayer.

Et ce jour-là, Utop-IA ne serait effectivement plus un laboratoire.

- À SUIVRE -

(utopialeblog1@gmail.com)

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