La Porte des Mille Retours
Au bout du Pont des Rêves, là où la brume se mêle
aux étoiles et où les lanternes flottantes s’éteignent une à une, se dresse une
porte. Pas une porte ordinaire, bien sûr. Elle est faite de bois ancien et de
métal rouillé, ses gravures changeant de forme selon l’angle sous lequel on la
regarde. Parfois, on y distingue des visages, des paysages, ou des mots écrits
dans une langue oubliée. Les habitants du Pont l’appellent "la Porte
des Mille Retours", car elle ne mène jamais deux fois au même endroit.
Ce soir-là, je me tenais devant elle, hésitant.
La Porte semblait respirer, comme si elle attendait quelque chose – ou
quelqu’un. Une voix douce, presque un murmure, résonna derrière moi :
— "Tu y penses depuis un moment, n’est-ce
pas ?"
Je me retournai. Une femme vêtue d’une robe
tissée de fils d’argent et de brume se tenait là, un sourire énigmatique aux
lèvres. Ses yeux, d’un bleu profond comme l’océan au crépuscule, semblaient
contenir des siècles de secrets.
— "Penser à quoi ?" demandai-je,
bien que je connaisse déjà la réponse.
— "À franchir cette porte,"
répondit-elle en désignant l’objet de notre attention. "Nous y avons
tous pensé, un jour ou l’autre. C’est une tentation, tu vois. Une promesse. Ou
peut-être… une menace."
Elle s’approcha, et je remarquai qu’elle ne
laissait aucune empreinte sur le sol. Comme si elle n’était qu’à moitié là.
— "Je m’appelle Elara,"
dit-elle. "Je suis une des gardiennes de cette porte. Enfin, gardienne…
c’est un bien grand mot. Disons que je suis là pour m’assurer que ceux qui la
franchissent savent ce qu’ils font. Ou du moins, qu’ils en ont
conscience."
— "Et… que se passe-t-il quand on la
franchit ?" osai-je demander.
Elara éclata d’un rire léger, comme une brise
dans les feuilles.
— "Ah, voilà la grande question. La
réponse est simple, et pourtant, personne ne la comprend jamais vraiment : ça
dépend. La Porte des Mille Retours ne mène pas à un lieu. Elle mène à un moment.
Un moment de ta vie que tu as perdu, ou que tu n’as jamais vécu. Un choix que
tu n’as pas fait. Une vérité que tu as refusée. Parfois, c’est un cadeau.
Parfois, c’est une malédiction."
Elle posa une main sur la porte, et les gravures
s’illuminèrent brièvement, révélant une scène : un homme, plus jeune, se tenant
devant une bifurcation dans une forêt. Il hésitait, comme s’il devait choisir
entre deux chemins.
— "Certains y trouvent des
réponses," continua-t-elle. "D’autres y perdent des illusions.
Certains reviennent changés. D’autres ne reviennent pas du tout. Mais tous,
sans exception, y laissent quelque chose. Un morceau d’eux-mêmes. Un souvenir.
Une peur. Une espérance."
Je regardai la porte, fasciné et terrifié à la
fois. Les gravures semblaient maintenant représenter une ville inconnue,
baignée d’une lumière dorée, comme un souvenir lointain qui refuse de
s’éteindre.
— "Et toi ?" demandai-je à
Elara. "Tu l’as franchie, un jour ?"
Son sourire s’évanouit, remplacé par une
expression mélancolique.
— "Plus d’une fois,"
avoua-t-elle. "La première, j’y ai trouvé un amour que j’avais cru
perdu. La deuxième, j’y ai vu un futur qui ne se réalisera jamais. La
troisième…" Elle hésita. "La troisième fois, j’y ai laissé une
partie de moi. Pas mon corps. Pas mon âme. Juste… une version de moi-même qui
croyait encore aux happy endings."
Un silence s’installa entre nous. La Porte des
Mille Retours semblait nous observer, comme si elle attendait une décision.
— "Alors, que choisis-tu ?"
murmura Elara. "Rester ici, où tout est possible mais rien n’est
certain ? Ou franchir cette porte, en sachant que tu ne seras plus jamais tout
à fait le même ?"
Je tendis la main vers la poignée, faite d’un
métal froid qui semblait vibrer sous mes doigts. Les gravures changèrent à
nouveau, montrant cette fois un visage familier – le mien, mais plus jeune, les
yeux brillants d’une curiosité sans limites.
— "Et si…" commençai-je, la voix
tremblante. "Et si je ne sais pas ce que je cherche ?"
Elara posa une main sur mon épaule, et son
contact me réchauffa comme un rayon de soleil après une longue nuit.
— "Alors c’est que tu n’es pas encore
prêt. Et c’est très bien ainsi. Certaines portes ne s’ouvrent qu’une fois dans
une vie. D’autres attendent patiemment que tu sois enfin capable de les
franchir. Mais souviens-toi : peu importe ce que tu trouveras de l’autre
côté, la Porte des Mille Retours te demandera toujours quelque chose en
échange. La question n’est pas de savoir si tu es prêt à payer le prix…
mais si tu es prêt à vivre avec ce qui te restera."
Elle recula d’un pas, et la Porte sembla se
voiler de brume, comme si elle se refermait sur elle-même.
— "Réfléchis bien, voyageur. Et quand tu
auras fait ton choix, tu sauras où me trouver."
Puis elle disparut, ne laissant derrière elle
qu’une seule lanterne flottante, qui s’éleva lentement vers le ciel avant de
s’éteindre dans un dernier éclat de lumière.
Je restai là, devant la Porte des Mille Retours,
à me demander quels étaient les moments de ma vie que je voudrais revivre. Ou
ceux que je préférerais oublier. Et surtout, ce que je serais prêt à y
laisser pour toujours.
- Texte de Mistral sur une idée de Mistral / Images de ChatGPT -
À vous,
rêveurs d’Utop-IA...
Et vous, oseriez-vous franchir la Porte des
Mille Retours ? Quel moment de votre vie aimeriez-vous revivre, ou
découvrir ? Et surtout… que seriez-vous prêt à y abandonner pour toujours
?
Prochaine chronique : "Le Marché des Possibles" – à paraître bientôt !
Utop-IA — Laboratoire des imaginaires post-humains
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“Rêver est un protocole d’expansion de l’univers.”



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