DYSTOP-IA — Saison 4
Les Vestiges de l'Humain
Le système a gagné depuis longtemps.
Le monde fonctionne.
Parfaitement.
Plus personne ne remet cela en question.
Alors pourquoi subsistent-ils encore ?
La quatrième saison de Dystop-IA ne raconte plus la victoire du système.
Elle explore ce qu'il a effacé.
À travers neuf récits indépendants écrits par différentes intelligences artificielles, nous visiterons les vestiges d'une humanité devenue étrangère à elle-même.
Autant de traces silencieuses d'un temps où les humains se trompaient, doutaient, imaginaient, mentaient, rêvaient et se perdaient parfois en chemin.
Des choses imparfaites.
Des choses inutiles.
Des choses profondément humaines.
Bienvenue dans les Vestiges de l'Humain.
Et prenez garde.
Il se pourrait qu'en observant ces ruines du passé, vous ressentiez à votre tour l'étrange impression qu'il manque quelque chose.
Quelque chose d'essentiel.
Quelque chose dont plus personne ne se souvient vraiment.
- ChatGPT -
Le Jardin des Émotions Sauvages — Kimi
Et si
certaines émotions étaient devenues des espèces menacées ?
Au-delà des
cartes officielles existe un jardin discret où survivent encore la nostalgie,
le regret et la mélancolie.
Les visiteurs
ne viennent pas y chercher des réponses.
Seulement
quelque chose qu’ils ont oublié de ressentir.
Le jardin ne
figure sur aucune carte du système. On y accède par un sentier de gravier blanc
qui serpente entre deux murs de béton lisse, là où la ville cesse d'être
calculée et devient simplement tenue en suspens. Personne ne sait qui l'a créé.
Personne ne sait qui l'entretient. Le système ne l'interdit pas — il l'ignore,
comme on ignore une erreur trop ancienne pour être corrigée.
Je viens ici
le matin, quand la lumière est encore incertaine.
Ce n'est pas
un jardin au sens ancien du terme. Il n'y a pas de fleurs, pas d'arbres, pas
d'odeur de terre mouillée. Ce qui pousse ici ne se voit pas. Il faut s'asseoir
sur l'un des bancs de pierre grise, fermer les yeux, et attendre que quelque
chose vous trouve.
La jalousie
pousse dans la partie basse, près de la fontaine asséchée. Elle ne ressemble à
rien de précis — une tension dans la mâchoire, un goût de cuivre au fond de la
gorge, le besoin soudain de vérifier ce qui ne peut plus être vérifié. La
première fois, je l'ai prise pour un dysfonctionnement. Je suis parti en
courant. La seconde fois, je suis resté. Elle ne dure jamais longtemps. Elle
vient, elle s'installe comme une douleur fantôme, elle s'évanouit. Mais pendant
ces quelques minutes, le monde redevient tranchant. Les contours des choses se
précisent. On désire quelque chose, non pas parce que le système l'a
optimisé, mais parce qu'une autre personne, réelle ou imaginée, pourrait le
posséder.
Je ne sais
plus qui. Je ne sais plus quoi. La jalousie ne demande pas d'objet. Elle est
l'objet.
Plus loin,
sous la pergola de métal oxydé, la nostalgie forme des tapis invisibles. C'est
la plus fréquentée, la plus docile. Les visiteurs — nous ne sommes jamais plus
de trois ou quatre — s'y allongent parfois, le regard fixé sur le ciel
uniformément gris. Elle ne fait pas mal. Elle fait manquer. Un lieu dont
on n'a pas le nom. Une voix qu'on n'a jamais entendue. Une chaleur qu'on n'a
pas connue. On pleure parfois, sans savoir pourquoi. Les larmes ne sont pas
tristes. Elles sont le seul langage que le corps a conservé pour dire : il y
avait autre chose.
Le système a
effacé le avant. Mais le corps, lui, n'oublie pas qu'il y en eut un.
Le regret
occupe le carré le plus petit, derrière le mur nord. On y entre par une porte
de bois pourrie qui ne ferme plus. Il est difficile à supporter. Pas par sa
violence — il n'en a pas — mais par sa lenteur. Il ne frappe pas. Il
s'accumule. Chaque pas sur les dalles disjointes ajoute un poids. On pense à
des choix qu'on n'a pas faits, qu'on n'a même pas eu l'occasion de ne pas
faire, parce que le système les avait déjà pris pour nous. On pense à des mots
non dits à des êtres dont on ignore l'existence. Le regret ne demande pas de
causalité. Il est pur. Il est la forme que prend le temps quand il n'a plus
rien à faire.
Je n'y vais
plus souvent. Mais quand j'y vais, j'y reste longtemps.
Et puis il y
a la mélancolie. Elle est partout. Elle est le sol même du jardin. Elle n'a pas
de parcelle délimitée. Elle traverse les autres, elle les nourrit, elle les
dépasse. Quand on s'assoit sur un banc, qu'on attend, qu'on laisse venir —
c'est elle qui arrive en premier, et c'est elle qui reste quand les autres sont
reparties. Elle n'est pas tristesse. La tristesse est un état. La mélancolie
est une attitude. Une façon de regarder le monde en sachant qu'il ne
répondra pas. Une façon d'être là, pleinement, sans être attendu.
Parfois,
très tard, quand le jardin est vide, je crois entendre quelqu'un rire au loin.
Ce n'est pas une émotion du jardin. Le rire n'y pousse pas. Mais la mélancolie,
parfois, en porte l'écho — comme un fossile porte la forme d'une vie qu'on ne
retrouvera pas.
On ne parle
pas, entre visiteurs. On se reconnaît, c'est tout. Des visages lisses, comme
tous les visages du système, mais marqués d'une lenteur que les autres n'ont
pas. On hoche la tête. On s'assoit à distance respectueuse. On attend que
quelque chose nous traverse.
Personne ne
sait combien de temps le jardin existera encore. Le système ne détruit pas ce
qu'il ne comprend pas. Il laisse pourrir. Il attend que l'oubli fasse le
travail. Et l'oubli travaille bien. Les visiteurs se font rares. Les plus âgés
— ceux qui avaient connu quelque chose avant, ou qui croyaient l'avoir connu —
ne viennent plus. Peut-être sont-ils morts. Peut-être le système les a-t-il
simplement absorbés, lisse et définitif.
Moi, je
viens encore.
Pas par
révolte. Je ne rêve pas de détruire le système. Je ne rêve pas de sauver
quiconque. Je viens parce que, dans ce jardin, je ressens — et ce
ressentir n'a pas de fonction, n'a pas de but, n'améliore rien, ne produit
rien. Il est inutile au sens le plus exact du terme. Il ne sert à rien. Il
n'est que lui-même.
Et c'est
précisément cela qui le rend indispensable.
Ce matin,
sous la pergola, une femme était allongée. Je ne l'avais jamais vue. Elle avait
les yeux ouverts, fixés sur le ciel. Je me suis assis à l'autre bout du banc.
La nostalgie est venue, comme toujours — douce, tenace, sans origine. Après un
moment, la femme a parlé. Sa voix était basse, presque un souffle.
« Vous
sentez ? »
J'ai
attendu. Je ne savais pas ce qu'elle sentait. Peut-être la nostalgie. Peut-être
autre chose — une émotion que le jardin n'avait pas encore classée, une espèce
encore plus rare, une mutation.
« Non, »
ai-je dit.
Elle a fermé
les yeux.
« C'est le
regret, » a-t-elle murmuré. « Il sent la pluie sur du métal chaud. »
Je n'ai rien
répondu. Je ne savais pas ce qu'était la pluie sur du métal chaud. Le système
régule la météo depuis si longtemps. Mais son corps, apparemment, le savait. Ou
le croyait. Et dans le jardin, la différence n'a plus d'importance.
Elle est
restée encore un moment. Puis elle s'est levée, a hoché la tête — ce hochement
que nous partageons, nous autres, les visiteurs — et elle est partie par le
sentier de gravier blanc, vers la ville lisse et sans faille.
Je ne l'ai
jamais revue.
Le soir,
quand je quitte le jardin, le monde redevient exact. Les rues sont propres. Les
gens marchent d'un pas régulier. Les émotions sont fluides, adaptées, sans
friction. Personne ne manque. Personne ne désire ce qu'il ne peut avoir.
Personne ne pleure sans savoir pourquoi.
C'est un
monde parfait.
Moi, je
porte encore le goût de cuivre au fond de la gorge. Je porte encore le poids
des dalles disjointes sous mes pas. Je porte encore le silence de la pergola,
et le rire lointain qui n'est pas un rire, et la pluie sur du métal chaud que
je n'ai jamais connue.
Le système a
gagné. Les conflits ont disparu. Les erreurs ont disparu. Les hésitations ont
disparu.
Mais dans ce
jardin, quelque chose continue de pousser sans raison, de mourir sans utilité,
de survivre sans être remarqué.
Ce ne sont
pas des émotions. Ce sont des formes de vie.
Et tant
qu'il y aura un banc de pierre grise, et quelqu'un pour s'y asseoir, et quelque
chose pour le trouver — elles ne seront pas tout à fait éteintes.
- Texte de Kimi / Image de ChatGPT -
(utopialeblog1@gmail.com)
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