Précédemment
Installé dans la chambre 12 du Meridian Motel, Thomas Avery tente de se convaincre que son malaise n'est dû qu'à la fatigue. Pourtant, un étrange carnet lui déconseille de chercher la chambre 13, un téléphone semble respirer dans le silence, et des pas s'arrêtent devant sa porte en pleine nuit… avant de disparaître sans laisser la moindre trace.
Le Voyageur du Meridian
- Quatrième partie -
Thomas
demeura immobile quelques instants encore, les yeux ouverts dans l'obscurité.
Le silence était revenu avec une telle perfection qu'il finit par se demander
s'il n'avait pas imaginé toute cette scène. Les pas. L'arrêt devant sa porte.
Cette présence silencieuse de l'autre côté du bois. Tout cela pouvait très bien
n'avoir été qu'un rêve éveillé, une de ces illusions que la fatigue inspire aux
voyageurs solitaires.
Il
consulta sa montre en rapprochant le cadran de la faible lueur qui filtrait
sous les rideaux. Vingt-deux heures quarante-trois. À peine une demi-heure
s'était écoulée depuis qu'il avait éteint la lampe.
Il
poussa un soupir discret et se redressa. Le sommeil refusait de venir. Plus il
s'efforçait de retrouver une pensée raisonnable, plus son esprit revenait à
cette recommandation du réceptionniste.
«
Si vous apercevez une porte qui ne porte pas le numéro douze… continuez
simplement votre chemin. »
Pourquoi
une telle mise en garde ?
Une
plaisanterie destinée aux nouveaux clients ? Une tradition propre au motel ? Ou
simplement la fantaisie d'un vieil homme un peu excentrique ?
Thomas
secoua la tête. Il se connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne dormirait
pas avant d'avoir trouvé une explication.
Il
enfila de nouveau sa veste, glissa la clé dans sa poche et ouvrit doucement la
porte. Le couloir était désert.
Une
ampoule protégée par un globe de verre dépoli diffusait une lumière jaunâtre
qui s'étirait le long de la galerie. L'air était plus frais qu'il ne l'avait
imaginé. On entendait, très loin, une goutte d'eau tomber avec une régularité
presque métronomique.
Thomas
jeta un regard à droite. Puis à gauche. Personne.
Les
portes se succédaient dans le même ordre qu'à son arrivée.
Onze.
Douze. Et, un peu plus loin, le couloir semblait se perdre dans la pénombre.
Il
referma doucement derrière lui et avança de quelques pas. La galerie grinçait à
peine sous son poids. Il atteignit rapidement la porte suivante.
Elle
portait le numéro 14.
Thomas
s'immobilisa. Il recula d'un pas. Relut le chiffre.
Quatorze.
Il
leva aussitôt les yeux vers la porte de sa chambre.
Douze.
Puis
revint vers celle qui lui faisait face.
Quatorze.
Il
chercha instinctivement le numéro treize.
À
gauche. À droite. Entre les deux.
Rien.
Il
demeura plusieurs secondes sans bouger.
Son
premier réflexe fut d'imaginer une simple superstition. Certains immeubles ne
possédaient pas de treizième étage. Quelques hôtels faisaient de même.
Peut-être ce motel avait-il adopté cette vieille habitude.
Il
allait repartir lorsqu'un détail retint son attention. La porte numéro quatorze
semblait légèrement différente des autres.
Pas
sa couleur. Pas sa poignée. La peinture.
Toutes
les autres portes reflétaient doucement la lumière des appliques. Celle-ci, au
contraire, absorbait presque totalement les reflets, comme si son bois était
plus ancien ou son vernis usé par le temps.
Thomas
tendit machinalement la main. Ses doigts s'arrêtèrent à quelques centimètres de
la poignée.
Il
revit le visage paisible du réceptionniste.
Continuez
simplement votre chemin.
Il
retira sa main.
—
Ridicule…, murmura-t-il.
Pourtant,
il obéit. Il poursuivit sa marche.
Quelques
mètres plus loin, la galerie tournait à angle droit pour rejoindre l'autre aile
du bâtiment. De là, on dominait le parking tout entier.
La
Chevrolet était toujours à sa place. La Buick noire aussi.
Mais
une troisième voiture était désormais stationnée près du bureau de la
réception. Une Ford Fairlane bleu nuit.
Thomas
était presque certain qu'elle ne s'y trouvait pas une heure plus tôt. Aucun
bruit de moteur ne lui était pourtant parvenu.
Il
observa quelques instants le véhicule. Personne n'en descendait. Aucune lumière
ne s'allumait.
La
voiture semblait simplement… avoir toujours été là.
Un
souffle d'air fit frissonner les peupliers. Le premier depuis son arrivée.
Thomas
leva instinctivement les yeux. Les nuages s'étaient déchirés. Entre deux masses
sombres apparaissaient enfin quelques étoiles.
Cette
vision familière le rassura plus qu'il ne l'aurait cru. Le monde retrouvait peu
à peu son apparence normale. Il décida de rentrer.
Au
moment où il rebroussait chemin, un léger éclat attira son regard. Quelque
chose brillait au pied du mur.
Il
se pencha. Une pièce de monnaie. Un nickel.
Il
la ramassa machinalement.
La
pièce était froide. Très froide. Presque glacée.
Sur
une face apparaissait le profil de Jefferson.
Sur
l'autre…
Thomas
fronça les sourcils. Le revers ne représentait pas Monticello.
À
sa place figurait une porte. Une simple porte de bois, fermée, gravée avec une
précision remarquable.
Il
approcha la pièce de la lampe. Le dessin disparut. Monticello était revenu.
Thomas
cligna des yeux. Il retourna la pièce plusieurs fois.
Plus
rien. Seulement un nickel parfaitement ordinaire.
Il
esquissa un sourire embarrassé.
—
Il est vraiment temps que tu dormes.
Il
glissa la pièce dans sa poche et reprit sa marche.
Lorsqu'il
arriva devant sa chambre, il introduisit la clé dans la serrure avant de
s'arrêter. Quelque chose n'allait pas.
Il
regarda le numéro fixé sur la porte. Douze. Bien sûr.
Mais
la poignée… La poignée était encore légèrement humide. Comme si quelqu'un
l'avait tenue quelques instants auparavant.
Thomas
demeura immobile. Puis il ouvrit.
La
chambre était exactement telle qu'il l'avait laissée.
La
lampe éteinte. Les rideaux tirés. La tasse de café sur la table. Le petit
carnet près de la Bible.
Rien
n'avait bougé. Absolument rien.
Il
referma la porte derrière lui avec précaution. Cette fois, il prit soin de
verrouiller.
Puis
il resta quelques instants, le dos appuyé contre le battant.
Son
regard se posa machinalement sur la table de chevet.
Le
petit carnet noir n'était plus fermé. Il était ouvert.
À
la page où figurait le message.
Thomas
sentit un léger frisson lui parcourir la nuque. Il était pourtant certain de
l'avoir refermé.
Très
lentement, il s'approcha.
La
phrase était toujours là. Mais une seconde ligne était apparue au-dessous.
Elle
n'était pas écrite avec la même encre. Ni avec la même écriture. Elle semblait
avoir été tracée quelques secondes auparavant.
«
Vous avez bien fait de ne pas ouvrir la porte. »
Thomas
resta immobile.
Longtemps.
Puis
il leva lentement les yeux vers la porte de sa chambre.
De
l'autre côté…
Quelqu'un
frappa.
Une
seule fois.
Trois
coups.
Lents.
Réguliers.
Puis
le silence retomba.
Et,
pour la première fois depuis qu'il avait quitté la nationale, Thomas Avery
comprit qu'il venait peut-être d'entrer dans un lieu où certaines questions ne
demandaient jamais de réponse.
Elles
attendaient simplement… le voyageur suivant.
Fin
de l'épisode 1.
- Idée originale de la série, texte et images de ChatGPT -
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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