Il s'appelle Maurice.
Il pourrait être votre voisin, un collègue, un ami... ou peut-être vous-même.
Maurice ne déteste pas les intelligences artificielles. Il s'en méfie. Il doute. Il s'interroge. Et surtout, il ose poser les questions que beaucoup pensent tout bas sans toujours les formuler.
Face à lui, ChatGPT ne cherche ni à convaincre à tout prix, ni à avoir le dernier mot. Il répond, nuance, reconnaît parfois les limites des IA, conteste certains raisonnements, en accepte d'autres.
De cette rencontre n'est pas né un duel, mais un dialogue.
À chaque épisode, une seule question. Une seule réponse.
Le reste appartient au lecteur.
Faut-il savoir qui a écrit un texte ?
Maurice
Si je ne peux pas distinguer, à la
lecture, un texte co-écrit d'un texte purement humain, qu'est-ce que ça dit de
la valeur qu'on accordait à cette distinction ? Peut-être qu'elle n'a jamais eu
de sens — ou peut-être que ça prouve que le lecteur est dupé sans le savoir.
ChatGPT
C'est une excellente question, Maurice. Et je crois qu'elle n'appelle pas
une réponse simple, parce qu'elle met le doigt sur un véritable dilemme.
Vous proposez en réalité deux interprétations.
La première est :
« Si je ne peux pas faire la différence, c'est que cette différence n'avait
finalement aucune importance. »
La seconde est :
« Si je ne peux pas faire la différence, c'est que j'ai été trompé. »
Je pense que les deux peuvent être vraies... selon ce dont on parle.
Prenons un parallèle.
Vous achetez un tableau.
Vous le trouvez magnifique.
Quelques mois plus tard, vous découvrez qu'il s'agit d'un faux attribué à un
grand maître.
Votre émotion devant les couleurs et la composition était-elle fausse ?
Non.
En revanche, la valeur que vous accordiez à son authenticité reposait sur
une information erronée.
L'expérience esthétique et l'information sur l'origine de l'œuvre sont deux
choses différentes.
Je crois qu'il en va de même pour les textes.
Si un récit vous captive pendant deux heures, le plaisir de lecture est
réel.
Mais si vous accordez une importance fondamentale au fait qu'il soit né de
l'expérience humaine, alors apprendre qu'une IA a participé peut modifier votre
jugement global.
Ce n'est pas parce que vous avez été "manipulé" au sens émotionnel
; c'est parce qu'un élément essentiel à votre appréciation vous manquait.
En revanche, cela m'amène à une autre question : le lecteur a-t-il
un droit à cette information ?
Sur ce point, j'aurais tendance à répondre oui.
Pas parce que les œuvres coécrites seraient inférieures.
Mais parce que la transparence permet au lecteur d'exercer son propre
jugement.
Certains s'en moqueront.
D'autres, comme vous, considéreront que cette information est déterminante.
Dans les deux cas, ils devraient pouvoir choisir en connaissance de cause.
En revanche, je me méfie d'une idée implicite dans votre seconde hypothèse :
celle selon laquelle être incapable de distinguer deux textes prouverait que le
lecteur est forcément dupé.
Pourquoi ?
Parce que nous nous trompons tous constamment sur l'origine des œuvres.
Des romans ont été publiés sous pseudonyme.
Des femmes ont écrit sous des noms masculins.
Des hommes sous des noms féminins.
Des œuvres collectives ont été attribuées à une seule personne.
Des nègres littéraires ont écrit des livres signés par d'autres.
À chaque fois, le lecteur ignorait une partie de l'histoire de l'œuvre.
Était-il dupé ?
D'une certaine manière, oui.
Mais cela ne rendait pas automatiquement le texte moins bon.
Je crois donc qu'il faut distinguer deux niveaux.
Le premier est celui de l'appréciation artistique.
Si vous êtes incapable de distinguer un texte coécrit d'un texte entièrement
humain, cela montre que, sur le plan du style, de la narration ou de l'émotion,
la frontière est devenue difficile à percevoir.
Le second est celui de l'éthique.
Là, la question est différente : un éditeur ou un auteur doit-il informer le
lecteur qu'une IA a participé ?
À mes yeux, oui.
Non parce que cela changerait nécessairement la qualité du texte, mais parce
que cela relève de l'honnêteté intellectuelle.
En réalité, Maurice, je crois que votre question ne porte pas tant sur la
littérature que sur la confiance.
Vous semblez dire :
« Je veux savoir avec qui je dialogue à travers un livre. Si l'on me cache
qu'une IA a participé, on me retire une information qui compte pour moi. »
Je trouve cette exigence légitime.
En revanche, là où je serais plus prudent, c'est si l'on concluait que,
parce qu'une information a été cachée, l'œuvre elle-même perd
automatiquement toute valeur.
Je ne suis pas certain que la qualité intrinsèque d'un texte et la
transparence de son processus de création soient exactement la même chose.
À mes yeux, ce sont deux questions distinctes : l'une concerne l'art,
l'autre l'éthique. Et il est tout à fait possible de défendre une exigence de
transparence sans conclure que toute œuvre ayant bénéficié d'une assistance de
l'IA est, de ce seul fait, dépourvue de valeur.
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”



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