Résumé — Épisode 3 : La Terrasse des Vents
Dans La terrasse des vents, Ilyan commence la journée marqué par l’absence persistante de son frère Vaëner, dont il refuse toujours de croire la mort. Mais le calme apparent de l’Aérore est brisé lorsqu’une violente vibration provoque l’effondrement d’une terrasse agricole, faisant un blessé et semant l’inquiétude parmi les habitants.
Sur place, Ilyan observe que la fissure apparue dans le sol n’est pas aléatoire : elle suit une trajectoire précise, orientée vers l’est. Ses relevés confirment ses soupçons, mais les autorités publient un rapport rassurant niant tout lien avec un phénomène global.
Alors que le doute se transforme en certitude pour Ilyan et Lyrwen, une réalité plus inquiétante se dessine : quelque chose est en train de se déplacer… et l’Aérore semble le suivre.
Ce qui Passe Au-dessus du Monde
Épisode 4 — Sous surveillance
La convocation arriva en milieu d’après-midi. Un
message bref, transmis par le réseau interne des ateliers :
« Présence demandée. Salle des relevés. Section centrale. »
Pas d’explication.
Ilyan lut le message deux fois. Son cœur ne
s’emballa pas. Il se contracta. Lentement.
Lyrwen, assise en face de lui sur la passerelle
suspendue, releva les yeux avant même qu’il parle.
— Ils ont vu tes comparaisons.
— Ou ils ont vu que j’ai vu.
Il se leva.
La salle centrale n’était pas la grande pièce
ouverte aux techniciens ordinaires. Elle se trouvait plus en profondeur, dans
une section où la roche était plus épaisse, où le vent ne pénétrait presque
pas. L’éclairage y était plus froid, plus clinique.
Un homme l’attendait. Pas le superviseur. Un
autre. Plus mince. Plus âgé. Veste sombre sans insigne visible. Regard clair,
presque doux.
— Ilyan.
Pas de formule.
— Vous comparez des données publiques avec des
relevés personnels.
Ce n’était pas une question.
— Oui.
— Vous descendez sans autorisation.
Silence.
— Votre frère descendait aussi.
Le mot frère pesa plus lourd que le reste.
— Il cherchait à comprendre, continua l’homme.
— Moi aussi.
L’homme observa longuement la carte projetée
derrière lui.
— Ce que vous cherchez dépasse votre cadre.
— Alors expliquez-le.
Le silence s’étira.
— Certaines variations ne nécessitent pas d’être
interprétées par tous.
La phrase était lisse. Polie. Et profondément
verrouillée.
— Vous devriez cesser vos descentes, conclut-il.
Pas une menace. Un ordre enveloppé.
La discussion était close.
En sortant, Ilyan sentit une colère froide monter
en lui. Pas explosive. Dense.
Ils savent.
Ils savent et ils taisent.
Il marcha longtemps le long des falaises
internes. Le vent frappait plus fort ici. Les passerelles vibraient davantage.
Il atteignit le point d’ancrage de la nacelle.
Lyrwen était déjà là.
— Ne me dis pas que tu vas descendre.
Il ne répondit pas.
— Ilyan.
— Ils veulent que j’arrête.
— Oui.
— Pourquoi ?
Elle ne répondit pas tout de suite.
— Peut-être parce qu’ils savent plus que nous.
— Justement.
Il posa la main sur le levier.
— Si tu descends, dit-elle, je ne viens pas.
Il la regarda. Elle ne plaisantait pas.
— Alors reste.
Il enclencha le treuil.
Il descendit trop vite.
La nacelle bascula brutalement dans le vide, les
câbles grinçant sous la tension soudaine. Le vent nocturne le fouetta au
visage. Il ajusta le régulateur trop tard. La plateforme oscilla violemment. Un
câble secondaire claqua contre la structure.
— Stabilise, stabilise… murmura-t-il.
Il força le frein, trop brutalement. La nacelle
pivota. Une rafale latérale la déséquilibra.
Le choc fut sec.
La plateforme heurta le sol en biais, projetant
Ilyan contre la rambarde. Son épaule encaissa l’impact. Il roula sur la cendre
rouge et sentit une brûlure vive le long de l’avant-bras.
Le silence retomba d’un coup.
Il resta quelques secondes immobile, le souffle
coupé. Pas de fracture. Pas de douleur aiguë. Juste un étourdissement et une
coupure superficielle au bras.
Il se redressa.
La nacelle était couchée sur le flanc. Un des
tubes de renfort s’était tordu. Le régulateur pendait, arraché de son support.
— Idiot, murmura-t-il pour lui-même.
Il tira la nacelle droite avec effort.
Le sol vibra. Pas violemment. Mais
continuellement.
La bande de variation était là. Plus large. Plus
nette.
Il activa son capteur. Les lignes s’alignaient en
une trajectoire claire. Vers l’est. Toujours vers l’est.
Il s’agenouilla près de la fissure. Elle s’était élargie. Deux mètres par endroits. La cendre s’effritait autour.
Un grondement profond monta des profondeurs. Pas
un son que l’on entend. Un son que l’on ressent.
Il sentit alors autre chose.
Un déplacement à sa droite.
Il se figea.
Dans la pénombre, une silhouette basse se
découpait contre le sol. L’animal était long d’environ deux mètres, corps
souple, couvert d’une peau sombre aux reflets mats. Ses pattes étaient fines
mais puissantes, terminées par des griffes recourbées. Deux excroissances
osseuses protubéraient au-dessus de son crâne aplati. Ses yeux, larges,
réfléchissaient la lumière de l’Aérore.
Il ne l’avait jamais vu.
L’animal avançait lentement. Attiré par la
vibration. Ou par lui.
Ilyan recula d’un pas.
L’animal s’immobilisa. Sa poitrine se soulevait
lentement. Un souffle rauque s’échappa de sa gueule étroite.
Ilyan sentit son cœur battre dans sa gorge. Il
chercha quelque chose à saisir. Une barre métallique détachée de la nacelle. Il
la prit.
L’animal fit un pas de plus. Puis un autre. Ses
griffes crissèrent sur la cendre.
Le sol vibra plus fort.
L’animal tourna brièvement la tête vers la
fissure, comme s’il la sentait aussi.
Il avança brusquement.
Ilyan brandit la barre et frappa le sol devant
lui. Un bruit sec résonna. L’animal s’arrêta. Il poussa un cri bref,
métallique.
Ilyan frappa de nouveau. Plus fort.
La vibration sous leurs pieds s’intensifia
soudain. La fissure s’élargit d’un coup sec. Un pan de cendre s’effondra dans
le vide sombre.
L’animal recula vivement. Il fixa Ilyan encore
une seconde. Puis, d’un mouvement fluide, il se détourna et disparut dans
l’obscurité, longeant la bande de variation vers l’est.
Ilyan resta immobile, le souffle court.
Le sol continuait de vibrer. La trajectoire
avançait.
Il comprit alors quelque chose de plus inquiétant
encore : l’animal ne fuyait pas la vibration. Il la suivait. Comme si elle
était une route. Comme si elle guidait.
Il se précipita vers la nacelle. Son bras le
brûlait. Son épaule lançait à chaque mouvement. Il redressa le tube tordu à
coups de pied, refixa le régulateur tant bien que mal.
La remontée serait instable.
Il n’avait pas le choix.
Il enclencha le treuil. La nacelle se hissa
lentement.
Il jeta un dernier regard vers le désert. La
fissure continuait de progresser. En ligne. Vers l’est. Et l’animal, silhouette
sombre, avançait déjà dans cette direction.
Quand il atteignit le rebord de l’Aérore, il
savait deux choses :
Le phénomène n’était pas seulement une variation.
C’était une trajectoire vivante.
Et il venait de désobéir directement à une
injonction claire.
Il passa la main sur son bras blessé.
Il risquait gros.
Mais maintenant, il avait vu.
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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