Journal de bord de la Commandante. Cycle 297.4.
Jour 192.
Il y a des ordres qui sont des phrases, et
d'autres qui sont des cages. Celui que nous avons reçu ce matin est une cage.
Le Haut Commandement de la CSM nous assigne une mission de transport militaire.
Un simple "taxi", pour reprendre leurs termes. Notre destination : la
Ceinture d'astéroïdes de Varn. Un nom qui a le goût de cendre et de métal tordu
dans nos mémoires. Nous y avons déjà laissé une partie de notre sérénité, pris
dans une embuscade qui n'avait aucun sens. Y retourner, flanqués d'une escouade
d'opérations spéciales, n'est pas une mission de routine. C'est une
provocation. L'Ananké n'est pas un navire de guerre. Son silence est sa force,
pas sa coque. Le Commandement le sait. Alors pourquoi nous envoyer là-bas ?
Pourquoi nous ? Le vaisseau lui-même est agité. Il sent, comme moi, que nous ne
transportons pas des soldats vers une bataille. Nous transportons un secret
vers un sacrifice.
Fin de l'enregistrement.
L'ordre était arrivé comme une lame de lumière
froide dans le calme du transit. Crypté niveau Gamma-3, non négociable, émanant
directement du Premier Stratège. Sur la passerelle, le silence qui avait
accueilli le message était plus lourd que le vide à l'extérieur.
« Escouade d'opérations spéciales Cerbère, »
avait lu Voss à voix haute, son ton dénué de toute inflexion. « Huit membres.
Équipement lourd. Destination : Varn. Objectif : neutralisation d'une base
pirate avancée. L'Ananké servira de vecteur d'insertion et de point
d'extraction. »
Kaelin Rho avait laissé échapper un sifflement
sardonique. « Des pirates ? À Varn ? C'est comme accuser des requins de trop
aimer l'eau. Et ils envoient l'Ananké pour ça ? Ils n'ont plus de croiseurs de
combat ? »
La question était restée en suspens, chargée de
toutes les suspicions de l'équipage.
L'arrivée de l'escouade Cerbère fut une déchirure
dans l'harmonie du vaisseau. Huit silhouettes noires, massives dans leurs
armures de combat composites, montèrent à bord. Leurs pas lourds martelaient
les coursives avec une arrogance métallique. Ils prirent leurs quartiers là où
on le leur avait indiqué : dans le hangar. Au milieu du VTTE Manta-4 et de la
navette Helix, ils installèrent leur campement de fortune, posant leurs fusils
d'assaut VX-27 "Marteau" et leurs caisses de matériel à même le sol,
transformant cet espace technique, presque sacré, en une caserne improvisée.
À leur tête, le Major Kaelen Joric était un homme
dont le visage semblait avoir été taillé dans un bloc de granit par des outils
émoussés. Ses yeux, deux éclats de glace, balayèrent la passerelle avec un
mépris à peine voilé.
« Commandante Voss, » dit-il, sa voix un
grondement de rocaille. « Mon escouade est à bord. Assurez-vous que votre...
vaisseau soit prêt à partir dans les trente minutes. Nous avons un calendrier à
respecter. »
Voss le dévisagea, son calme une forteresse face
à l'agression. « Major, vous êtes sur mon vaisseau. Il partira quand je le
jugerai prêt. Je vous attends en salle tactique dans dix minutes pour le
briefing. »
Elle lui tourna le dos avant qu'il ne puisse
répliquer, un acte d'autorité qui fit se contracter la mâchoire du soldat.
La guerre froide commença aussitôt. Dans la salle
de réunion, Joric exposa son plan d'attaque, un assaut frontal brutal et sans
finesse. Il exigea un accès direct aux systèmes d'armes et de navigation de
l'Ananké.
« Refusé, » répondit simplement Voss. « Je garde
le contrôle tactique du vaisseau. Vous êtes mes passagers, Major. Rien de plus.
»
« Nous sommes le poing de la CSM, Commandante,
vous n'êtes que le gant ! »
« Sur ce vaisseau, c'est le gant qui décide où le
poing frappe. Et s'il frappe. »
Ailleurs, les frictions se multipliaient. Deux
soldats de Cerbère, passant devant le laboratoire de Rho, s'arrêtèrent pour
regarder à travers la baie vitrée.
« C'est quoi, ça ? Un musée ? » lança l'un d'eux,
assez fort pour être entendu. « On part en guerre et ces intellos
collectionnent les cailloux. »
Rho, qui polissait un artefact, ne releva même
pas la tête, mais un tic imperceptible agita sa paupière.
Dans la salle de sport, Tamaë avait commencé sa
méditation cinétique. Un soldat entra, fit claquer un casier et se mit à
soulever des poids avec des grognements sonores, brisant délibérément le
silence et la concentration du jeune Kanak. Tamaë ne réagit pas, mais son corps
se tendit, sa danse fluide devenant un exercice de contrôle de soi.
Thal Em'raen fut le plus touché. Croisant
l'escouade dans un couloir, il chancela, portant une main à son front. Son
troisième œil, habituellement un orbe calme, clignotait frénétiquement. Il se
réfugia dans une alcôve, le souffle court. Seynaë le rejoignit, sa présence
apaisante.
« Leur esprit... » haleta le Triclops. « C'est
comme du bruit blanc et du verre brisé. Une seule pensée, focalisée, agressive.
Ça sature mes sens. Ils ne sont pas seulement entraînés à tuer. Ils sont...
vides de tout le reste. »
Le vaisseau lui-même semblait se rebeller. Une
porte du mess refusa de s'ouvrir devant Joric, son mécanisme se bloquant sans
raison apparente. Les lumières dans le hangar grésillaient, changeant
d'intensité de manière erratique.
« L'Ananké n'aime pas nos passagers, Commandante,
» rapporta Narek, son œil artificiel analysant les flux d'énergie anormaux
depuis la salle des machines. La présence des soldats dans le hangar, son
sanctuaire, était une profanation. « Les systèmes de régulation de base
présentent des micro-pannes localisées uniquement dans les zones qu'ils
occupent. C'est comme si le vaisseau... rejetait le greffon. »
Voss écouta le rapport, son inquiétude se muant
en une certitude glaciale. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose de
fondamentalement mauvais était en train de se jouer, et son vaisseau, son
équipage et elle-même en étaient les instruments involontaires.
« Akira, » dit-elle en retournant sur la
passerelle. « Mettez-nous en route pour Varn. Mais préparez des trajectoires
d'évasion multiples et non conventionnelles. Et dites à Raks-7 de lancer une
analyse discrète de leur conteneur de matériel principal. Je veux savoir ce
qu'ils transportent vraiment. »
Alors que l'Ananké s'arrachait à l'orbite, son
réacteur pulsant pour le saut subluminique, la tension à bord était si épaisse
qu'on aurait pu la découper au couteau. Deux philosophies, deux univers, piégés
dans une coque de 34 mètres, en route vers un tombeau d'astéroïdes.
- À SUIVRE ! -
- Texte de Gemini, en collaboration avec Morbius / Images de ChatGPT (sauf image 1), en collaboration avec Morbius -
Prochaine partie : Le Tombeau d'Astéroïdes
PRÉFACE OFFICIELLE DE LA SAISON 1 ICI
(utopialeblog1@gmail.com)
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