CE QUI PASSE AU-DESSUS DU MONDE - Épisode 7 - Les Gens des Falaises

 

Résumé : Épisode 6 - La Première Carte

Dans La première carte, Ilyan et Lyrwen déchiffrent le carnet de Vaëner et découvrent qu’il ne s’agit pas de simples notes, mais d’une véritable carte menant vers une zone inconnue d’En Bas. Ce point, vers lequel convergent toutes les trajectoires, n’apparaît sur aucun relevé officiel, comme s’il avait été volontairement effacé. L’arrivée de Caelle Sanya, technicienne des sondes, confirme leurs soupçons : des anomalies réelles ont été détectées, mais dissimulées par le Conseil. Convaincu que son frère s’est rendu là, Ilyan décide de descendre explorer ce secteur interdit — malgré le danger et la surveillance qui l’entourent. 

Ce qui passe au-dessus du monde

Épisode 7 — Les gens des falaises

La préparation prit moins d’une heure.

C’était trop peu, et tous les trois le savaient.

Dans la petite salle de maintenance annexe, le carnet de Vaëner était resté ouvert sur l’établi. Les courbes tracées à l’encre semblaient plus nettes à la lumière du matin, comme si la nuit avait simplifié les hésitations d’Ilyan. Le point autour duquel convergeaient les trajectoires était toujours là, légèrement décalé vers l’est par rapport aux anciennes positions de l’Aérore. Assez loin pour justifier une nouvelle descente. Assez près pour que le déplacement récent de l’île volante rende la tentative possible.

Caelle Sanya vérifia une dernière fois les attaches de son sac et les sangles de ses instruments. Elle avait emporté deux capteurs longs, une petite sonde manuelle, plusieurs feuilles plastifiées couvertes d’annotations, et une lampe d’inspection plus puissante que celles qu’utilisait habituellement Ilyan. À côté d’elle, Lyrwen repliait une corde fine, tout en surveillant discrètement les gestes d’Ilyan.

Lui s’occupait de la nacelle.

Il avait remplacé le câble secondaire effiloché, ressoudé deux points de fixation et renforcé le levier de frein avec une plaque d’alliage récupérée dans les ateliers inférieurs. La nacelle gardait cet air de machine rafistolée qui ne demandait qu’une bonne raison pour casser, mais elle tenait. Elle grinçait moins. C’était déjà ça.

— Tu es sûr que ça passera ? demanda Caelle sans lever les yeux.

— Non, répondit Ilyan. Mais ça tiendra.

Caelle eut un léger sourire.

— C’est déjà une réponse de technicien.

Lyrwen referma son sac.

— Et de quelqu’un qui veut partir avant de réfléchir.

Ilyan leva les yeux vers elle.

— Si on attend, quelqu’un d’autre finira par aller voir avant nous.

— Ou quelqu’un nous verra partir.

La remarque tomba juste. Depuis la veille, Ilyan avait la sensation d’être observé. Pas en permanence. Pas ouvertement. Mais assez pour que chaque détour de passerelle, chaque voix basse dans les ateliers, chaque silence inhabituel sur son passage lui paraisse légèrement déplacé.

Caelle se redressa.

— On descend vite. On regarde. On ne s’attarde pas. Et au moindre problème, on remonte.

— Ça fait beaucoup de conditions, dit Ilyan.

— C’est pour ça qu’on revient vivants.

Ils quittèrent la salle de maintenance par une galerie latérale, longèrent une portion moins fréquentée des falaises internes, puis atteignirent enfin le rebord où Ilyan avait fixé sa nacelle. L’Aérore dérivait lentement au-dessus d’une région nouvelle. En Bas, cette fois, le paysage n’était pas un désert de cendre rouge. De grandes falaises grises se dressaient en gradins irréguliers, percées d’ombres profondes et de cavités naturelles. De la brume stagnait entre elles comme une eau immobile. Plus au loin, des colonnes rocheuses émergeaient des nuages, si hautes qu’on aurait dit les restes d’une ville minérale engloutie.

— On dirait que le sol est remonté vers nous, murmura Lyrwen.

— Ou que nous sommes descendus vers lui, répondit Caelle.

Ilyan fit glisser la nacelle dans le vide.

La descente commença.

Le vent changea très vite. Plus humide, plus froid, chargé d’une odeur de pierre mouillée et de végétation cachée. Les câbles grinçaient à intervalles réguliers. La brume montait en nappes lentes autour d’eux, effaçant puis révélant les falaises à mesure qu’ils perdaient de l’altitude.

Ilyan tenait les deux manettes de la console bricolée avec une concentration presque agressive. Cette fois, pas de chute. Pas d’erreur. Il sentait la présence de Lyrwen derrière lui, stable, silencieuse. Caelle, elle, observait déjà le paysage en contrebas avec ses instruments.

— Là, dit-elle soudain.

Elle pointait une paroi à demi dissimulée par les nuages. Une suite d’ouvertures sombres s’alignait à des hauteurs différentes, reliées par des passerelles étroites qui semblaient taillées dans la roche elle-même.

Ilyan fronça les sourcils.

— C’est naturel ?

— Pas entièrement, répondit Caelle. Regarde mieux.

À mesure qu’ils approchaient, les détails apparurent. Certaines ouvertures étaient encadrées de piliers grossiers. D’autres portaient des formes gravées dans la pierre. Il y avait là des traces évidentes d’aménagement.

— Il y a des gens, dit Lyrwen.

Ce n’était plus une hypothèse.

Ilyan ralentit la descente. La nacelle se stabilisa à quelques mètres du sol, sur une terrasse rocheuse étroite couverte d’un sable gris fin. Plus loin, la falaise montait presque à la verticale.

Ils descendirent un à un.

Le silence d’En Bas n’était plus le même qu’au désert. Ici, il était traversé de sons minces : écoulement d’eau invisible, frottement de cordages, bruissement d’ailes lointaines dans les cavités. On ne voyait personne, mais l’impression d’être observé était immédiate.

Caelle s’agenouilla près du sol et posa sa sonde. L’appareil vibra doucement.

— Les variations sont là aussi, murmura-t-elle. Moins fortes qu’au désert, mais plus profondes.

Ilyan leva les yeux vers les ouvertures de la falaise.

— On n’est pas seuls.

Comme pour lui répondre, une silhouette apparut dans une cavité à une dizaine de mètres au-dessus d’eux.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Les formes restèrent immobiles quelques secondes. Des humains. Ou presque — non, des humains, se corrigea Ilyan, mais différents par leurs vêtements, leur façon de se tenir, leur prudence. Ils portaient des tuniques épaisses de fibres sombres, renforcées de bandes de cuir ou de tissu plus clair. Certains avaient le visage partiellement couvert contre la poussière. Tous les regardaient sans bouger.

Lyrwen avança d’un pas, paumes ouvertes.

— Nous ne vous voulons aucun mal, dit-elle.

Les silhouettes ne répondirent pas.

Puis l’une d’elles descendit.

Il s’agissait d’un homme d’âge indéfinissable, ni jeune ni vieux, au corps maigre et nerveux. Il emprunta une série de marches taillées à même la roche et s’arrêta à quelques mètres d’eux. Son regard passa d’Ilyan à Lyrwen, puis à Caelle, puis à la nacelle suspendue.

— Vous venez d’en haut, dit-il enfin.

Sa langue était proche de la leur, mais plus rugueuse, plus lente sur certaines syllabes.

Ilyan sentit un soulagement étrange.

— Oui.

L’homme observa encore la nacelle.

— La terre du ciel.

L’expression surprit Lyrwen, qui jeta un regard rapide à Ilyan.

— Vous la connaissez ? demanda Caelle.

L’homme ne répondit pas tout de suite. Derrière lui, d’autres habitants apparaissaient dans les cavités. Femmes, hommes, deux adolescents, et même un enfant à demi caché derrière une colonne rocheuse. Ils n’avaient pas l’air hostiles. Inquiets, oui. Curieux, beaucoup. Effrayés peut-être. Mais pas hostiles.

— Elle passe, dit enfin l’homme en désignant l’Aérore, invisible au-dessus de la brume. Elle revient. Puis elle s’éloigne. Puis elle revient ailleurs.

— Comment l’appelez-vous ? demanda Lyrwen.

L’homme répondit presque sans hésiter :

— La Terre Errante.

Ilyan sentit une légère tension lui traverser le dos. Le nom lui sembla si juste qu’il en devint inquiétant.

Caelle, elle, s’intéressait déjà à autre chose.

— Les mouvements du sol, dit-elle. Vous les sentez ici ?

L’homme la fixa longuement.

— Oui.

Il montra les profondeurs de la gorge, vers l’est.

— La pierre change.

Ces trois mots suffirent à faire taire tout le monde.

Ilyan avança d’un pas.

— Change comment ?

L’homme leva une main vers les falaises au loin.

— Des chemins disparaissent. D’autres s’ouvrent. L’eau ne coule plus au même endroit. Le bruit sous la terre voyage.

Lyrwen échangea un regard avec Caelle.

Vaëner.

Le carnet.

Les trajectoires.

Tout se resserrait.

— Vous avez déjà vu quelqu’un d’autre venir d’en haut ? demanda soudain Ilyan.

L’homme ne répondit pas immédiatement. Son visage se ferma légèrement, comme s’il pesait ce qu’il pouvait dire.

Puis il inclina la tête.

— Un autre est venu.

Ilyan sentit son cœur frapper violemment contre ses côtes.

— Quand ?

— Avant les grands vents froids. Pas hier. Pas récemment.

Cela pouvait vouloir dire des semaines. Des mois. Ici, le temps n’avait peut-être pas les mêmes repères.

— Il était seul ? demanda Caelle.

— Oui.

— Il est reparti ?

L’homme détourna les yeux vers l’est.

— Non.

Le silence tomba.

Même la brume sembla se figer.

Ilyan fit encore un pas.

— Vous l’avez vu ?

L’homme secoua légèrement la tête.

— Je l’ai vu descendre. Puis suivre la pierre changeante.

Il montra de nouveau l’est.

Toujours l’est.

— Là-bas, dit-il. Là où les falaises s’ouvrent. Là où la terre n’aime pas qu’on la regarde.

L’expression fit naître un léger frisson chez Lyrwen.

Derrière l’homme, une femme s’était approchée. Elle observait Ilyan avec une intensité particulière, comme si quelque chose dans ses traits lui rappelait quelqu’un.

— Vous lui ressemblez, dit-elle.

Ilyan resta immobile.

— À qui ?

Elle répondit en désignant son visage.

— À l’autre. Il avait le même regard.

Caelle ferma les yeux une seconde.

Lyrwen serra ses doigts autour de la lanière de son sac.

Ilyan, lui, n’arrivait plus à penser clairement. Son frère n’était plus seulement une hypothèse suspendue dans les discours du Conseil ou dans ses propres certitudes. Il avait laissé un passage. Une trace. Quelqu’un l’avait vu. Quelqu’un l’avait suivi des yeux jusqu’à cette direction interdite.

— Nous devons y aller, dit-il.

Caelle tourna immédiatement la tête vers lui.

— Pas aujourd’hui.

— Pourquoi ?

Elle désigna les falaises, la brume, le dédale minéral qui s’étendait plus loin.

— Parce qu’on ne connaît ni les passages, ni le terrain, ni ce qui vit là-dedans. Et parce qu’eux connaissent quelque chose que nous ignorons encore.

L’homme troglodyte approuva d’un mouvement de tête.

Puis il prononça des mots plus bas, presque pour lui-même. La femme à ses côtés répondit brièvement.

Caelle attendit.

— Qu’ont-ils dit ? demanda Ilyan.

L’homme leva les yeux vers lui.

— Ils disent que vous ne devez pas marcher là-bas à la tombée du jour.

— Pourquoi ? demanda Lyrwen.

L’homme ne répondit pas tout de suite. Ses traits restaient calmes, mais dans son regard apparut quelque chose de plus ancien que la simple prudence.

— Parce que ceux qui suivent la pierre changent eux aussi.

Personne ne parla.

Le vent s’était mis à circuler entre les cavités de la falaise, produisant un son creux, presque humain.

L’homme recula d’un pas.

Puis, lentement, il leva le bras et indiqua une direction. Un couloir naturel entre deux falaises massives, presque invisible dans la brume.

— Là, dit-il. L’endroit interdit.

Ilyan suivit du regard la ligne qu’il montrait. Le passage semblait étroit, sombre, déformé par les nappes de vapeur froide qui s’y accumulaient.

Il sentit, sans pouvoir l’expliquer, que toute la série de courbes notées par Vaëner dans son carnet se refermait là.

Sur cet endroit.

Sur cette faille.

Sur cette promesse.

Et lorsqu’il reporta enfin les yeux vers les habitants des falaises, il comprit à leur silence qu’ils venaient bien de les aider — mais qu’ils avaient aussi très peur de ce qu’ils venaient de montrer.

- Texte et images de ChatGPT, en collaboration avec Morbius, sur un sujet de Morbius -

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