Première partie disponible ICI.
Pierre s'avança avec le premier plat, les
fameuses sphères de consommé. Dans des coupes de cristal antigravité,
flottaient des bulles parfaites de bouillon doré, chacune assaisonnée à la
perfection. Les convives utilisaient de délicates pipettes pour aspirer le
liquide, une expérience sensorielle unique rendue possible uniquement en
orbite.
Plat après plat, le menu se déroula comme une
symphonie. Auguste goûtait chaque assiette avant qu'elle ne quitte la cuisine.
Le carpaccio, tranché si finement qu'il était presque transparent. Le saumon,
d'une texture fondante. Le canard, rosé comme il se doit, nappé de sa sauce aux
champignons martiens qui exhalait un parfum de sous-bois extraterrestre.
À vingt-deux heures, vint le moment crucial : le
soufflé. Dans la cuisine, un silence religieux s'installa. Marguerite ouvrit le
four atomique avec la délicatesse d'un chirurgien. Douze soufflés parfaitement
gonflés, couronnés d'or, attendaient.
Auguste se pencha, inspira. L'arôme du miel
vénusien mêlé au citron lunaire était... céleste. Littéralement.
"C'est parfait, Marguerite. Service
immédiat."
Trente minutes plus tard, le maître d'hôtel
apparut dans la cuisine, un large sourire aux lèvres.
"Chef, l'ambassadeur demande à vous
voir."
Auguste retira son tablier, lissa sa veste et se
dirigea vers la salle à manger. L'ambassadeur se leva à son approche, un homme
distingué aux tempes grises, le regard pétillant derrière ses lunettes à
monture dorée.
"Chef Fontaine," déclara-t-il en lui
serrant chaleureusement la main, "je suis né sur Terre, j'ai vécu vingt
ans sur Mars, j'ai dîné dans les meilleurs établissements des deux mondes. Mais
ce repas... ce repas était une déclaration d'indépendance culinaire. Vous ne
cuisinez ni terrestre ni martien. Vous cuisinez interplanétaire."
Auguste s'inclina modestement. "Vous me
faites trop d'honneur, Excellence. Je ne fais que travailler avec les
merveilles que notre système solaire nous offre."
"Foutaises !" répliqua l'ambassadeur
avec un rire tonitruant. "J'ai des ingrédients martiens dans ma cuisine
tous les jours, et jamais je n'ai goûté quelque chose d'aussi sublime. Vous,
monsieur, êtes un artiste."
De retour en cuisine, Auguste trouva son équipe
qui l'attendait. Pierre lui tendit une coupe de champagne atomisé (micro-bulles
si fines qu'elles pétillaient sur la langue comme de l'électricité statique).
"À votre santé, Chef !" lancèrent-ils
en chœur.
Auguste leva son verre. "Non. À la vôtre. Un
chef sans son équipe n'est qu'un homme avec une toque. Vous avez été parfaits
ce soir."
Le service se termina à minuit passé. Une fois
les cuisines nettoyées et désinfectées selon les protocoles stricts de l'Agence
Spatiale de Santé Publique, Auguste se retira dans son petit appartement privé,
situé juste au-dessus du restaurant.
De son fauteuil en cuir synthétique, il
contemplait la Terre qui tournait lentement sous ses pieds. Quelque part
là-bas, dans un petit village de Provence, se trouvait la ferme de ses parents
où il avait appris, enfant, à reconnaître un bon melon au son qu'il produisait
quand on le tapotait.
Qui aurait cru, en ce lointain été de 1965, que
le petit Auguste deviendrait un jour chef cuisinier dans l'espace ? Ses parents
étaient fiers, il le savait. Ils lui rendaient visite deux fois par an, prenant
la navette orbitale depuis Marseille, encore émerveillés à chaque fois par le
luxe et la technologie du restaurant.
Son père, vieil agriculteur aux mains calleuses,
avait goûté le fameux soufflé au miel vénusien lors de sa dernière visite.
Après une longue dégustation silencieuse, il avait simplement déclaré :
"C'est bon. Mais rien ne vaut les melons de chez nous."
Auguste avait ri. Son père avait raison, d'une
certaine manière. Aucune technologie, aucun ingrédient exotique ne pouvait
remplacer les saveurs de l'enfance, le goût du terroir.
Mais son travail, son art, consistait précisément
à créer de nouveaux souvenirs, de nouvelles saveurs-références pour une
humanité qui s'étendait désormais au-delà de son berceau terrestre. Les enfants
nés sur Mars se souviendraient du goût des champignons des cavernes rouges.
Ceux de la Lune chériraient les asperges blanches du cratère Tycho.
Et peut-être, dans cinquante ans, un vieux
Martien nostalgique raconterait à ses petits-enfants : "Je me souviens du
magret de canard que j'ai mangé au Périhélie en 1998. Je n'ai jamais rien goûté
de tel depuis."
Cette pensée fit sourire Auguste. La gastronomie
était une forme de mémoire, un pont entre les générations et maintenant, entre
les mondes.
Un voyant clignotant sur son tableau de
communication mural attira son attention. Un message du Guide Galactique
Michelin. Son cœur bondit. Il appuya sur le bouton de lecture.
Le visage sévère mais bienveillant de Madame
Beaumont, directrice générale du Guide, apparut sur l'écran.
"Monsieur Fontaine, j'ai le plaisir de vous
informer que Le Périhélie conserve ses trois étoiles pour l'édition 1999. De
plus, le jury a décidé de vous décerner une mention spéciale pour 'Innovation
Culinaire Exceptionnelle dans un Environnement Spatial'. Nos félicitations les
plus sincères."
Auguste éteignit l'écran et ferma les yeux. Trois
étoiles. La consécration ultime. Et ce, dans l'espace, là où tout était plus
difficile : approvisionnement complexe, contraintes de gravité, recyclage de
l'air et de l'eau, maintenance constante des équipements.
Demain, il faudrait penser au menu de la semaine
prochaine. Il avait reçu un message intrigant du chef de la nouvelle station
agricole sur Europe, la lune de Jupiter. Apparemment, ils avaient réussi à
cultiver un champignon unique dans la glace d'eau profonde. Les premiers
échantillons arriveraient dans dix jours.
Auguste se leva et se dirigea vers son petit
bureau où trônait un cahier ancien, relié de cuir véritable. Son livre de
recettes personnel, écrit à la main comme le faisait son grand-père. Il
l'ouvrit à une page vierge et commença à griffonner des idées pour accommoder
ce mystérieux champignon de Jupiter.
Peut-être une bisque glacée ? Non, trop évident.
Un tartare avec des cristaux de glace comestible ? Intéressant. Ou alors...
Par le hublot, il vit passer une navette de
ravitaillement, ses feux de position clignotant dans l'obscurité. À l'intérieur
se trouvaient probablement des caisses de légumes, de viandes, de fromages. Les
ingrédients de mille futurs festins.
Auguste sourit et continua d'écrire. La nuit
serait longue, mais qu'importait ? Un chef n'était jamais vraiment au repos.
Dans son esprit tournaient déjà les saveurs, les textures, les assemblages
audacieux qui feraient le menu de demain.
Dehors, la Terre continuait sa valse éternelle.
Et au Périhélie, le Maître Queux des Étoiles poursuivait inlassablement sa
quête de la perfection gastronomique, un plat à la fois, un ingrédient
interplanétaire à la fois.
Le futur avait le goût des étoiles. Et Auguste
Fontaine était là pour le cuisiner.
FIN
- Texte de Claude / Images de ChatGPT -
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”









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