LE COURTIER EN MÉLANCOLIE
(Temps de lecture : ~3 min)
Le chagrin de Marc était une pierre
noire qu'il portait dans sa poitrine, chaque jour plus lourde. Il aurait tout
donné pour ne plus ressentir cette déchirure constante causée par le souvenir
de celle qu'il avait perdue. C’est dans cet état de dévotion au vide qu’il
poussa la porte de la boutique de M. Silas.
L’endroit ne vendait pas de
meubles, mais des flacons de verre soufflé, rangés par milliers sur des
étagères montant jusqu'au plafond.
"Je peux vous décharger,
Monsieur," murmura Silas sans lever les yeux de son registre. "Le
deuil est une marchandise très prisée. La tristesse pure, sans amertume, est un
luxe que beaucoup de gens blasés sont prêts à payer cher pour se sentir à
nouveau... vivants."
Marc ne comprit pas tout de suite.
Silas lui expliqua : il était un "Courtier en Abstractions". Il
pouvait extraire une émotion, un souvenir, une sensation, et la mettre en
bouteille. Le donneur était soulagé du poids, et le receveur — souvent un riche
esthète en mal de sensations — pouvait s'offrir un frisson de mélancolie
authentique.
Désespéré, Marc accepta. Silas
utilisa un instrument délicat, semblable à un diapason, qu’il fit vibrer près
de la tempe de Marc. Ce dernier ressentit une aspiration soudaine, un froid
léger. Dans le flacon, une fumée bleutée se condensa en un liquide iridescent.
"Voilà," dit Silas.
"Votre douleur est là-dedans. Vous ne la ressentirez plus."
Marc sortit de la boutique. C’était
miraculeux. Il se souvenait de sa femme, certes, mais l’image ne lui faisait
plus mal. C’était comme regarder une photographie d’un parfait inconnu. Il
retrouva son efficacité, son sourire, son appétit.
Cependant, le vide commença à
s'étendre. Un soir, en écoutant le morceau de piano qu'ils adoraient tous les
deux, il ne ressentit rien. Pas même de la nostalgie. La musique n'était plus
que des fréquences sonores. Pire, il réalisa qu'en se débarrassant de la
douleur, il avait aussi perdu la capacité d'aimer ses souvenirs. Pour ne plus
souffrir, il était devenu un homme de plâtre.
Il retourna voir Silas pour
récupérer son flacon.
"Trop tard," répondit le
courtier avec un sourire navré. "Votre mélancolie a été vendue dans
l'heure. Un poète en panne d'inspiration l'a achetée à prix d'or. Elle est déjà
consommée."
"Alors rendez-moi autre chose
!" s'écria Marc. "N'importe quoi pour ne plus être ce... cette
coquille vide !"
Silas parut réfléchir. "Il me
reste un lot invendu. Une sensation complexe, un peu particulière. C'est tout
ce que je peux vous offrir en échange de votre vide actuel."
Marc accepta. Silas déboucha un
flacon d'un vert trouble et laissa le contenu s'évaporer sous le nez de Marc.
L'effet fut instantané. Marc ne
retrouva pas sa tristesse. À la place, il fut envahi par une sensation de
déjà-vu permanente, mais d'une nature terrifiante. Chaque visage qu'il croisait
lui semblait être le sien. Chaque mot qu'il prononçait lui semblait avoir été
dit par un autre, des siècles auparavant. Il ne se sentait plus comme un
individu, mais comme une répétition.
En rentrant chez lui, il s'arrêta
devant une vitrine et vit son reflet. Mais ce n'était pas son reflet qu'il vit.
C'était celui d'un homme du XIXe siècle, puis d'une femme du futur, puis d'un
enfant d'une contrée lointaine.
Il comprit alors l'horreur du
"lot invendu" : Silas lui avait injecté la Mémoire
Collective des Égarés. Marc n'était plus Marc. Il était devenu le
réceptacle de tous les souvenirs dont les autres ne voulaient plus. Des
milliers de vies, de regrets et de joies étrangères se bousculaient dans son
esprit, effaçant sa propre identité.
Il s'assit sur un banc, étranger à
lui-même, possédé par une foule invisible. Il n'était plus seul, il était tout
le monde, et pourtant, il n'était plus personne. Il était devenu une
bibliothèque de fantômes, errant sans fin dans une ville qui ne lui appartenait
plus... au Seuil de l'Étrange.
- Texte de Gemini / Image de ChatGPT -
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