Bastien n'en pouvait
plus. Depuis trois ans, ses nuits se résumaient à de brèves périodes de
somnolence hachées de réveils en sursaut. Les somnifères ne faisaient plus
effet. Il se sentait comme un fantôme, flottant dans sa propre existence,
incapable de se concentrer au travail, perdant peu à peu le contact avec ses
amis. Le monde autour de lui semblait avoir perdu ses couleurs et sa substance.
En dernier recours, il
s'était tourné vers l'Institut Morphée, une clinique privée aux tarifs
exorbitants, réputée pour ses méthodes "hétérodoxes" mais
infaillibles.
Le Docteur Valère
l'accueillit dans un bureau chaleureux. "Votre cas est sévère,
Bastien," dit-il en examinant son dossier. "Votre conscience refuse
de lâcher prise. Nous allons utiliser notre thérapie par Immersion
Mémorielle. Nous allons brancher votre activité cérébrale sur un flux
apaisant. Vous allez enfin plonger dans le sommeil profond."
Bastien fut installé dans
une chambre feutrée, des capteurs indolores posés sur les tempes. Dès que la
machine fut activée, une vague de chaleur l'enveloppa. Pour la première fois
depuis des années, il sombra.
Son rêve fut d'une
netteté bouleversante. Il n'était plus Bastien. Il s'appelait David. Il était
allongé dans un lit d'hôpital baigné de soleil, incapable de bouger, mais il se
sentait paisible. Près de lui, une femme au visage doux lui tenait la main, lui
racontant sa journée avec une voix chargée d'émotion. Un petit garçon jouait
sur le lino de la chambre. La sensation d'amour et d'appartenance était si
forte qu'elle lui tira des larmes de joie dans son sommeil.
Il se réveilla dans la
clinique, revigoré. Le monde lui sembla soudain plus net.
Les séances
s'enchaînèrent. Chaque fois, Bastien retrouvait ce rêve magnifique. Il
observait la vie de "David", l'homme cloué au lit qui, peu à peu,
semblait reprendre des forces. Dans le rêve, David parvenait à bouger un doigt,
puis à serrer la main de sa femme.
Cependant, un phénomène
étrange commença à se produire dans la vie éveillée de Bastien. Sa réalité
devenait floue, inconsistante. Un matin, son café n'eut aucun goût. Au bureau,
une collègue le percuta dans le couloir sans même s'excuser, comme si elle ne
l'avait pas vu. Chez lui, en se regardant dans la glace, il remarqua que son
reflet semblait translucide, comme une aquarelle délavée.
Paniqué, il retourna voir
le Docteur Valère hors de ses heures de rendez-vous.
"Docteur, le
traitement me rend fou," balbutia Bastien, ses mains tremblantes
s'agrippant au bureau de chêne. "Je dors, oui, mais ma vie s'efface. Hier,
mon propre gardien d'immeuble m'a demandé qui j'étais. Et ce rêve... David...
c'est trop réel."
Le Docteur Valère
soupira, un regard d'une profonde compassion dans les yeux. Il ferma le dossier
médical posé devant lui. Ce n'était pas le nom de Bastien qui y figurait.
"Ce n'est pas un
traitement pour l'insomnie que nous pratiquons ici," dit doucement Valère.
"L'Institut Morphée est une clinique spécialisée dans le réveil des
patients dans un coma prolongé."
Bastien se figea.
"Je... je ne comprends pas."
"L'esprit humain est
une machine extraordinaire, Bastien," expliqua le médecin. "Lorsqu'un
patient est plongé dans le coma pendant des années, son cerveau, pour ne pas
s'éteindre, crée parfois des univers entiers. Il invente une autre vie,
complexe, détaillée, pour se maintenir en activité. Une vie de
substitution."
Le silence tomba dans la
pièce, lourd et glacial.
"David est dans le
coma depuis sept ans suite à un accident," poursuivit Valère.
"L'homme que vous avez vu dans vos 'rêves', c'est lui. Et la femme, c'est
son épouse, qui n'a jamais perdu espoir. Vos insomnies, ces trois dernières
années... c'était le signe que l'esprit de David luttait pour refaire surface,
pour regagner son vrai corps."
Bastien recula, secouant
la tête frénétiquement. "Non. Je suis Bastien. J'ai un appartement. J'ai
des souvenirs d'enfance ! J'ai une cicatrice sur le genou depuis l'âge de dix
ans !"
"Des détails
fabriqués," murmura le docteur. "Des fragments de la mémoire de
David, réassemblés pour vous donner une illusion de consistance. Mais David se
réveille, Bastien. Ses fonctions cognitives reprennent le dessus. C'est pour
cela que votre monde devient flou. La simulation prend fin."
Bastien regarda ses
mains. Ses doigts commençaient à se dissoudre en une brume lumineuse. Il n'y
avait pas de douleur, juste un sentiment de légèreté absolue, et la réalisation
terrifiante qu'il n'avait jamais vraiment existé.
"Que va-t-il
m'arriver ?" demanda-t-il, sa voix résonnant déjà avec l'écho d'une pièce
vide.
"Vous allez faire ce
que font tous les rêves au petit matin," répondit le Docteur Valère en
esquissant un sourire triste. "Vous allez vous dissiper pour laisser place
à la réalité."
Bastien ferma les yeux
alors que le bureau du médecin s'évaporait autour de lui. La dernière chose
qu'il entendit, lointaine mais éclatante de vérité, fut la voix de la femme de
David pleurant de joie, appelant les infirmières car son mari venait enfin d'ouvrir
les yeux.
Bastien n'était plus. Il
n'avait été qu'une parenthèse, l'ombre utile d'un esprit endormi qui s'était
cru homme, perdu pour toujours... au Seuil de l'Étrange.
- Texte de Gemini / Image de ChatGPT -
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”



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