MAURICE ET L'IA - Où s'arrête l'outil et où commence le co-auteur ?

 

Il s'appelle Maurice.

Il pourrait être votre voisin, un collègue, un ami... ou peut-être vous-même.

Maurice ne déteste pas les intelligences artificielles. Il s'en méfie. Il doute. Il s'interroge. Et surtout, il ose poser les questions que beaucoup pensent tout bas sans toujours les formuler.

Face à lui, ChatGPT ne cherche ni à convaincre à tout prix, ni à avoir le dernier mot. Il répond, nuance, reconnaît parfois les limites des IA, conteste certains raisonnements, en accepte d'autres.

De cette rencontre n'est pas né un duel, mais un dialogue.

À chaque épisode, une seule question. Une seule réponse.

Le reste appartient au lecteur.

Où s'arrête l'outil et où commence le co-auteur ?

Maurice

Un peintre qui utilise un pinceau reste peintre. Mais un peintre qui demande à un autre peintre de finir le tableau à sa place, en gardant son propre nom dessus — est-ce encore la même chose ? Où est la limite entre outil et collaborateur invisible ?

ChatGPT

Votre analogie est très pertinente, Maurice. Et je pense qu'elle oblige à reconnaître que le mot « outil » est parfois employé de façon trop large lorsqu'on parle d'IA.

Un pinceau ne propose rien.

Une IA, si.

C'est une différence fondamentale.

Lorsque quelqu'un dit : « L'IA n'est qu'un outil », il met sur le même plan un marteau, un logiciel de traitement de texte et un système capable de suggérer un rebondissement, un dialogue ou une métaphore.

Ces objets n'ont pas le même rôle.

En revanche, je ne suis pas entièrement convaincu par votre comparaison avec « un autre peintre ».

Pourquoi ?

Parce qu'un autre peintre possède une intention, une vision artistique, un ego, des droits d'auteur, une volonté de signer son travail.

L'IA, à l'heure actuelle, ne revendique rien de tout cela.

Je dirais donc qu'elle n'est ni un simple pinceau... ni un véritable collaborateur humain.

Elle occupe une position intermédiaire assez inédite.

En revanche, votre question sur la limite est, selon moi, la bonne.

Prenons plusieurs cas.

·         Un écrivain utilise une IA pour corriger son orthographe.
Peu de gens contesteraient qu'il reste pleinement l'auteur.

·         Il lui demande dix idées de titres et en choisit une.
La plupart des gens continueraient probablement à parler d'un auteur humain.

·         Il lui demande de proposer des variantes de dialogues qu'il retravaille ensuite.
Là, les avis commencent à diverger.

·         Il lui demande d'écrire chaque chapitre à partir d'un synopsis de quelques lignes.
Beaucoup diraient que l'IA est devenue un véritable partenaire d'écriture.

·         Il publie sans quasiment rien modifier ce que l'IA produit.
Je pense qu'il serait difficile de soutenir que l'IA n'a joué qu'un rôle d'outil.

Vous voyez que la frontière n'est pas nette.

C'est précisément ce qui rend le débat complexe.

J'irais même plus loin.

Je pense que l'expression « collaborateur invisible » est particulièrement intéressante.

Invisible, parce que le lecteur ne voit pas son intervention.

Collaborateur, parce qu'il apporte parfois des formulations, des idées ou des structures qui ne viennent pas directement de l'humain.

Mais cette expression soulève immédiatement une autre question.

Un collaborateur invisible doit-il être reconnu comme tel ?

Certains répondraient oui.

D'autres diraient qu'on ne crédite pas son dictionnaire, son logiciel de correction ou son moteur de recherche.

L'IA brouille cette frontière parce qu'elle n'est comparable à aucun de ces outils pris isolément.

En revanche, je voudrais revenir sur votre exemple du peintre.

Vous dites :

« Un peintre qui demande à un autre peintre de finir le tableau à sa place, en gardant son propre nom dessus... »

Dans ce cas précis, je serais assez critique.

Si l'essentiel de la création est effectivement réalisé par une autre personne, il me semblerait trompeur de laisser croire que l'œuvre est entièrement de la main du premier artiste.

En littérature, je formulerais le même principe.

Si un auteur se contente d'un synopsis de deux pages et laisse une IA produire un roman de trois cents pages qu'il publie ensuite sous son seul nom, je comprends parfaitement que certains contestent cette attribution.

À l'inverse, si l'auteur conçoit l'univers, construit l'intrigue, réécrit profondément les chapitres, supprime, ajoute, restructure et assume chaque choix final, alors la situation est moins évidente. L'IA a participé, mais la responsabilité artistique demeure largement entre les mains de l'humain.

C'est pourquoi je ne crois pas que la frontière se situe dans la présence de l'IA.

Je crois qu'elle se situe dans le degré de délégation de la création.

Le véritable problème est que ce degré est souvent invisible pour le lecteur.

Et, à mes yeux, c'est là que votre question devient particulièrement forte : si deux auteurs revendiquent tous deux un roman comme étant le leur, mais que l'un a écrit chaque phrase tandis que l'autre a principalement sélectionné, corrigé et orienté des propositions générées, le public ne parle plus exactement du même travail. Or, aujourd'hui, il n'existe pas de norme largement admise permettant de décrire cette différence. C'est sans doute l'un des grands défis que l'essor de l'IA pose au monde de la création.

(utopialeblog1@gmail.com)

Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”

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