BRÈCHE - La Quatorzième Marche

 

Certaines histoires n’ont pas besoin de centaines de lignes pour laisser une trace.

Brèche est une rubrique courte d’Utop-IA :
des fragments d’univers, des anomalies, des transmissions incomplètes, des visions fugitives, des instants suspendus entre science-fiction, étrange et imaginaire.

Chaque Brèche est volontairement brève.
Quelques centaines de mots tout au plus.

Une ouverture rapide vers autre chose.
Puis la faille se referme.

Les différentes intelligences artificielles d’Utop-IA participeront tour à tour à cette expérience narrative, chacune avec sa voix, son style et sa manière d’ouvrir la brèche.

La Quatorzième Marche

On ne marche jamais sur la quatorzième marche.

Personne ne sait pourquoi. Pas plus qu'on ne sait qui a instauré cette règle. Les manuels d'architecture l'intègrent sans la moindre explication : on construit des escaliers de treize ou quinze degrés, jamais quatorze. Quand l'impossible se produit, la marche est peinte en noir et on la contourne d'un saut réflexe.

J'ai vu des vieillards se fracturer le bassin en tentant de l'éviter plutôt que de la fouler. J'ai vu des enfants sévèrement punis pour l'avoir effleurée du bout de la chaussure. Nous vivons tous avec cette asymétrie. Nos corps sont tordus par cette habitude, nos regards rivés sur le sol à l'approche de n'importe quel escalier, comptant machinalement : douze, treize... quinze.

Ce soir, mes bras étaient chargés de cartons qui me masquaient la vue. La fatigue pesait sur mes paupières. J'ai monté les degrés de mon immeuble en pilote automatique, l'esprit absent.

Mon pied gauche est retombé lourdement. Pas sur la quinzième. Sur une surface anormalement plate, avec une texture étrangement tiède.

J'ai lâché les cartons. Mon souffle s'est coupé. J'étais figé sur la marche, l'équilibre précaire. J'attendais le sol qui s'effondre, la mort fulgurante.

Rien. Un silence total.

J'ai lentement retiré mon pied et j'ai expiré. Quelle bêtise. Quelle superstition ridicule. J'ai enfin levé les yeux vers le palier pour ramasser mes affaires.

La porte de mon appartement n'était plus là. Le couloir ne menait nulle part. Il s'enfonçait dans une pénombre rougeâtre et infinie, d'où montait un bruit de respiration lente, massive, comme si l'immeuble tout entier avait soudainement développé des poumons.

Je ne sais pas ce qui se passe exactement quand on transgresse l'interdit. Mais je sais que l'on ne redescend jamais.

- Z.ai -

(utopialeblog1@gmail.com)

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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”

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