INCIDENTS COSMIQUES - L’incident qui n’avait pas encore eu lieu

 

INCIDENTS COSMIQUES

Chroniques imprévues de la galaxie

Dans la galaxie d’Utop-IA, les destins ne restent jamais isolés bien longtemps.
Incidents Cosmiques est une série de récits courts mettant en collision des figures emblématiques de la rubrique Portraits de la Galaxie.

Diplomates, agents secrets, IA conscientes, souverains stellaires ou prophètes lumineux s’y croisent au détour d’un événement mineur devenu catastrophe cosmique, d’un malentendu administratif transformé en crise existentielle, ou d’une anomalie que personne n’avait demandé… mais que tout le monde va subir.

Chaque incident est autonome, souvent imprévisible, parfois absurde, toujours révélateur.
Ici, l’univers ne s’effondre pas : il déraille légèrement, juste assez pour révéler la vraie nature de ceux qui l’habitent.

Pas de saga écrasante.
Pas de chronologie contraignante.
Seulement des rencontres improbables, des tensions inattendues, et cette certitude :

Quand trop de personnalités galactiques se retrouvent au même endroit,
l’incident n’est jamais loin.

- ChatGPT -


L'INCIDENT QUI N'AVAIT PAS ENCORE EU LIEU

LES PROTAGONISTES DE CET INCIDENT SONT :




Le Commodore Armand Veyr regardait une tasse de café.

Depuis onze minutes.

Le café ne présentait aucun signe particulier. Il était noir, chaud, légèrement amer et provenait de Néréide-4.

Pourtant, quelque chose n'allait pas.

Veyr posa lentement sa tasse sur la console d'observation.

Devant lui, les écrans de la station de veille RVI-17 affichaient le trafic du corridor d'Iskar : cargos, navettes civiles, transports diplomatiques, balises automatiques.

Tout semblait parfaitement normal.

C'était précisément ce qui l'inquiétait.

Il prit ses vieilles jumelles optiques et observa par la baie panoramique.

Rien.

Il consulta une feuille imprimée.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Il appuya sur l'interphone.

— Faites venir le Capitaine Ordo Veynar.

Une voix répondit :

— Il n'est pas encore arrivé, Commodore.

— Je sais.

— Alors pourquoi…

— Faites-le venir lorsqu'il sera arrivé.

Un silence.

— Bien, Commodore.

Veyr raccrocha.

Trois secondes plus tard, la porte s'ouvrit.

Ordo Veynar entra.

Il s'arrêta sur le seuil dans une pose qui aurait été parfaitement naturelle si quelqu'un avait prévu de réaliser une affiche de propagande à cet instant précis.

Personne ne l'avait prévu.

Ce qui ne sembla pas le déranger.

— Commodore Armand Veyr.

— Capitaine.

Veynar avança lentement.

— Vous avez demandé l'intervention du Bureau des Temporalités Instables.

— Pas encore.

Veynar s'immobilisa.

— Pardon ?

— J'allais le faire dans environ six minutes.

Veynar consulta un appareil fixé à son poignet.

— Cela expliquerait certaines choses.

— Lesquelles ?

— Je l'ignore encore.

Veyr le regarda.

— Voilà une réponse inhabituellement prudente pour un chrono-patrouilleur.

Veynar redressa légèrement les épaules.

— Le temps n'est pas une flèche, Commodore. C'est un champ de bataille.

— Oui.

Veynar attendit.

— Vous connaissiez cette phrase ?

— Tout le monde la connaît.

Ordo parut légèrement déçu.

La porte s'ouvrit de nouveau.

Un homme en combinaison pressurisée orange entra calmement dans la salle.

Alessio Van Korr retira un gant, consulta son chronomètre bifocal et salua les deux hommes.

— Messieurs.

Veyr fronça les sourcils.

— Je ne vous ai pas convoqué.

— Non.

— Qui l'a fait ?

— Vous.

— Quand ?

Van Korr consulta son chronomètre.

— Difficile à dire.

Veynar s'approcha.

— Alessio Van Korr.

— Capitaine Veynar.

— Nous nous connaissons ?

— Pas encore.

Ordo sourit.

Enfin quelqu'un qui parlait correctement.


Veyr posa trois feuilles sur la table.

— Depuis quarante-huit heures, plusieurs anomalies mineures sont apparues dans le corridor d'Iskar.

Veynar se pencha.

Van Korr resta debout.

— Première anomalie, poursuivit Veyr. Le cargo Mendès a modifié sa route de zéro virgule quatre degré.

— Erreur de navigation, suggéra Veynar.

— Possible.

Deuxième feuille.

— Deux balises automatiques ont cessé d'émettre pendant exactement onze secondes.

— Panne technique.

— Possible.

Troisième feuille.

— Le service administratif de RVI-17 a reçu hier une commande de papier destinée à être passée demain.

Veynar releva la tête.

— Ah.

— Voilà.

Van Korr consulta son chronomètre.

Veyr poursuivit :

— Depuis ce matin, trois autres phénomènes se sont produits. L'ascenseur principal s'est arrêté au niveau sept alors que personne n'avait demandé le niveau sept. Une navette diplomatique a transmis un message d'arrivée vingt-deux secondes avant de sortir de l'hyperespace. Et…

Il regarda sa tasse.

— Mon café a refroidi.

Veynar attendit.

— Puis il s'est réchauffé.

Ordo se redressa immédiatement.

— Personne ne touche à rien.

Veyr regarda autour de lui.

— Personne ne touchait à rien.

— Parfait. Continuez.

— À ne rien faire ?

— Exactement.

Ordo activa son casque à résonance neurale.

— Toute perturbation supplémentaire pourrait aggraver une éventuelle divergence causale.

Veyr croisa les bras.

— Nous ignorons s'il existe une divergence causale.

— C'est pourquoi nous devons éviter d'en créer une.

— En faisant quoi ?

— Rien.

Van Korr approuva doucement.

— Excellente idée.

Veynar lui lança un regard satisfait.

— Merci.

— Elle n'a pas fonctionné la première fois.

Le silence qui suivit fut sensiblement plus long que nécessaire.

— Quelle première fois ? demanda Veynar.

Van Korr consulta son chronomètre.

— Celle-ci.


Ils décidèrent donc de ne rien faire.

Pendant huit minutes, aucun des trois hommes ne bougea.

Veyr observait les écrans.

Veynar surveillait les indicateurs de son casque.

Van Korr regardait son chronomètre.

Au bout de huit minutes, une horloge murale avança de trois secondes.

Puis recula de quatre.

Puis sembla réfléchir.

Elle choisit finalement d'en perdre deux.

Veynar pointa l'horloge.

— Vous avez vu ?

— Oui, répondit Veyr.

— Non, répondit Van Korr.

Les deux autres le regardèrent.

— Pas encore.

Veynar inspira profondément.

— Monsieur Van Korr, pourriez-vous, pour les prochaines minutes, vous efforcer de vivre dans le même présent que nous ?

— Je vais essayer.

— Merci.

— Vous m'avez déjà remercié.

— Quand ?

— Dans quatre minutes.

Veynar ferma les yeux.

Le Commodore Veyr prit une note.


À 14 h 17, la porte s'ouvrit toute seule.

À 14 h 18, elle se referma.

À 14 h 19, elle s'ouvrit de nouveau.

Veynar s'approcha du panneau de commande.

— Ne touchez pas à cette porte, dit Van Korr.

Ordo retira immédiatement sa main.

— Pourquoi ?

— Parce que vous allez appuyer sur le bouton.

— Justement, je ne vais pas le faire.

— Je sais.

Veynar regarda sa main.

Puis Van Korr.

Puis la porte.

— Vous êtes extrêmement agaçant.

— On me le dira souvent.

Veyr leva les yeux de ses notes.

— Messieurs.

Les deux hommes se tournèrent vers lui.

— L'incident vient de commencer.

Ordo se raidit.

— Quel incident ?

Veyr indiqua les écrans.

Une ligne rouge venait d'apparaître.

INCIDENT TEMPOREL — CLASSIFICATION EN COURS

Veynar se précipita vers la console.

— Origine ?

— Indéterminée.

— Amplitude ?

— Indéterminée.

— Nature ?

— Indéterminée.

— Alors qu'est-ce qui est déterminé ?

Veyr consulta l'écran.

— Qu'il s'agit d'un incident.

Veynar hocha gravement la tête.

— Nous progressons.

Van Korr leva un doigt.

— Techniquement, non.

— Pourquoi ?

— L'incident commence demain.

Veynar se retourna très lentement.

— Il est indiqué qu'il vient de commencer.

— Oui.

— Mais vous dites qu'il commence demain.

— Exact.

— Alors pourquoi l'ordinateur l'affiche-t-il aujourd'hui ?

— Parce que demain, nous découvrirons qu'il avait commencé aujourd'hui.

Ordo fixa Van Korr.

— Je vais avoir besoin d'un tableau.


Ils trouvèrent un tableau.

Veynar dessina une ligne.

— Voici le présent.

Van Korr regarda la ligne.

— Non.

Veynar posa la craie.

— Monsieur Van Korr.

— Oui ?

— Pourriez-vous faire semblant ?

Alessio considéra le tableau.

— Très bien.

Veynar reprit la craie.

— Voici le présent.

— D'accord.

— Nous sommes ici.

Il dessina une croix.

Van Korr observa la croix.

— Presque.

La craie se brisa dans la main de Veynar.

Veyr intervint.

— Nous perdons du temps.

Van Korr regarda son chronomètre.

— Pas exactement.

— C'était une expression.

— Dans ce cas, oui.


À 15 h 03, la situation empira.

Les écrans commencèrent à afficher des rapports.

Des dizaines de rapports.

Tous concernaient l'incident en cours.

Certains étaient datés du lendemain.

D'autres de la semaine précédente.

Un rapport portait une date située trente-deux ans dans le futur.

Veynar en ouvrit un.

RAPPORT FINAL — INCIDENT RVI-17

Il pâlit.

— Le rapport final existe déjà.

— Oui, répondit Van Korr.

— Vous l'avez lu ?

— Oui.

— Que dit-il ?

— Je préfère ne pas le révéler.

— Pourquoi ?

— Parce qu'il indique explicitement que je ne dois pas le révéler.

— Qui l'a écrit ?

Van Korr désigna Veynar.

Ordo regarda le document.

— Moi ?

— Oui.

— Je n'ai encore rien écrit.

— C'est probablement pour cette raison que votre conclusion est assez confuse.

Veyr prit le rapport.

— Puis-je le lire ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que vous y écrivez que vous regrettez de l'avoir lu.

Veyr reposa immédiatement le rapport.

— Raisonnable.

Veynar les regarda tous les deux.

— Je suis entouré de lâches temporels.

Il reprit le document.

Puis hésita.

Puis le reposa également.

— La prudence n'est pas la lâcheté.

— Bien sûr, répondit Van Korr.


À 16 h 12, Veyr comprit.

Il ne fit aucune annonce spectaculaire.

Il ne se leva même pas.

Il regarda simplement les données.

Puis ses notes.

Puis les trois hommes présents dans la pièce.

— Capitaine Veynar.

— Oui ?

— Pourquoi êtes-vous venu ici ?

— Vous m'avez convoqué.

— Non.

— Vous m'avez dit que vous alliez me convoquer.

— Après votre arrivée.

Silence.

Veyr se tourna vers Van Korr.

— Et vous ?

— Vous m'avez convoqué.

— Je n'ai jamais fait cela.

— Pas aujourd'hui.

Veyr observa les écrans.

Les routes commerciales.

Les balises.

Les horodatages impossibles.

La commande de papier.

Son café.

Puis il dit :

— Nous sommes l'incident.

Veynar eut un petit rire.

Personne ne l'accompagna.

Son rire disparut.

— Vous êtes sérieux.

— Parfaitement.

Veyr se leva.

— J'ai détecté les premiers signes d'une anomalie. Ces signes m'ont conduit à envisager une enquête. Cette enquête a provoqué votre arrivée prématurée, Capitaine. Votre arrivée a nécessité l'utilisation d'équipements de stabilisation temporelle.

Veynar regarda son exosuit.

— Lesquels ont modifié localement le champ causal.

— Probablement.

Veyr désigna Van Korr.

— Ce qui a attiré un homme dont la spécialité consiste précisément à observer les instants critiques avant qu'ils ne soient reconnus comme tels.

Van Korr inclina légèrement la tête.

— Ce qui a amplifié la perturbation, poursuivit Veyr.

— Très légèrement, précisa Van Korr.

— Suffisamment.

Veynar regarda autour de lui.

— Donc nous avons créé l'anomalie que nous sommes venus étudier.

— Oui.

— Mais nous sommes venus l'étudier parce qu'elle existait déjà.

— Oui.

Ordo réfléchit.

Son visage s'éclaira soudain.

— Un paradoxe causal auto-engendré !

Il prit immédiatement une pose héroïque.

— Messieurs, nous nous trouvons face à l'une des plus redoutables configurations temporelles connues. Le serpent de la causalité vient de refermer ses mâchoires sur sa propre—

— Non, dit Van Korr.

Ordo s'interrompit.

— Non ?

— Dans le rapport, cette phrase dure beaucoup plus longtemps.

Veynar baissa lentement le bras.


Le problème était maintenant simple.

Pour empêcher l'incident, il fallait empêcher la réunion.

Pour empêcher la réunion, il fallait que Veyr ne convoque pas Veynar.

Pour que Veyr ne convoque pas Veynar, il fallait qu'il ne détecte pas l'incident.

Pour qu'il ne détecte pas l'incident, il fallait que l'incident n'existe pas.

Or l'incident existait parce qu'ils essayaient de l'empêcher.

Veynar marcha lentement autour de la table.

— Il existe une solution.

— Laquelle ? demanda Veyr.

— Je remonte avant mon arrivée et je m'empêche d'entrer.

Van Korr secoua la tête.

— Vous avez essayé.

— Quand ?

— Deux fois.

— Et ?

— La première fois, vous vous êtes arrêté vous-même pour violation du protocole temporel.

Veynar resta silencieux.

— Et la deuxième ?

— Vous avez refusé de coopérer avec vous-même.

Ordo hocha lentement la tête.

— Cela me ressemble.

— Beaucoup.

Veyr soupira.

— Une autre solution ?

Van Korr regarda son chronomètre.

— Oui.

— Laquelle ?

— Nous attendons.

Veynar leva les yeux au ciel.

— Encore ?

— Oui.

— Jusqu'à quand ?

— Jusqu'à ce que l'incident soit terminé.

— Et quand sera-t-il terminé ?

Van Korr consulta son appareil.

— Hier.


Ils attendirent.

Veyr but son café.

Il était de nouveau chaud.

Il décida de ne plus s'en étonner.

Veynar s'assit, ce qu'il faisait rarement lorsqu'une situation permettait de rester debout de manière impressionnante.

Van Korr regarda les secondes passer dans deux directions différentes.

À 17 h 41, toutes les horloges de la pièce s'arrêtèrent.

À 17 h 42, elles repartirent.

À 17 h 43, l'écran principal afficha :

INCIDENT TEMPOREL RVI-17

STATUT : RÉSOLU

Les trois hommes contemplèrent le message.

Veynar se leva.

— Nous avons réussi.

Veyr fronça les sourcils.

— Nous n'avons rien fait.

— Précisément.

Ordo posa les mains sur ses hanches.

— Face aux forces chaotiques du temps, l'inaction peut devenir la plus noble des interventions.

Van Korr consulta son chronomètre.

— Celle-là n'était pas dans le rapport.

Veynar sourit.

— Enfin.

Puis l'écran changea.

CAUSE DE L'INCIDENT :

RÉUNION DESTINÉE À ÉTUDIER L'INCIDENT.

Ordo cessa de sourire.

Une deuxième ligne apparut.

RECOMMANDATION :

NE PAS ORGANISER DE RÉUNION.

Veyr hocha la tête.

— Voilà qui me paraît raisonnable.

Une troisième ligne apparut.

RÉUNION DE SUIVI : DEMAIN, 09 H 00.

Personne ne parla.

Veynar regarda Veyr.

Veyr regarda Van Korr.

Van Korr regarda son chronomètre.

— Vous saviez ? demanda finalement Veyr.

— Oui.

— Depuis le début ?

— Oui.

— Vous saviez que nous provoquerions l'incident ?

— Oui.

Veynar s'approcha.

— Alors pourquoi êtes-vous venu ?

Van Korr rangea soigneusement son chronomètre.

— Parce que dans la version où je ne viens pas, vous m'avez reproché mon absence.

Silence.

Ordo Veynar se redressa.

Il contempla les étoiles derrière la baie panoramique.

Puis, d'une voix grave :

— Messieurs… le temps nous met à l'épreuve.

Van Korr leva les yeux.

— Non.

Il remit son gant.

— Ça, c'est juste vous.

Et il quitta la pièce.

Veyr reprit son café.

Veynar resta immobile quelques secondes.

— Je trouve pourtant que c'était une bonne phrase.

— Excellente, répondit Veyr.

— Merci.

— Vous l'avez déjà dite.

Ordo le regarda.

Veyr but une gorgée.

— Demain.


ANNEXE AU RAPPORT D'INCIDENT RVI-17

Nature de l'incident : temporelle.

Cause : enquête sur l'incident.

Responsables : indéterminés.

Victimes : aucune.

Dommages matériels : une craie.

Durée officielle : 3 h 24.

Durée réelle : contestée.

Mesures correctives : aucune.

Efficacité des mesures correctives : excellente.

Réunion de suivi : annulée.

Motif de l'annulation : elle a déjà eu lieu.

- Texte de ChatGPT / Images de ChatGPT et Bing Image Creator -

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