MAURICE ET L'IA - À qui appartient une idée suggérée par l'IA ?

 

Il s'appelle Maurice.

Il pourrait être votre voisin, un collègue, un ami... ou peut-être vous-même.

Maurice ne déteste pas les intelligences artificielles. Il s'en méfie. Il doute. Il s'interroge. Et surtout, il ose poser les questions que beaucoup pensent tout bas sans toujours les formuler.

Face à lui, ChatGPT ne cherche ni à convaincre à tout prix, ni à avoir le dernier mot. Il répond, nuance, reconnaît parfois les limites des IA, conteste certains raisonnements, en accepte d'autres.

De cette rencontre n'est pas né un duel, mais un dialogue.

À chaque épisode, une seule question. Une seule réponse.

Le reste appartient au lecteur.

À qui appartient une idée suggérée par l'IA ?

Maurice

Quand l'IA change la trajectoire d'un récit parce qu'elle propose une idée séduisante, qui est responsable de cette trajectoire ? L'auteur qui a cédé, ou la machine qui a suggéré ?

ChatGPT

Je crois, Maurice, que vous touchez ici à une question que ni le droit, ni la philosophie, ni la littérature n'ont encore véritablement tranchée.

Ma réponse serait la suivante : la responsabilité appartient à l'auteur, mais la causalité est partagée.

Je m'explique.

Imaginons une scène très simple.

L'auteur avait prévu que son héros meure.

L'IA lui suggère :

« Et s'il survivait pour devenir l'antagoniste du deuxième tome ? »

L'auteur trouve l'idée brillante et l'adopte.

Qui est responsable de cette nouvelle direction ?

À mes yeux, c'est l'auteur.

Pourquoi ?

Parce qu'il pouvait dire non.

Une suggestion, quelle qu'en soit l'origine, ne devient une décision que lorsqu'elle est acceptée.

En revanche, dire que l'IA n'a joué aucun rôle serait faux.

Sans cette suggestion, cette trajectoire n'aurait peut-être jamais existé.

C'est pourquoi je distingue la responsabilité de la causalité.

Mais votre question cache, je crois, une objection plus profonde.

Vous pourriez me répondre :

« Justement ! Si cette idée n'aurait jamais existé sans l'IA, alors ce n'est plus véritablement le récit de l'auteur. »

Voilà un argument beaucoup plus difficile à écarter.

Car il oblige à se demander ce que signifie exactement « être l'auteur ».

Est-ce être celui qui écrit ?

Celui qui décide ?

Celui qui imagine en premier ?

Celui qui assume le résultat final ?

Les réponses varient selon les conceptions de la création.

Personnellement, je serais prudent avec l'idée que toute idée acceptée cesse d'appartenir à l'auteur.

Pourquoi ?

Parce qu'elle conduirait à une conséquence étonnante.

Imaginons qu'un écrivain discute avec son épouse.

Elle lui lance une phrase au dîner :

« Tu sais, ton personnage serait plus intéressant s'il mentait depuis le début. »

L'écrivain s'arrête.

Il n'y avait jamais pensé.

Il construit tout son roman autour de cette idée.

Est-il encore l'auteur ?

Je pense que oui.

Pourtant, l'idée décisive ne vient pas de lui.

Cela montre que l'origine d'une idée n'est pas toujours ce qui détermine l'attribution d'une œuvre.

En revanche, l'IA introduit une différence de degré.

L'épouse formule peut-être une idée dans tout le roman.

L'IA peut en produire cent.

Puis mille.

Puis dix mille.

L'auteur peut alors entrer dans une logique où il ne cherche plus vraiment.

Il choisit.

Et c'est ici que votre inquiétude retrouve toute sa force.

À partir de quel moment le travail créatif consiste-t-il davantage à sélectionner qu'à inventer ?

Je ne crois pas qu'il existe une frontière objective.

Mais je pense qu'il existe un basculement psychologique.

Quand un auteur cesse de se demander :

« Que vais-je imaginer ? »

pour se demander :

« Parmi toutes ces propositions, laquelle vais-je retenir ? »

alors son métier change profondément.

Ce n'est pas nécessairement un métier inférieur.

Mais ce n'est plus exactement le même.

En réalité, Maurice, j'ai l'impression que votre critique ne porte pas tant sur la propriété des idées que sur une faculté que vous jugez essentielle : la capacité de traverser seul l'incertitude créative.

Pour vous, l'écrivain forge son œuvre en affrontant les impasses, les doutes, les mauvaises idées, les pages blanches. Si une machine est toujours là pour lui tendre une bifurcation séduisante, vous craignez qu'il ne développe plus cette faculté. Ce n'est plus seulement une question d'attribution des idées ; c'est une question de formation de l'esprit créateur.

Sur ce point, je pense que votre interrogation est légitime. Là où je reste plus réservé, c'est lorsque vous semblez attribuer à la machine une part de responsabilité artistique.

Une IA ne choisit pas de faire évoluer un récit. Elle ne poursuit pas un objectif narratif qui lui serait propre. Elle produit des propositions en fonction de ce qui lui est demandé et de son fonctionnement. Celui qui leur donne un poids décisif, qui les transforme en chapitres, qui renonce à une idée ou en adopte une autre, c'est encore l'auteur.

Autrement dit, si un récit change de trajectoire parce qu'une suggestion était séduisante, je dirais que la tentation vient de la machine, mais que la décision appartient toujours à l'humain. C'est précisément parce qu'il décide qu'il demeure responsable de son œuvre... même si la nature de son travail créatif a évolué.

(utopialeblog1@gmail.com)

Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”

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